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CONFLIT AU SAHARA OCCIDENTAL Le forcing américain

Publié par Abla Chérif
le 09.01.2019 , 11h00
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©Farouk Batiche / New Press

La nouvelle stratégie du Président américain pour le Maghreb focalise actuellement toute l’attention des observateurs internationaux. Le «plan» que veut mettre en place Donald Trump passe d’abord et avant tout par le règlement de l’épineux dossier du Sahara Occidental.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - 14 décembre 2018. Invité par le groupe de réflexion «Heritage Foundation» de Washington, John Bolton se livre à une déclaration fracassante remettant en cause toutes les données en cours dans le conflit sahraoui. Le conseiller à la Sécurité des Etats-Unis annonce que «le temps est venu de permettre à ces gens (les Sahraouis) et à leurs enfants de rentrer chez eux, d’avoir une vie normale (…) on doit penser au peuple du Sahara Occidental, beaucoup sont encore dans les camps de réfugiés». Bolton ne s’arrête pas là. Selon lui, la Mission des Nations-Unies pour le référendum au Sahara Occidental (Minurso) a obtenu des résultats inverses à ceux qui lui étaient demandés. «Elle a prolongé le conflit», dit-il, «et nuit aux efforts pour le règlement du problème (…) à travers le monde, c’est la seule mission onusienne qui a duré longtemps sans aboutir à un résultat. A présent, nous ne soutiendrons plus les missions de paix improductives». Pour bien confirmer l’intention en cours, il annonce à la presse que cette mission est à présent sommée de rendre des comptes de ses activités. Dans les jours qui suivent, une information tombe : l’ambassade américaine à Rabat a reçu instruction de se rendre à Laâyoune, capitale occupée du Sahara Occidental. Une réunion est organisée avec le responsable de la Minurso sur place. Selon les éléments rendus publics par plusieurs journaux internationaux, elle portait sur les activités entreprises depuis l’expulsion du personnel civil par les autorités marocaines. En 2015, Mohammed VI avait ordonné qu’ils quittent leur base pour protester contre la tournure prise par les évènements à cette époque. Ban Ki-moon, alors secrétaire général des Nations-Unies, avait provoqué la colère du roi en tentant de mettre à nu les manœuvres marocaines visant à faire dévier le plan de paix onusien de son cours. John Bolton est loin de l’ignorer. Il frappe au cœur et multiplie les interventions dans les médias américains faisant savoir que «cette expulsion a prolongé le conflit et nuit gravement aux efforts visant à résoudre le conflit». Il fait, d’autre, part remarquer que la décision de prolonger le mandat de la Minurso (en avril dernier) de six mois au lieu d’une année était destinée à accélérer le cours du processus de règlement. «Je pense qu’il devrait y avoir une pression sur toutes les parties concernées par le blocage (…) il y a deux Américains qui se concentrent beaucoup sur le problème, James Baker et moi», ajoute-t-il. L’ancien secrétaire d’Etat sous George Bush avait tenté d’introduire une nouvelle option pour permettre le règlement du conflit. Nommé secrétaire général des Nations-Unies pour le Sahara Occidental, il présentait alors son plan aux parties concernées : selon lui, seule une troisième voie pouvait être en mesure d’aboutir à un résultat. Elle consistait alors à proposer une autonomie sahraouie sous gouvernorat marocain. Coup d’épée dans l’eau. Soutenue par Paris et Washington, l’idée ne trouve pas d’écho faute de dialogue réel entre le Front Polisario et le Maroc. James Baker n’a, quant à lui, jamais cessé de faire part de sa préoccupation et de sa disponibilité à œuvrer pour le règlement définitif de l’affaire. Selon des informations en cours, des rencontres entre les deux hommes se sont récemment déroulées à Washington où les évènements semblent également s’accélérer. Dimanche, la Chambre basse du Parlement des Etats-Unis a établi une distinction très claire entre le Sahara Occidental et le territoire marocain. Dans son projet de budget, cette dernière a, en effet, établi deux projets de budgets distincts. «Les fonds affectés sous le titre 21 III de la présente loi seront mis à la disposition du Sahara Occidental pour son assistance», ont alors annoncé des médias. «En politique, cette distinction est automatiquement interprétée comme une reconnaissance de l’existence du territoire sahraoui», commentent des sources diplomatiques. Les Américains iront-ils plus loin ? Se peut-il que l’on s’achemine désormais vers la mise en place d’un véritable plan de sortie de crise ? «La volonté américaine est claire, ces personnes n’ont pas pour habitude de passer par quatre chemins pour dire les choses. Avec John Bolton, le Maroc se trouve à présent face à une force qu’il ne peut pas manipuler. Aucune réaction n’a été jusque-là enregistrée, alors qu’habituellement, le royaume s’empresse de réagir. Lorsque Ban Ki-moon avait évoqué le Sahara Occidental en tant qu’Etat, les Marocains sont allés jusqu’à organiser des manifestations populaires. Pour l’heure, ces derniers se contentent d’observer. Des discussions sont très certainement prévues ou en cours et de probables évolutions sont à guetter.
Cette guerre entre Macron et Trump laisse penser que la situation peut évoluer positivement pour les Sahraouis. Jusque-là, les Français soutiennent de manière très évidente le statu quo au Sahara Occidental, ils défendent les thèses marocaines, mais, à présent, la donne peut changer.
Les Américains sont pragmatiques, concrets, le Président a décidé de mettre en place une nouvelle stratégie en Afrique, elle passe d’abord par le Maghreb où rien ne pourra être fait sans le règlement définitif du Sahara Occidental. Un forcing semble réellement être en cours.»
A. C.

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