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Saïd Djabelkhir, islamologue, au Soir d’Algérie : «Les boutiques du salafisme risquent de fermer définitivement»

©Samir Sid
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Entretien réalisé par Karim Aimeur
Les réformes religieuses et les déclarations officielles anti-wahhabisme en Arabie Saoudite ont provoqué le désarroi des salafistes et intégristes algériens, connus pour leur allégeance aux chouyoukhs de l’Arabie, notamment Rabie El-Madkhali. Ils voient d’un mauvais œil ces changements dans la terre d’Islam qui a emprunté la voie de la réforme et de l’ouverture sur le monde. Les wahhabites algériens vivent mal cette révolution religieuse en Arabie Saoudite. Ils craignent pour ses conséquences mais n’envisagent aucune riposte, d’autant plus que les prédicateurs saoudiens s’accommodent de ces changements. Dans l’entretien qui suivra, l’islamologue Saïd Djabelkhir évoque ces réformes en Arabie Saoudite et leurs conséquences sur le courant wahhabite en Algérie. «Je crois que le wahhabisme sera nettement affaibli durant les années à venir, non seulement en Algérie, mais dans tout le monde arabo-musulman», affirme-t-il.
Le Soir d’Algérie : Depuis l’accession de Mohammed Ben Salmane au pouvoir en Arabie Saoudite, le pays a adopté une nouvelle vision et envisage une réforme de l’islam. Il a fait le choix de l’ouverture sur le monde. Quelle lecture faites-vous de ce «revirement» ?
Saïd Djabelkhir :
Le prince héritier Mohammed Ben Salmane a déclaré à maintes reprises que l’Arabie Saoudite avait fait la promotion du wahhabisme et du salafisme en coordination avec les Américains et dans le cadre de la politique que menaient ces derniers depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et le commencement de la guerre froide entre les deux grandes puissances de l’époque, mais aussi pour contrer le nassérisme qui était en pleine expansion à travers le monde arabe depuis la chute du roi Farouk en 1952. Je note au passage que la promotion du wahhabisme avait déjà commencé en Arabie Saoudite depuis la fondation du premier État saoudien en 1744, et ce, pour contrer le soufisme et la doctrine sunnite acharite qui constituait le discours religieux officiel du califat ottoman et le dogme de la quasi-totalité des musulmans sunnites.
Le mouvement de la «nahdha» qu’avaient commencé Djamal Edine El Afghani et son élève Mohamed Abdou a été détourné vers le salafisme par Mohamed Rachid Réda (élève de Mohamed Abdou) puis vers le «Ihiaisme» (ce mot veut dire la restauration du califat) qui n’est autre que l’islamisme politique par Hassan el-Banna, élève de Mohamed Rachid Réda et fondateur de l’organisation des Frères musulmans en 1928, donc à peine quatre années après l’abolition du califat par Mustapha Kemal Atatürk. Notons aussi que Rachid Réda et Hassan el-Banna étaient financés par l’Arabie Saoudite, et que les Frères musulmans, qui étaient persécutés par le régime de Nasser, avaient trouvé refuge en Arabie Saoudite. Et d’ailleurs, les principaux leaders du djihad en Afghanistan d’Al Qaïda et des groupes djihadistes qui appartiennent à l’espace sunnite, que ce soit en Égypte ou ailleurs, ont été formés par les Frères musulmans et nourris par leur idéologie.
Cette politique américano-saoudienne avait porté ses fruits à une certaine époque, mais depuis l’accession de Mohammed Ben Salmane au pouvoir, le royaume saoudien a tracé une nouvelle politique que le prince héritier a nommée «vision 2030» et dans laquelle il estime que le wahhabisme et le salafisme sont devenus obsolètes et qu’il faut maintenant revenir à «l’islam de Médine» du vivant du Prophète, c'est-à-dire un islam pluriconfessionnel ouvert sur la diversité religieuse, cultuelle et culturelle.
À titre d’exemple, le citoyen saoudien est désormais libre d’observer ou de ne pas observer le jeûne pendant le mois de Ramadhan, il est même libre de rester musulman ou de quitter l’islam s’il n’en est plus convaincu.
La femme saoudienne n’est plus obligée de se voiler (porter le hidjab) dehors, elle est même libre de nager en deux pièces si elle le désire. Par sa nouvelle politique, Mohammed Ben Salmane veut faire de l’Arabie Saoudite le pôle touristique, économique et migratoire mondial le plus attractif. Pour arriver à réaliser avec succès cette «vision 2030», il était nécessaire de réformer radicalement le discours religieux saoudien, et c’est ce qu’a fait Ben Salmane en commençant par ordonner la réécriture des Hadiths du Prophète pour n’en garder qu’une centaine qui ne soient pas en contradiction avec le Coran.

