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Rentrée politique

Le pouvoir sur la brèche, l’opposition en vacances prolongées

L’ouverture, hier, de la session ordinaire annuelle du Parlement pour l’exercice 2018-2019, une session unique de dix mois, conformément à la nouvelle Constitution de 2016, enclenche, de fait, la rentrée politique en général. Cela, même si, en réalité, il n’y a pas eu de vacances, à proprement parler, pour les politiques durant cet été 2018, exceptionnellement «animé» et sur plusieurs fronts.
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Sauf, peut-être, pour une bonne partie de l’opposition. Car, de l’autre côté, ça n’a vraiment pas trop chômé durant la saison estivale. D’ailleurs, l’été avait été précédé par l’éclatement de l’affaire de l’année : le 29 mai 2018, il fut procédé à la saisie de pas moins de 701 kg de cocaïne au port d’Oran, à la suite d’une opération hautement professionnelle, menée par les services algériens pendant des mois.
L’opération est énorme. Elle permettra de démanteler un dangereux réseau aux ramifications inextricables, d’un côté, et, de l’autre, s’avérera un véritable séisme politique dont les répliques ne sont pas encore près de s’estomper. Plutôt qu’une seule affaire, les enquêtes des services et de la justice révéleront plusieurs autres scandales liés à «l’affaire mère», dite Kamel Chikhi, du nom du principal accusé. Cela va du trafic «classique» de la drogue, à la corruption, en passant par le trafic d’influence, la complicité, etc, et impliquant une armée de cadres dans différents secteurs ou leurs proches.
Première victime directe de cette affaire, et combien emblématique de par son ampleur, un certain Abdelghani Hamel ! Voilà un pilier du régime, général-major, tout puissant directeur général de la Sûreté nationale, redouté par les uns, craint par d’autres, y compris des ministres de l’Intérieur censés être ses responsables hiérarchiques et qui, à la surprise générale, voit son ascension fulgurante brutalement arrêtée par une foudroyante décision présidentielle.
Officiellement, Hamel est limogé à cause de ses surprenantes déclarations au sujet de l’affaire de cocaïne. Et ses déclarations étaient effectivement tellement graves, voire irresponsables, qu’elles constituaient, en soi, un argument suffisant pour justifier son limogeage sans délai ! Mais est-ce la seule raison ? Quoi qu’il en soit, s’ensuivra, par ailleurs, une série d’autres changements au niveau de la haute hiérarchie des services de sécurité «classiques», et de l’armée qui ont complètement renouvelé la composante de l’état-major. Cela avait commencé par le Commandant de la Gendarmerie nationale et des directeurs du personnel et celui des finances au ministère de la Défense nationale.
Entre juillet et août, d’autres changements ont également touché le contrôleur général de l’armée, le directeur central de la sécurité de l’armée, le commandant des Forces terrestres et cinq sur les six chefs de Régions militaires. D’autres changements sont également attendus incessamment.
Selon des sources très bien informées, au moins deux parmi les responsables militaires limogés l’ont été en raison de leur implication dans l’affaire Kamel Chikhi. Toujours est-il qu’au plan politique, l’on ne peut ne pas lier un si vaste changement au sein du Haut Commandement de l’ANP à la prochaine élection présidentielle.
La «touche» Bouteflika est visible et son empreinte est indélébile dans cette surprenante opération de renouvellement des effectifs en prévision de la prochaine élection présidentielle.
A l’automne 2013, il avait procédé exactement de la même manière, mais au niveau des services de renseignement, dénommés à l’époque le DRS, et dont le patron était «très réservé» par rapport à un quatrième mandat pour Abdelaziz Bouteflika qui sortait d’un sévère AVC. L’actuel patron d’El-Mouradia, réputé pour sa méfiance légendaire, avait pourtant lancé un sérieux avertissement, destiné à tous ceux qui auraient ne serait-ce qu’un soupçon d’ambition de lui succéder ou de douter de ses capacités à poursuivre son exercice du pouvoir. C’était à la mi-août 2017 lorsque, sans état d’âme, il limogera le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, tout juste nommé à ce poste, fin mai de la même année ! Une rencontre entre Tebboune et le Premier ministre français à Paris aura suffi pour soulever les pires soupçons chez Bouteflika qui, pour rappel aussi, avait entamé son quatrième mandat par une décision tout aussi radicale à l’encontre d’un autre potentiel prétendant au trône : Abdelaziz Belkhadem ! C’est dire qu’en l’état actuel des choses, l’armada politico-médiatique pour le cinquième mandat est bien mise sur les rails. Ce n’est certes pas un hasard si le FLN de Djamel Ould-Abbès, que préside Bouteflika lui-même, ou alors le RND et, surtout, son patron, Ahmed Ouyahia, Premier ministre en exercice, la centrale syndicale de Abdelmadjid Sidi-Saïd et toute une armée d’autres partis, organisations ou associations se sont tous prononcés, ouvertement, pour un cinquième mandat. Les partis, essentiellement le FLN et le RND, sont d’ailleurs en campagne électorale et ne s’en cachent pas.
Les ministres et, depuis peu, les walis le sont aussi et pour la même cause. Le même candidat. C’est cette même campagne qui va carrément s’enflammer avec la rentrée politique qui s’ouvre. Cela, en plus, dans une ambiance qui rappelle l’ère du parti unique ! Il est effectivement surprenant qu’à seulement sept mois du rendez-vous électoral, le seul «produit en vente», sur le marché politique pour ainsi dire, est la candidature de Abdelaziz Bouteflika.
En dehors de trois ou quatre candidatures fantaisistes, aucun autre candidat sérieux ne s’est manifesté pour le moment face à la machine lancée par le pouvoir. Cela va-t-il se décanter dans les semaines à venir ? Cela dépendra des calculs politiques et des objectifs des uns et des autres, étant entendu que, concernant le reste, il n’y a qu’à voir le slogan commun à tous les partis et soutiens du pouvoir pour deviner l’issue finale de l’élection d’avril 2019 : «La continuité.»
K. A.