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TRANSFERTS ILLICITES DE DEVISES VERS L’ÉTRANGER Ça s’accélère !

Publié par Ilhem Tir
le 06.09.2018 , 11h00
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Le phénomène des fuites de capitaux s’est accentué ces derniers mois et la proportion qu’il prend inquiète et interpelle en même temps, car près de 4 millions d’euros ont été saisis du 27 juillet au 3 septembre à l’aéroport d’Alger, d’Oran et au niveau du poste frontalier Betita, dans la commune de Bir-el-Ater et ce, dans différentes tentatives de transferts illicites de devises vers l’étranger.
Près de la moitié de ce montant a été saisie dans une seule opération datant du 1er août à Bir-el-Ater, à 140 km au sud de Tébessa. La dernière opération en date a été effectuée par les services de sécurité de l'aéroport Houari-Boumediène avant-hier avec la saisie de 150 000 euros sur un passager qui s'apprêtait à prendre un vol en direction de la Turquie. La veille, une autre opération a eu lieu également au niveau de l'aéroport international Houari-Boumediène permettant la saisie d'un million et 450 000 euros.
Les destinations sont dans la majorité des cas la Turquie, la Tunisie et l’Espagne. Des jeunes, connus sous l’appellation de «pilotes», sont recrutés pour le transport de l’argent vers ces destinations. Les enquêtes des services de sécurité ont fait ressortir «l’implication» de certaines agences de voyages dans ce trafic en chargeant de «faux» touristes d’acheminer de petites sommes, notamment durant la saison estivale, mais le renforcement du dispositif sécuritaire au niveau des aéroports, ports et postes frontaliers a permis de déjouer plusieurs tentatives.
De leur côté, les services des douanes ont enregistré pas moins de 60 millions d’euros qui ont quitté le pays en 2017 sans que cela soit traduit par des marchandises et des biens. La Direction du contentieux relevant de la même direction a signalé 1 700 contentieux entre 2015 et 2017, concernant des affaires de transferts illicites d’argent et d’infractions commises par des entreprises publiques, privées et étrangères. Plusieurs opérations d’importation sont suspectées, et 240 hommes d’affaires font actuellement l’objet d’enquêtes relatives aux fraudes et au transfert illicite de devises. La cellule des services de renseignement du ministère des Finances, dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme et le contrôle de la circulation du capital, fait état de plus de 1 000 affaires traitées depuis 2017.

«Ne pas se tromper de cibles»
Donc la proportion inquiète et les interrogations se multiplient mais qu’en pensent les experts ?
Le professeur Abderrahmane Mebtoul, expert international et ancien président du Conseil national des privatisations, estime que ces sommes, même si elles sont élevées, ne renseignent pas réellement sur l’ampleur du fléau. Selon lui, il faut chercher du côté des surfacturations pour bien cerner le mal. Il explique : «Il ne faut pas se tromper de cibles. Les montants saisis au niveau des ports et aéroports sont relativement très faibles. Le grand trafic auquel le gouvernement doit porter toute l’attention essentiel provient des surfacturations dont une partie reste à l’étranger et une autre rentre par différentes voies alimentant les marchés de devises sur le marché parallèle, constituant une atteinte à la sécurité nationale et dont la responsabilité est interministérielle», avant d’expliquer que «la véritable problématique à la fois des sorties illégales de devises est la cotation du dinar et la différence entre sa cotation officielle et celle du marché parallèle. Il y a actuellement une confusion selon la méthode employée : le montant est différent selon que l’on se réfère à la part du PIB, par rapport à la masse monétaire en circulation, à la part dans l’emploi global ou le montant de devises échangées sur le marché parallèle. L’on doit, sans précipitation, analyser la réalité de l’économie algérienne qui reflète les fondements de la valeur d’une monnaie, devant cerner les causes essentielles de la distorsion entre la valeur officielle du dinar et celle du marché, de s’attaquer à l’essence du mal et non aux apparences».

Les raisons de la différence marché parallèle-marché officiel de la devise
Selon l’expert, «l’écart s’explique par la faiblesse de la production et la productivité, l’injection de monnaie sans contreparties productives augmente le niveau de l’inflation et la diminution de l’offre du fait que la crise mondiale, combinée au décès de nombreux retraités algériens, a largement épongé l’épargne de l’émigration», et d’ajouter : «Cette baisse de l’offre de devises a été contrebalancée par les fortunes acquises régulièrement ou irrégulièrement par la communauté algérienne localement et à l’étranger qui font transiter irrégulièrement ou régulièrement des devises en Algérie montrant clairement que le marché parallèle de devises est bien plus important que l’épargne de l’émigration.»
La demande provient aussi de simples citoyens qui voyagent et de la sphère informelle qui continue à proliférer loin des circuits étatiques sans oublier que «beaucoup d’Algériens et d’étrangers utilisent le marché parallèle pour le transfert de devises, puisque chaque Algérien a droit à 7 200 euros par voyage transféré, utilisant leurs employés algériens pour augmenter le montant, assistant certainement, du fait de la méfiance, à une importante fuite de capitaux de ceux qui possèdent de grosses fortunes», explique M. Mebtoul.
Ilhem Tir

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