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sécurité Aérienne Les équipements de la discorde

Publié par Tarek Hafid
le 01.12.2019 , 11h00
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La situation au sein de l’Entreprise nationale de navigation aérienne (ENNA) est très tendue depuis plusieurs semaines. Dans une correspondance adressée le 25 septembre au directeur de l’exploitation aérienne, la Coordination syndicale des contrôleurs aériens (UGTA-SNPCA) révèle de graves défaillances qui pourraient « mettre en péril » la sécurité aérienne. 

Tarek Hafid - Alger (Le Soir) - Les faits remontent au 11 septembre dernier lorsque l’entreprise espagnole INDRA Sistemas se présente dans la salle opérationnelle du Centre de contrôle régional d’Alger (CCR), située à Cherarba, pour entreprendre installer de nouveaux équipements. Sauf que les aiguilleurs du ciel n’avaient pas été prévenus de l’entame de cette opération. « Cette manière de mettre les contrôleurs CCR devant le fait accompli devient, hélas, votre marque de fabrique. Sachez, monsieur, qu’avec tout le respect que nous vous devons, nous ne pourrons jamais tolérer des diktats qui risquent de mettre en péril la sécurité aéronautique. Nous nous trouvons donc dans l’obligation de vous faire savoir que nous sommes dans l’impossibilité de cautionner une entreprise hasardeuse et dangereuse que vous êtes sur le point de lancer et que nous craignons les conséquences fâcheuses qu’auront à subir les contrôleurs et l’établissement », précisent les deux syndicats.
Face à la gravité de la situation, les représentants des contrôleurs aériens ont informé leur direction qu’ils déclinaient « toute responsabilité en cas d’incident lié à la sécurité aéronautique de quelque nature qu’il soit ». Les responsables des deux syndicats reprochent à la direction de l’ENNA d’avoir autorisé l’entreprise espagnole à engager la phase d’installation des nouveaux équipements du CCR sans assurer la continuité des opérations de contrôle aérien. Pourtant, cette obligation est clairement inscrite dans le cahier des charges du marché de Développement de la gestion de l’espace aérien algérien (PDGEA) remporté par INDRA Sistemas en 2018 pour un montant de 47 millions d’euros. « Le soumissionnaire est tenu de proposer un plan de transition détaillé pour la transition technique et opérationnelle des installations existantes vers ceux fournis dans le cadre de ce projet afin d’assurer une continuité et éviter tout impact négatif dans la gestion du contrôle aérien. La transition doit tenir compte de la situation existante et ne doit pas générer de coûts supplémentaires pour l'ENNA, en raison de l'exploitation en parallèle de systèmes existants et de nouveaux systèmes. Le soumissionnaire s’assurera que l’intégration du système PDGEA dans sa globalité se fera sans interruption du contrôle aérien. Le plan de transition final doit être soumis à l'approbation formelle de l'ENNA. Le plan de transition détaillé doit inclure tous les travaux liés à la mise en opération  des centres de contrôle régional, des approches et des stations (radar, ADS-B, VHF, etc.). Les plannings associés, les dates clés pertinentes, les interdépendances des tâches et les responsabilités doivent être décrits », peut-on lire dans le chapitre Transition du cahier des charges du PDGEA. La correspondance de la Coordination syndicale des contrôleurs aériens (UGTA-SNPCA) atteste que les modalités contractuelles relatives à l’installation des nouveaux équipements n’ont pas été respectées. 
Une chose est certaine : l’ENNA est confrontée à une situation de défaillance du groupe espagnol. Le contrat de réalisation du PDGEA — signé le 21 février 2018 — aurait dû être clôturé dans un délai de 18 mois, soit en août 2019. A l’heure actuelle, INDRA Sistemas n’a pu procéder à l’installation complète des équipements sur tout le territoire algérien. 

