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CÉLÉBRATION Il y a 60 ans, le FLN des maquis ouvrait un second front de guerre en France

Publié par Abachi L.
le 26.08.2018 , 11h00
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A l’ombre de la double célébration du 20 Août 1955 et 1956 marquant l’attaque massive du FLN des maquis dans le nord du Constantinois et la tenue du Congrès de la Soummam, se cache un évènement majeur qui a donné une impulsion politico-militaire décisive à la guerre de Libération du pays. Paradoxalement, cet évènement est occulté dans l’histoire officielle.
«Dans la nuit du 24 août 1958, les commandos algériens en France ont attaqué un certain nombre d’objectifs stratégiques situés sur le territoire français selon un plan établi qui a surpris totalement l’adversaire. Comme au 1er Novembre, la nuit du 24 août ouvre un chapitre nouveau de la lutte du peuple pour son indépendance.» C’est le premier paragraphe du communiqué rendu public par le CCE (Comité de coordination et d’exécution), une haute instance exécutive du FLN des maquis. Il y a 60 ans, le FLN des maquis ouvrait un second front de guerre dans le territoire de l’ennemi pour l’obliger à négocier.
Les cadres et les militants de la Fédération du FLN en France (FFF), encore vivants, s’étonnent toujours du fait des tentatives d’escamotage de cette option hautement stratégique et unique dans l’histoire des guerres d’indépendance et qui a probablement été un tournant décisif dans la conduite de la guerre de Libération de l’Algérie.
Le 24 août 1958, la Fédération du FLN en France ne déclenchait pas une série d’attentats sporadiques mais a bel et bien ouvert un front politico-militaire dans le cœur du territoire de l’adversaire. Admiratif de ce coup de maître, le fameux général Giap a dit «c’est la première fois dans l’histoire des peuples qui luttent pour leur indépendance que le colonisé porte la guerre sur le sol du colonisateur». Dès lors, l’interrogation des militants et cadres de cette fédération interpellent les officiels. Pourquoi ce choix de haute politique et qui fait certainement partie des cas d’école dans la haute stratégie militaire est passé sous silence par l’histoire officielle du pays ? Serait-ce parce que l’idée provenait de Abane Ramdane de son vivant ? Serait-ce pour d’autres considérations ?

