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LES MAGISTRATS ONT ENTENDU TAYEB LOUH, AHMED OUYAHIA ET DJAMEL OULD ABBÈS À CE SUJET Enquête sur les législatives de 2017

Publié par Abla Chérif
le 22.01.2020 , 11h00
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L’enquête judiciaire menée autour des graves irrégularités enregistrées durant les législatives de 2017 commence à lever progressivement le voile sur les pratiques mises alors en place pour privilégier l’accès à la députation aux hommes du «clan». Les fidèles à la fratrie des Bouteflika et ceux auxquels ils ont été longtemps liés par des intérêts mutuels.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Le nom de Saïd Bouteflika est ainsi revenu systématiquement dans tous les témoignages des anciens ministres auditionnés dans le cadre de cette affaire. L’ancien garde des Sceaux en fait partie.
Tayeb Louh est sous le coup de plusieurs chefs d’accusation liés à la corruption, mais il est aussi poursuivi pour avoir exercé des pressions en vue d’influer le cours des législatives 2017. Peu de temps après son incarcération, en août dernier, des sources proches du dossier avaient fait savoir que l’ancien ministre était accusé d’avoir exercé à ce sujet des pressions sur des magistrats. Mais ce n’est pas tout.
Au cours des semaines écoulées, Tayeb Louh a été également auditionné sur le rôle qu’il avait eu à jouer au sein de la commission du FLN chargée de statuer sur les listes des candidats à la députation. Ce poste, nous dit-on, lui a, en fait, permis d’élaborer des listes dressées sur mesure, se permettant d’écarter, d’introduire ou de changer de position à qui bon lui semblait. Les noms choisis, affirment des sources bien au fait de ce dossier, lui étaient dictés par le frère conseiller de Abdelaziz Bouteflika. Le rôle de Saïd Bouteflika est apparu bien évident à travers le témoignage de Tayeb Louh. C’est ce dernier, affirme l’ancien ministre de la Justice, qui lui a demandé de se rendre à l’hôtel Moncada (fin septembre 2017) pour écarter certains noms portés en tête des listes du FLN.
Une réunion présidée par l’ancien secrétaire général de ce parti, Djamel Ould Abbès, se déroulait à ce moment. Une grosse dispute s’ensuivit. Auditionné, il y a plus d’une semaine par le juge d’instruction, Djamel Ould Abbès s’est défendu de l’accusation de «vente de places à la députation» en déclarant qu’une commission du FLN était chargée d’étudier les listes des candidats. Il cite le nom de Tayeb Louh.
L’ancien SG du FLN, faut-il cependant le rappeler, avait été auditionné en qualité de témoin dans l’affaire qui oppose son fils à Baha Eddine Tliba au sujet du «commerce» des places de député. L’ex-ministre de la Justice a été également écouté deux fois par le juge d’instruction, nous dit-on, sur le sujet des pressions et manipulations exercées durant ces fameuses élections. Parmi les questions auxquelles celui-ci a été appelé à répondre figure celle de savoir si de l’argent lui avait été remis par les candidats ajoutés par ses soins sur les listes du FLN.
Des sources proches du dossier affirment que plusieurs des personnes introduites dans les listes faisaient partie ou avaient un lien avec le monde des affaires.
Par ailleurs, et selon d’autres informations, l’enquête concernant cette affaire s’est étendue à l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia qui doit s’expliquer sur une déclaration jugée grave et répétée à deux reprises durant le second mandat de Abdelaziz Bouteflika. Il s’agit de la fameuse phrase prononcée au lendemain d’une session du Conseil national du RND au sujet de l’intrusion de l’argent dans le monde de la politique.
Lors d’une conférence de presse, Ouyahia avait déclaré : «L’argent commande en Algérie, il commence à gouverner et à devenir un argent mafieux.» Contrairement à Tayeb Louh, Ahmed Ouyahia pourrait être prochainement à nouveau auditionné sur ce même sujet. Des confrontations pourraient également être programmées.
L’ancien chef de gouvernement n’a pas cité directement le frère conseiller de l’ancien président de la République, mais il a tenu à rappeler que le gouvernement qu’il conduisait était sous le patronage du chef de l’Etat.
A. C.

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