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PRESSIONS POUR QU’ELLE INTERVIENNE AU SAHEL Le niet de l’armée algérienne

Publié par Abla Chérif
le 03.04.2018 , 11h15
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Les pressions qui s’exercent pour amener l’armée algérienne à mener des missions hors de ses frontières se multiplient et prennent l’aspect d’«invitations» claires depuis un certain moment. Des enjeux fondamentaux, stratégiques sont à l’origine des faits.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Et ces faits se succèdent justement depuis un certain temps offrant au plus novice des observateurs un tableau édifiant de la situation.
Les appels à l’intervention des militaires algériens en dehors du pays sont apparus de manière plus évidente à la faveur de la mise en place d’une force armée africaine dans le Sahel. Sa mission : pourchasser les groupes terroristes de la région et parvenir à instaurer la paix dans un territoire miné par les conflits.
Cinq pays se trouvent impliqués dans le G5 : le Mali, principalement concerné par l’opération en raison de l’instabilité prévalant au nord du pays, le Niger, également en proie à de très fortes tensions, le Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie. Le projet mis en place est le résultat d’une initiative française née en 2014 mais qui ne se concrétise qu’en 2017.
Emmanuel Macron prend le dossier fort à cœur et se démène pour réunir les fonds nécessaires à la démarche. Il sait que sa crédibilité auprès de l’opinion française en dépend fortement.
Candidat, il avait promis à ses électeurs déçus par l’opération Serval de sortir les soldats français du bourbier malien. L’un de ses premiers déplacements de chef d’Etat à l’étranger a d’ailleurs lieu à Bamako. Mais avant, Macron s’entretient téléphoniquement avec son homologue algérien. Deux autres échanges suivent durant les mois à venir.
Les Français font pression pour une implication plus directe de l’Algérie dans le conflit malien. La demande concerne particulièrement un échange d’informations «plus complètes» sur le cas Iyad Ag Ghali, personnalité très influente auprès de la communauté touareg malienne soupçonnée de mener une lutte armée dans la zone.
Le site officiel du Quai d’Orsay fait publiquement part de «l’importance de la collaboration algérienne dans le traitement du dossier du Sahel», de hauts responsables militaires prennent le relais et font, savoir tout aussi officiellement, que le rôle de l’Algérie dans le traitement de la situation est indispensable, voire vital… «Ce ne sont pas des appels du pied seulement, mais de véritables invitations, pressions, et parfois même manœuvres», font savoir des sources très informées. «Quel que soit l’angle d’où part la réflexion, l’analyse aboutit toujours au même point : l’armée algérienne est la seule puissance régionale à pouvoir intervenir dans ce territoire en raison de sa connaissance du milieu, et ses compétences bien sûr, cette dernière est, qu’on le veuille ou non, rompue à la lutte antiterroriste.
Sur le plan politique, l’Algérie a investi de longue date dans le Sahel, elle y détient des liens très étroits, des amitiés souvent. C’est un terrain où elle est très à l’aise, contrairement à d’autres parties étrangères pour lesquelles les mœurs, la géographie et tout ce qui fait la vie du Sahel, la vie africaine ne sont pas évidents.
La France, de ce point de vue, cherche à extirper ses troupes du Nord-Mali mais tout en gardant la tête haute. C'est-à-dire se décharger de la lutte antiterroriste et du conflit inter-malien sur d’autres parties tout en gardant l’initiative du projet de façon à dire aux Français et au monde, regardez, nous n’avons pas échoué, c’est grâce à nous que la lutte se mène mais nos soldats sont désormais à l’abri.
D’un point de vue militaire, confirment des experts en matière de lutte antiterroriste, l’apport des armées militaires engagées dans le G5 «nécessite un appui plus expérimenté».
Conscientes de l’enjeu, les autorités mauritaniennes hésitent d’ailleurs à ce jour à impliquer leurs troupes dans le groupe. «Pour connaître la situation des pays africains, il faut y aller, y séjourner, constater l’extrême pauvreté qui y prévaut, c’est terrible, tout se vend pour une bouchée de pain là bas, et les soldats ne sont pas mieux lotis.»
Tout aussi avisées sur le sujet, les autorités françaises ont tenté en vain d’impliquer les Nations-Unies pour l’envoi d’une force de maintien de la paix dans la région. «L’intérêt primordial est d’impliquer les Algériens dans l’initiative.»
Aux côtés des responsables français se dressent d’autres pays européens acquis à l’idée de faire revenir les Algériens sur leur position de non-ingérence. Italiens, Espagnols, Portugais y compris, et depuis un certain temps, les pays du Golfe sont alignés sur la même position. «Certains ont proposé carrément à l’Algérie de lui fournir tout le matériel militaire, toute la logistique nécessaire pour intervenir mais celle-ci a toujours refusé. C’est un principe inscrit dans notre politique de défense nette depuis la charte de 1976. L’Algérie a toutefois consenti à entraver cette règle par deux fois en envoyant ses troupes défendre les Palestiniens en 1967 et 1973. L’intervention pose des problèmes sérieux, cela veut dire tirer, tuer et probablement se faire tuer aussi. Cela génère des inimitiés, des adversités, ce qu’on appelle des dommages collatéraux. Nous avons refusé de nous impliquer dans une opération militaire saoudienne, et vous voyez ce que cela a donné : un massacre au Yémen ; or, nous avons de bons rapports avec ce pays. Nous avons refusé de nous impliquer en Syrie, voyez le génocide.»
Les pressions exercées par certains pays du Golfe sont pourtant continuelles, nous dit-on. Des déplacements de responsables arabes auraient spécialement eu lieu pour tenter de faire fléchir la position algérienne, apprend-on, par ailleurs. «Et puis, il y a aussi des pièges, des manières indirectes de faire croire que l’Algérie a malgré tout accepté de s’impliquer en autorisant le survol de son territoire.»
Des experts nous expliquent : «Pour des besoins ponctuels, l’Algérie autorise le survol du territoire national par des parties engagées dans la lutte au Sahel. Cela s’est fait et cela se fera toujours, c’est une règle dans le code de l’aviation civile, on leur donne un couloir bien précis à condition qu’ils demandent bien sûr une autorisation préalable. Certains l’ont présenté comme une première, une nouvelle orientation, mais c’est tout à fait faux. Il y a quelques années, la presse française avait médiatisé un survol du territoire national par des avions français dans le cadre de l’opération Serval, laissant croire qu’Alger s’était impliquée, ce qui n’est pas vrai.»
A. C.

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