Dans ses multiples discours, Mohammed Ben Salmane s’est attaqué à plusieurs reprises au wahhabisme qui est la doctrine dominante en Arabie Saoudite. Pourquoi, à votre avis, et quelle est la moralité de ce changement ?
La raison de ces attaques est très claire : le wahhabisme est devenu une entrave à la nouvelle politique du royaume. En effet, il est impossible de réussir à réaliser la « vison 2030 » si le wahhabisme continue à être l’idéologie dominante, il fallait donc l’abolir en opérant une réforme radicale du discours religieux saoudien officiel. Et tout le monde a vu comment les chouyoukhs saoudiens du wahhabisme et du salafisme ont tourné à 180 degrés en changeant radicalement l’orientation de leurs fetwas en direction de la politique de Ben Salmane. C’est bien la preuve que ces chouyoukhs, gardiens de la doxa et du discours religieux officiel, ont toujours été et sont toujours à la solde des régimes en place, que ce soit en Arabie Saoudite ou ailleurs.
La moralité de ce qui se passe actuellement en Arabie Saoudite est qu’on ne peut pas faire avancer une vraie modernité (pas une modernité de vitrine), dans un pays avec un discours religieux obsolète. Il ne sert à rien d’utiliser les produits technologiques les plus pointus de la modernité quand les idées et les esprits sont arriérés et obscurantistes.

Les wahhabites algériens sont toujours liés au wahhabisme saoudien et prennent ses chouyoukhs comme référence. Quelles conséquences aura la nouvelle politique religieuse de l’Arabie Saoudite sur ce courant en Algérie ?
J’estime que le wahhabisme sera nettement affaibli durant les années à venir, non seulement en Algérie mais aussi dans la totalité du monde arabo-musulman. Les nouvelles générations de musulmans qui regardent ce qui se passe actuellement en Arabie Saoudite seront très difficiles et je dirai même impossibles à convaincre par le discours salafiste wahhabite. Je crois que les nouvelles générations iront de plus en plus vers un islam spirituel, ou bien vers les nouvelles thèses réformistes de l’islam telles que la thèse des «coranistes» ou bien la thèse de «l’islam des lumières» qui repose sur l’historicité des textes religieux.

Mais il semble que cette réforme de l’islam en Arabie Saoudite est mal vécue par les salafistes algériens…
C’est normal, parce que depuis la création du royaume saoudien, le wahhabisme a toujours été la source de légitimité et de financement pour les courants salafistes, si bien qu’il est devenu un véritable registre de commerce très juteux. Il y a donc là de gros intérêts en jeu qui vont être sérieusement menacés avec le changement radical de la politique saoudienne. N’ayant plus de «clients» ni de sources de financement, les «boutiques» du salafisme risquent de fermer définitivement.

Comment expliquer cette relation entre les wahhabites algériens et les prédicateurs de l’Arabie Saoudite ?
La relation entre les wahhabites algériens et les prédicateurs de l’Arabie remonte à l’époque de la création de «l’Association des oulémas musulmans algériens » en 1931. N’oublions pas que les «Oulémas» appelaient à la « correction du dogme religieux des Algériens» selon la doctrine oulémiste salafiste (qui était radicalement différente de la doctrine acharite adoptée par les musulmans sunnites depuis le 5e siècle de l’hégire – 11e siècle de l’ère chrétienne) et que les «Oulémas» étaient les premiers à avoir édité les livres de Mohamed Ibn Abdelouahab en Algérie.
Et depuis l’indépendance, les relations se sont consolidées avec le consentement tacite du régime algérien de l’époque Chadli qui ne voyait aucun inconvénient à ce que des jeunes Algériens aillent faire des études universitaires religieuses en Arabie Saoudite. Ces jeunes sont revenus à la fin des années 1980, ils ont été autorisés à prêcher dans les mosquées, certains sont devenus des professeurs soit dans les lycées soit à la Faculté des sciences islamiques. Certains étaient mes professeurs à Caroubier. Et le résultat de cette politique nous le connaissons tous et nous l’avons vécu à travers la tragédie nationale des années 1990.
K. A.

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