Priorité au football
Dans la correspondance adressée au directeur de l’exploitation aérienne, l’intersyndicale des contrôleurs aériens rappelle l’état de délabrement de la salle opérationnelle au sein de laquelle sont gérées les opérations de contrôle du ciel algérien. « La structure actuelle qui a été fragilisée par de nombreux phénomènes naturels nous a causé des problèmes pendant une dizaine d’années. Installer le nouveau CCR dans cette même salle impliquera de subir les mêmes désagréments, voire plus pendant encore une quinzaine d’années. Faut-il rappeler que plusieurs plaintes, réserves, pétitions et autres ont été établies par les contrôleurs du CCR, attirant votre attention sur l’état de délabrement de l’actuelle salle de contrôle et que plusieurs entretiens ont été tenus durant lesquels vous avez, peut-être, écouté mais certainement pas entendu». Pour les syndicalistes, la logique aurait voulu que l’ENNA construise un nouveau CCR pour accueillir les nouveaux équipements. Mais il semble que la direction de l’Entreprise nationale de navigation aérienne ait d’autres priorités. Le football par exemple…
« L’argument financier ou économique ou peu importe comment vous l’appelez ne peut être invoqué et ne tient d’aucune manière la route. Nous avons appris à notre grande stupéfaction que vous n’avez ménagé aucun effort pour défendre le projet coûtant une dizaine de millions de dinars algériens à la faveur d’un stade de football au sein du complexe de navigation. Comprenez notre déception lorsqu’on constate où vont vos priorités », regrette l’intersyndicale. 

Les arguments de la DG
Pour sa part, le directeur général de l’ENNA estime que la salle de contrôle qui date de 2003 « est récente » et « garde encore toute conformité ». 
« Nous ne pouvons pas construire à chaque installation de nouveaux équipements de contrôle une nouvelle salle de contrôle. La salle de contrôle d’Athis-Mons à Paris a survécu à trois grandes générations de système de contrôle datant des années 1970 », explique Youcef Safir. Il présente ses arguments : « Toutes les délégations étrangères et nationales, y compris vos collègues journalistes des chaînes radio et TV, qui ont visité cette salle de contrôle à ce jour, trouvent cette salle comme étant l'une des salles les plus adéquates pour recevoir ce type de matériel. » Selon lui, « les contraintes qui sont liées à l'installation des nouveaux équipements dans la même salle opérationnelle » sont prises en charge par le fournisseur en coordination avec les experts de l'ENNA. « Une étude de sécurité est faite par le fournisseur en coordination avec l'ENNA pour atténuer le risque au minimum. Sans oublier que ces fournisseurs ont toujours installé leurs équipements, à travers le monde entier, dans des salles déjà opérationnelles. C'est le cas dans les grands centres de contrôle européens tels que Madrid, Lisbonne, Paris », souligne Youcef Safir. 
Concernant le retard dans la mise en œuvre du PGDEA confiée au groupe espagnol INDRA Sistemas, le directeur général de l’ENNA l’explique par la « complexité du projet, qui intègre aussi bien des spécificités du domaine de la navigation aérienne que des exigences technologiques et environnementales de haut niveau, requiert une mise en œuvre qui repose sur la disponibilité de toutes les conditions requises ».
Le directeur général de l’Entreprise nationale de navigation aérienne met en avant trois éléments pour justifier « la prorogation des délais d’exécution du projet » : une phase d’étude plus longue, un retard dans l’attribution des fréquences hertziennes et des blocages administratifs.  
« La densité des études de sites et de la phase de spécifications techniques détaillées qui ont permis d’arrêter les équipements et moyens à mettre en œuvre sur l’ensemble des sites et la configuration du système intégré a mené à une durée des études plus longue. Suite aux résultats non concluants pour certains sites retenus initialement par l’ENNA, il y a eu nécessité de mener par le cocontractant INDRA Sistemas S.A de nouvelles études de sites d’implantation des équipements, ce qui a engendré un délai supplémentaire. 
Le retard dans l’attribution des fréquences d’utilisation des faisceaux hertziens par l’Agence nationale des fréquences a fait que la phase de spécifications techniques détaillées de ces équipements est toujours en cours et leur acquisition auprès du constructeur est en suspens. 
La lenteur des procédures d’obtention des licences d’exploitation de l’Agence nationale des fréquences pour les équipements sensibles qui retarde l’expédition des équipements. L’approbation par le CTC des études de génie civil qui n’est encore pas octroyée pour l’ensemble des sites. La difficulté de maîtriser les délais est à considérer au vu de l’implication de différentes parties tierces et des procédures administratives à entreprendre ». Pourtant, les faits sont là : un projet stratégique de 47 millions d’euros, qui devait être livré en août 2019, peine à être lancé. 
T. H.

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