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MIGRANTS

Les dessous de l’offre italienne

Après avoir annoncé lui-même son intention de se déplacer en Algérie pour consulter ses pairs au sujet de l'immigration clandestine, le ministre italien de l'Intérieur fait part de son intention de débloquer une coquette somme d'argent en vue d'aider les pays du Maghreb à retenir les migrants...
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - 3 août 2018. Matteo Salvini annonce sur une chaîne de télévision un déplacement à Alger dans les tout prochains jours. La presse italienne relaye l'information et indique que ce voyage entre en fait dans le cadre d'une tournée qui le mènera également en Tunisie. Deux jours plus tard, et avant même que son voyage ne s'effectue, un nouveau message est rendu public sur son compte Twitter. Cette fois, le ministre italien de l'Intérieur affirme que son gouvernement est prêt à débloquer un milliard d'euros aux trois pays maghrébins.
«Notre objectif, dit-il, est de contrôler les frontières méridionales. Et pour répondre à tous ceux qui me considèrent comme Satan, nous préparons un projet qui prévoit au moins un milliard d'euros d'investissement pour soutenir l'économie et le travail de centaines de milliers de personnes et qui viendra aider des milliers d'autres en difficulté». Les médias italiens interprètent le message comme étant une réponse aux critiques d'une partie des journaux locaux accusant le ministre d'appliquer une politique migratoire trop sévère.
Sa fameuse phrase «clandestins préparez vos valises» résonne encore fort. Elle s'insère dans une déclaration plus globale où il indique que les «portes de l'Italie resteront ouvertes à tous les gens bons, mais un billet sans retour sera donné à tous ceux qui cherchent à semer le chaos et qui espèrent être respectés. Renvoyer ceux-là est notre priorité».
Dans son programme, Matteo Salvini promet un durcissement radical de la politique migratoire de son pays et prévoit l'expulsion de près de 500 000 personnes durant les cinq prochaines années ainsi que la fermeture des frontières. Parmi eux, figurent de très nombreux Algériens qui ont ouvert «une troisième voie migratoire à côté de celle de la Tunisie et de la Libye», écrivait récemment encore le Huffington post italien. Le ministre italien se trouve particulièrement intolérant à l'égard de cette frange de migrants clandestins. En juillet dernier, commentant l'arrivée d'une barque comportant 67 Algériens, des Afghans et des Pakistanais, il s'était interrogé sur les raisons qui poussent les Algériens à quitter leur pays du moment qu'ils ne sont pas en guerre.
Bien qu'ayant perçu la phrase comme une pique, les autorités algériennes sont restées silencieuses sur le sujet. Mais elles s'étonnent tout autant de la «proposition» concernant l'octroi du milliard d'euros. Comme Tunis, Alger n'a pas encore fait connaître sa position sur le sujet. Des spécialistes de la question migratoire mettent cette déclaration, effectuée à la veille d'une tournée envisagée, sur le compte de la stratégie mise en place pour venir à bout de l'immigration clandestine. «Le message est ambigu et peut être interprété de deux façons, nous dit-on. La première peut vouloir dire : nous allons vous aider à retenir vos jeunes en vous fournissant de quoi lutter contre cette immigration ou créer des emplois, comme il dit, mais il se trouve qu'en matière d'aide entre Etats, cela ne se passe pas ainsi. L'aide s'effectue dans le cadre d'investissement, de création d'entreprises qui aident à résorber le chômage par exemple. Dans le cas présent, nous avons plus l'impression qu'il s'agit d'une initiative visant à forcer la main des pays maghrébins et les inciter à revoir leur position au sujet de l'ouverture de camps pour les migrants subsahariens qui affluent aussi régulièrement vers l'Italie».
En annonçant son prochain déplacement à Alger et Tunis, Matteo Salvini rappelle avoir déjà effectué un voyage en Libye. De là, il avait annoncé publiquement l'ouverture prochaine de centres pour clandestins africains.
Avant même son arrivée à Rome, les autorités libyennes ont démenti formellement avoir donné leur accord pour le projet affirmant qu'il s'agissait d'une tentative de les mettre devant le fait accompli. Là aussi, une importante somme d’argent avait été promise aux Libyens.
A. C.