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Les commissions rogatoires remettent leurs rapports

L’affaire des 701 kg de cocaïne refait surface

L’affaire de la cocaïne enregistre, depuis quelques jours, de nouveaux éléments qui devront, sans doute, permettre l’avancée d’une enquête aux conclusions très attendues.

Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Au cours de la dernière quinzaine écoulée, les commissions rogatoires dépêchées à l’étranger par la justice algérienne sont rentrées au pays porteuses de rapports transmis aux instances concernées. 
Ces commissions étaient composées d’experts en matière juridique et de membres de services de sécurité spécialisés dans la lutte contre la drogue. Elles ont été envoyées, il y a près d’une année, en Colombie et au Brésil, deux pays soupçonnés d’abriter la filière ayant fourni les 701 kg de cocaïne  interceptés durant l’été 2018. 
Selon les informations en notre possession, les investigations menées par les spécialistes algériens ont abouti à la conclusion que cette quantité de drogue n’était pas destinée à l’Afrique, ce qui exclut donc le marché algérien. Il s’agirait ainsi d’une opération de transit vers l’Europe, ayant mal tourné après que les autorités algériennes eurent été alertées de la présence d’une marchandise douteuse sur le Vega Mercury, un navire ayant transité par l’Espagne après avoir pris le départ du Brésil. Cette hypothèse avait d’ailleurs été émise par des experts de l’Office national chargé de la lutte et la prévention contre la drogue contactés par Le Soir d’Algérie. 
Sidérés par l’importance de la quantité interceptée par les services de sécurité, ces derniers ont soupçonné une opération de transit vers d’autres marchés bien plus importants, européens en l’occurrence, en se basant sur le fait que l’Algérie n’était pas dotée de laboratoires de transformation de cette substance qui ne peut, en aucun cas, être mise en vente à l’état brut. Ceci, affirmaient encore ces derniers, ne pouvait, cependant, amoindrir l’importance de cette saisie dans la mesure où une «quantité même infime de cette drogue allait être écoulée en Algérie et mettre ainsi en place un système de dépendance pouvant transformer une partie de la société consommatrice».
L’absence des conclusions des commissions rogatoires constituait, jusque-là, le frein central à toute évolution du dossier au niveau de la justice algérienne, qui s’était arrêtée à seulement deux auditions du principal mis en cause dans ce dossier. Kamel Chikhi, surnommé Kamel El Boucher, personnage sulfureux ayant su peser et influencer de manière peu commune sur des responsables et de hauts fonctionnaires algériens pour mener à bien ses affaires. Il a pourtant tenté de se défendre en niant toute responsabilité dans cette affaire. 
Le magistrat en charge de son dossier l’a auditionné une première fois en novembre 2018. La séance a duré plus de neuf heures, durant lesquelles le prévenu a usé d’un argument essentiel à ses yeux : le container dans lequel se trouvait dissimulée la cocaïne se trouvait toujours sous la responsabilité du fournisseur et aucun document n’avait été signé entre les deux hommes. «La marchandise, la viande congelée, a été commandée, payée par voie bancaire, mais elle est restée entre les mains du fournisseur. Le bateau a été amené à Alger avant même que soient signés les documents accusant réception et attestant donc que cette marchandise a bien été livrée à son acheteur», faisait savoir, de son côté, la défense de Kamel Chikhi. 
La seconde audition s’est déroulée quelques mois plus tard, mais il s’agissait, en fait, d’une confrontation entre le prévenu et le chauffeur de Abdelghani Hamel, arrêté et poursuivi pour avoir facilité les déplacements de Kamel El Bouchi en lui accordant le privilège du salon d’honneur à l’aéroport durant ses voyages à l’étranger. A la même occasion, le juge d’instruction a même procédé à l’audition d’un journaliste d’une télévision privée très en vue ayant dévoilé l’information lors d’un documentaire sur l’affaire. Et, depuis plus rien. Le dossier n’a connu aucune évolution. 
La dernière information en date remonte à une semaine. Il s’agissait du report de l’affaire du chauffeur en question, et du fils de Tebboune également incarcéré pour octroi d’avantages dans le foncier au profit de Kamel Chikhi. 
Selon les avocats concernés par l’affaire, le procès qui devait normalement être programmé en raison de l’écoulement des délais prévus par la loi, a été reporté après que le ministère public eut décidé d’introduire un pourvoi en cassation pour des raisons encore inconnues. 
Il y a quelques jours, son père, Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre chassé par Bouteflika et candidat à la présidentielle de décembre prochain, évoquait, pour la première fois, l’affaire de son fils, Khaled, attribuant son incarcération à une «cabale menée contre lui et sa famille pour avoir tenté de séparer l’argent de la politique et s’être attaqué à certains hommes influents (…) j’ai souffert, ajoute-t-il, j’ai été personnellement puni. Mon fils a été puni», déclarait-il aux journalistes qui l’interrogeaient à sa sortie du bureau de retrait des formulaires de candidature à l’élection très controversée.
Abdelmadjid Tebboune n’est pas le seul haut responsable à avoir été éclaboussé par la terrible affaire des 701 kg de cocaïne. Cette dernière a provoqué un véritable séisme au plus haut niveau de l’Etat.
A. C.