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Les cas de la Hongrie, la Pologne et la Tchéquie étudiés Le CARE lance le débat sur l'économie dans la transition

Publié par Brahim Taouchichet
le 13.06.2019 , 11h00
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Passer du dirigisme étatique à l’économie de marché est un processus de changement multiforme plutôt long, complexe et difficile.
Ce mercredi 12 juin, à l’hôtel Sofitel (Alger), le Centre d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care), un think tank en coopération avec l’Union européenne et sous la houlette de Slim Othmani, patron des jus Rouiba, a consacré sa réunion hebdomadaire à la transition dans l’économie, thème au demeurant d’une brûlante actualité, l’Algérie étant concernée. Les anciens pays communistes de l’Europe de l’Est ont entrepris de réformer leur économie grâce à leur libération de la tutelle soviétique et la volonté d’abandonner le modèle de l’économie dirigée.
Durant les trente dernières années, note-t-on, ces pays ont connu de grandes transformations politiques, économiques et sociales, boostées par leur adhésion à l’Union européenne. Après l’euphorie post-communiste et l’engagement volontariste dans le processus de changement, l'expérience va montrer que le processus de transition est plutôt long, complexe et difficile. Ce sont des défis colossaux qu’impose le passage de l’économie planifiée à l’économie de marché.
Ce processus de transition en Europe de l’Est a fini par aboutir à un développement économique remarquable objectif recherché mais aussi sera marqué par des échecs patents au vu de la paupérisation de larges couches des populations de ces pays. C’est parce que nous sommes dans un contexte où la restructuration de l’économie algérienne s’impose, devient nécessaire, l’objectif conféré à cette rencontre du Care vise à s’intéresser de près aux cas de la Pologne, la Hongrie et la République tchèque en matière de réformes structurelles et d’en tirer les enseignements.
Les organisateurs ont d’ailleurs fait fort de convier à cette conférence les officiels de ces pays en la personne des ambassadeurs. Le panel des communicants est constituant d’observateurs avertis des enjeux économiques de la transition. La qualité des invités augurait d’un débat pertinent.
Né en 1977 à Prague, Tomas Sedlacek est… un philosophe de l’économie, auteur du best-seller traduit en 21 langues. A 24 ans, il est conseiller du poète et dramaturge le Président Vaclav Havel. Point d’ordre toutefois, les conférenciers précisent qu’ils ne sont pas venus donner des leçons mais partager les expériences de leurs pays respectifs.
En Tchéquie (anciennement Tchécoslovaquie), la transition était ardue d’autant que ses promoteurs ne disposaient pas de modèle préétabli ni d’expériences susceptibles de les aider. Ainsi, l’Etat tout-puissant avait entre les mains tous les leviers de l’économie, le privé, diabolisé, représentait tout juste 2%. La problématique était donc comment transformer l’économie dirigée en une économie de marché autrement dit capitaliste.
Par ailleurs, il manquait le nerf de la guerre, l’argent. La Tchéquie ne disposait pas de capital et de… capitalistes ! Il en ressortira trois axes fondamentaux pour une bonne transition : un marché fort, exigeant pour une production de qualité ; la régulation par l’Etat en cas de difficultés dans le marché ; l’éthique du marché à défaut de régulation. Comment sortir d’un Etat totalitaire vers la démocratie ? C’est la problématique posée par Filip Mudina, chef du bureau polonais des investissements et du commerce à Alger. La poussée populaire dans la revendication démocratique a longtemps été étouffée du fait de l’hégémonie soviétique qui tuait toute velléité de contestation comme ce fut le cas en Hongrie et à Prague.
L’apparition et le développement de Solidarnosc n’ont pu se faire que du fait qu’il s’était présenté en tant que syndicat. Particularité : opposition et pouvoir se réunissaient autour d’une table ronde bien que les dirigeants communistes, dit-il, faisaient tout pour bloquer le changement. La nomenklatura a donné naissance à des oligarques qui ont détourné des centaines de millions de dollars. Selon l’intervenant, les membres du gouvernement Jaruzelski n’ont pas été condamnés. Le combat actuel, souligne-t-il, est de se débarrasser des séquelles du communisme.
En 1989, la Pologne était un pays pauvre comparé aux autre pays de la région, situation aggravée par une grave récession les 10 premières années avec une inflation de 500% en 1991, tombée à 3% quatre années plus tard. Le chômage, qui était de 21% du fait de la fermeture des entreprises d’Etat, est aujourd’hui de 5,5 %, selon le conférencier. Toujours en chiffres, les exportations sont passées de 20 milliards en 1990 à 260 milliards. Les IDE (40% d’Autriche et d’Allemagne) ont eu un impact visible sur l’économie puisque les investissements sont passés à 180 milliards. L’optimisme est donc de rigueur au vu de l’accroissement du revenu par tête d’habitant passant de 1394 à 14 000 dollars. Il indiquera que cela a pris le sens inverse en Algérie. En Hongrie, les conditions pour conduire la transition étaient néfastes, les banques ne pouvaient soutenir l’effort de réformes.
L’Etat a donc recouru à la vente des biens publics, encourager les IDE, investissements, étrangers et privatiser l’économie à 90% à l’exclusion du pétrole et de la construction automobile. Mais, un accent particulier est mis par les réformateurs hongrois sur le rôle de contrôle dévolu au Parlement et à l’Office d’Etat afin de prévenir un quelconque dérapage ou abus. Bien sûr, tout ce qui brille n’est pas or.
Les réformes imposent une thérapie de choc pour se libérer du poids de l’ancien régime et elles peuvent être graduelles, secteur par secteur. Comme il y a également le risque que les difficultés tirent vers le bas et c’est la précarité avec la menace de la démobilisation comme cela s’est produit en Hongrie avec le vote sanction qui a fait chuter le gouvernement du fait de la paupérisation et des inégalités apparues.
L’adhésion populaire est donc déterminante et il faudra, pour leur réussite, beaucoup de sacrifices. Les non-dits toutefois dans les cas exposés, c’est qu’au plan politique et idéologique, on est loin de la fraternité et de la solidarité entre les peuples slogans chers aux anciens régimes communistes. Les tendances au repli sur soi, au rejet de l’étranger sont apparues au grand jour (le cas de la journaliste hongroise qui a maltraité un père syrien et son fils a fait scandale), des groupes néonazis ou néofascistes s’affichent désormais au grand jour.
D’autre part, l’Europe de l’Ouest a joué et joue un grand rôle dans le soutien aux ex-pays satellites de l’ex-Union soviétique pour mieux les mobiliser autour d’elle.
L’entrée dans la zone euro vise à consolider leur retrait définitif de l’aire d’influence de la Russie d’aujourd’hui. La Pologne peut s’enorgueillir d’exporter 46% en technologie avancée comparativement aux exportations dans le passé qui se résumaient en produits agricoles et chimiques.
Cette réussite serait due à la grande mobilisation de la main-d’œuvre. « Nous travaillons beaucoup, et même trop », dira le communicant comparativement au reste des pays de l’Europe de l’Ouest. Il n’empêche que l’apparition des oligarchies financières grâce au trafic de tout ordre avec la complicité des hautes sphères de l’Etat couplée aux inégalités sociales que le nouveau modèle économique est censé effacer met en avant des problématiques plus complexes.
Quel intérêt alors de ces exemples de transition de l’économie pour l’Algérie en pleine effervescence populaire pour la justice et l’Etat de droit ? Peut-on réduire le changement au seul système économique nonobstant la dimension historique et culturelle, voire religieuse ?
Brahim Taouchichet

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