Abane à Boudaoud : vous allez transporter la guerre en France
1957 et 1958, l’ALN étouffait dans les maquis. Isolés et manquant de tout, les chefs militaires des Wilayas ne savaient plus quoi faire. A ces difficultés dans les maquis, s’ajoutent l’assassinat de Larbi Ben M’hidi, la Bataille d’Alger qui a décimé les effectifs de l’importante Zone autonome d’Alger et le départ de quatre membres du CCE vers l’étranger : Krim Belkacem et Benkhedda vers la Tunisie, Abane Ramdane et Saâd Dahleb vers le Maroc. En clair, la Révolution algérienne se trouvait dangereusement au creux de la vague. Il était urgent de dégager une issue. Cependant, l’ouverture d’un second front ne datait pas de l’arrivée de De Gaulle au pouvoir et n’a pas été dictée par la situation des maquis.
Le Congrès de la Soummam de 1956 avait fait un choix stratégique de s’appuyer de manière décisive sur la Fédération de France du FLN. Le renforcement de la Fédération de France du FLN a, en effet, permis à la Révolution de se doter d’un moyen de sensibilisation de l’opinion publique française et occidentale, d’avoir un espace stable de financement et une structure qui déstabilise la quiétude des Français lesquels se détachaient de la guerre que leur gouvernement et leur armée menèrent injustement contre un peuple qui n’aspire qu’à vivre en bonne intelligence avec les autres peuples. Avec la bénédiction du CCE et sous l’impulsion d’Abane Ramdane, cette fédération a transformé une partie de son potentiel humain composé de milliers de militants et sympathisants en de redoutables unités de commandos.
Le Congrès de la Soummam a, en effet, consacré un chapitre important à la Fédération du FLN en France. Il lui a fixé trois objectifs. Le premier objectif qui lui a été assigné consiste à organiser l’émigration algérienne en Europe — les dirigeants du FLN pensent au-delà du territoire français. Second objectif est de soutenir financièrement l’effort de guerre.
Tout le monde sait maintenant que cette fédération a fourni plus de 80% des dépenses du FLN/ALN. Et enfin, le Congrès de la Soummam charge cette fédération d’éclairer l’opinion publique française et étrangère. A cet effet, les dirigeants du FLN des maquis se sont sûrement dit qu’une petite action de rue à Paris est plus rentable au plan médiatique et politique qu’un grand succès militaire dans un djebel isolé.
Les événements d’Octobre leur ont donné raison. «Je peux témoigner que les consignes du Congrès de la Soummam ont été bien appliquées», attestera Moh Clichy, cadre de la FFF. A travers la consigne donnée à Omar Boudaoud avant que ce dernier ne rejoigne Paris pour superviser la gestion de cette instance politique, Abane a greffé l’aspect militaire à l’instance. Il a en quelque sorte sonné la charge. Ghafir donne une précision importante. «A son arrivée en juin 1957 au Maroc, Abane Ramdane a signé sous le nom de guerre Ramdan un document dont le contenu est le suivant : ‘‘Par décision du CCE, en date du 10 juin 1957, le frère Omar (Omar Boudaoud, ndlr) est désigné comme responsable de la Fédération de France. Le frère Sadek qui assure actuellement l’intérim du frère Mourad (Terbouche), arrêté récemment, devra passer tous les pouvoirs au frère Omar qui devra rejoindre Paris sans délai”.»
Notre interlocuteur ajoutera : «Par ailleurs, avant de rejoindre la France, Omar Boudaoud reçoit d’Abane une autre consigne. Il lui dira notamment : “Préparez-vous car au moment opportun, vous allez transporter la guerre en France.” Comme seconde consigne, Abane a ordonné aux membres du Comité fédéral de s’installer en dehors de la France pour éviter l’arrestation. Par la suite, les 5 membres se sont installés dans le territoire de l’ex-RFA d’où ils ont dirigé en toute tranquillité les activités de cette Fédération jusqu’à l’indépendance.»
Mettant en branle ce nouveau modèle de lutte, en juillet 1958, quelques jours avant le déclenchement de ces attaques, Ferhat Abbas, membre du CCE élargi, déclara à partir du Caire : «S’il (de Gaulle, Ndlr) décide de poursuivre la politique de ses prédécesseurs, le FLN décide dans le cadre d’un plan qui consiste à transporter la guerre en territoire français pour la libération de l’Algérie.» Dès lors, la guerre d’Algérie prendra une autre dimension.
A noter la proximité d’une autre double date (le 20 Août) avec celle du 25 du même mois. Il se dit, en effet, que l’offensive en Métropole devait être déclenchée le 20 août. Seulement, elle a été décalée de quatre jours parce que tous les commandos de choc n’étaient pas tous arrivés en France ou n’ont pas terminé leurs préparatifs.

La Fédération de France en guerre
Plaçant cette offensive sur le plan strictement militaire, le CCE écrit en direction de la population française : «Le CCE attire l’attention de l’opinion publique française sur le caractère strictement stratégique de notre combat. Le choix des objectifs et des méthodes démontre notre désir d’épargner les populations civiles. Nous n’oublions pas le massacre de 600 000 Algériens sans armes dont un grand nombre de femmes et d’enfants.»
Le bilan officiel établi entre le 21 août 1958 et le 27 septembre de la même année fait état de 56 sabotages et 256 attaques contre 181 objectifs. Ces opérations ont fait 82 morts et 188 blessés.
Par ailleurs, l’audace des responsables de la Fédération du FLN de France et celle des commandos qui ont réalisé cette attaque massive sont telles que des objectifs situés au cœur de la capitale française ont été pris d’assaut lors de cette offensive très bien planifiée.
Le second front est né.
Abachi L.

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