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48 HEURES APRÈS LA MANIFESTATION DE VENDREDI La rue en attente de réponses

Publié par Kamel Amarni
le 24.02.2019 , 11h00
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Photo : Samir Sid

L’ampleur de la contestation de la candidature de Abdelaziz Bouteflika, exprimée vendredi dernier à travers quasiment tous les chefs-lieux des grandes villes du pays, Alger compris, constitue, assurément, le plus grand défi auquel se trouve confronté, désormais, l’homme qui accédait au palais d’El Mouradia comme «candidat du consensus» en 1999. Coup dur pour l’ego de celui qui s’est systématiquement prévalu du soutien massif et indéfectible, du peuple algérien.
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Le hasard aura voulu que, d’ores et déjà, une occasion se présente, dès aujourd’hui dimanche, pour que Bouteflika s’exprime, à travers son traditionnel message qu’il adressera à l’occasion de la célébration du double anniversaire du 24 Février. S’y exprimera-t-il sur cet événement des manifestations ? Quoi qu’il en soit et dès son accession au pouvoir, Bouteflika avait, en effet, choisi comme stratégie de prise en main, de jouer sur la fibre du populisme, n’hésitant jamais à se présenter comme le représentant «du peuple», contre les élites, civiles et, surtout militaires ! «Si je n’obtiens pas la majorité écrasante du peuple algérien, je rentre chez moi !» menaçait-il, la journée du 15 avril 1999, quelques heures avant son élection. «Je suis l’incarnation du peuple algérien ! J’incarne l’Algérie entière !» dira-t-il encore, quelques semaines plus tard, en réponse à une question sur ses rapport avec l’armée. Les généraux ? «Ce ne sont que quinze chats !».
Aussi, «je ne serai jamais un trois quart de Président» ! proclamait-il dans une autre célèbre déclaration pour signifier son émancipation et sa prise de la totalité du pouvoir. «L’ère des présidents stagiaires est révolue en Algérie» ! disait-il aussi, pour montrer sa distinction par rapport à ses prédécesseurs.
Une stratégie de communication terriblement efficace qui fera découvrir, pour les Algériens, à partir de cet été 1999, un Président différent de tous les autres avant lui, en effet. Ne cachant jamais son aversion, publiquement assumée du reste, pour la presse, il optera donc, pour un populisme à l’ancienne avec, en particulier, un penchant pour les bains de foule qu’il finira par «institutionnaliser» ! Pendant des mois, sans interruption, entre début 2003 et avril 2004, Bouteflika sillonnera tout le pays, plusieurs fois, tout juste pour s’offrir des bains de foule tous réservés pour le journal télévisé de l’ENTV qui, quotidiennement, immortalisait ces grands moments de «communion entre le Président et son peuple à travers les quarante-huit wilayas.
Plutôt quarante-six wilayas, Bouteflika ne s’étant jamais rendu en visite officielle à Tizi Ouzou et Béjaïa, en dehors des campagnes électorales officielles ! Pour la campagne électorale du troisième mandat, en 2009, Bouteflika adoptera la même stratégie même si, ayant subi son premier accident de santé fin 2005, ses sorties à travers les wilayas ne se feront plus avec la même cadence. N’empêche, c’est cette image d’un Président proche du peuple, «candidat du peuple» que Bouteflika cultivera et, avec lui, l’ensemble de ses proches et partisans pour justifier tous ses mandats. D’où , également ses décisions spectaculaires et populistes dès qu’il s’agit de faire face à une contestation sociale, à une revendication ou à une échéance politique majeure. D’où également la collecte de millions de signatures pour accompagner chacune de ses candidatures à la présidentielle. Passées et à venir. «Nous avons d’ores et déjà collecté plus de signatures qu’en 2014», révélait son directeur de campagne, Abdelmalek Sellal jeudi dernier. «La candidature du Président Bouteflika est une revendication de tous les Algériens», disait également, il y a quelques jours, le patron de la centrale syndicale, Abdelmadjid Sidi-Saïd. «Partout où je me suis rendu à travers le pays, je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui disait du mal du Président !» tenait même à préciser Sidi-Saïd. C’est dire à quel point les manifestations de ce vendredi tombent tel un couperet pour Bouteflika et l’ensemble du pouvoir. A moins de deux mois de la présidentielle, une seule revendication, un seul slogan sont unanimement brandis par les manifestants aux quatre coins du pays : «Pas de 5e mandat pour Bouteflika» ! Rien d’autre !
Le pouvoir qui a mobilisé tout son arsenal de guerre pour la cause du candidat Bouteflika, se doit de gérer, cette fois, une situation qui n’était pas prévue. Du moins, dans cette ampleur. Comment s’y prendra-t-il ? C’est, bien sûr, la grande interrogation qui a immédiatement suivi la grande démonstration de force de ce vendredi. Manifestement, la première réaction du pouvoir, pour le moment, est de jouer l’apaisement.
Vendredi, d’impressionnants dispositifs déployés par les services de sécurité s’en sont tenus au strict minimum et l’on n’a enregistré, ni répression, ni arrestation. Des éléments de langage semblent être également convenus et distribués à l’ensemble des partisans de Bouteflika pour éviter «toute provocation». Ceci étant, il serait par contre naïf de croire que le pouvoir cédera pour «si peu». Il faut s’attendre à des réactions graduelles et multiples dans les jours à venir, comme, par exemple, l’organisation de contre-manifestations, d’un surcroît de saturation de la scène politique et médiatique de, certainement aussi, quelques décisions spectaculaires et populistes et bien d’autres surprises encore…
K. A.

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