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Moulay Chentouf, porte-parole du PLD, au Soir d’Algérie : «Les islamistes sont discrédités par leur accointance avec le pouvoir»

Publié par Karim Aimeur
le 16.02.2020 , 11h00
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Entretien réalisé par Karim Aimeur
Moulay Chentouf est porte-parole du Parti pour la laïcité et la démocratie (PLD), parti qui avait quitté le Pacte de l’alternative démocratique (PAD). Dans cet entretien, il évoque ses rapports avec le PAD et d’autres questions d’actualité nationale, particulièrement la place des islamistes dans le nouveau paysage politique national.

Le Soir d’Algérie : Le PLD a quitté le PAD en dénonçant une volonté de s'ouvrir aux islamistes, une accusation qui ne s'est pas confirmée. Allez-vous réintégrer le PAD ?
Moulay Chentouf
: Je crois qu’il faudrait re-contextualiser les choses pour bien saisir ce qui s’est réellement passé à la veille du 1er novembre 2019. A cette occasion, le PLD a été chargé par le PAD de la rédaction d’un projet de déclaration pour marquer le 65e anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération nationale. Le projet a été rédigé et, bien sûr, discuté par l’ensemble des représentants du PAD. Des réaménagements au texte ont été apportés, mais de tous les amendements adoptés, la suppression de « l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques » du texte proposé par le PLD était irrecevable, dans la mesure où sa formulation est clairement explicitée dans la plate-forme fondatrice du PAD du 26 juin 2019. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de geler notre activité au sein du PAD, en attendant des clarifications.
Ceci étant dit, nous avons participé à ces assises nationales du 25 janvier dernier , en donnant notre point de vue au même titre que les autres partis démocrates. La nouvelle plate-forme que le PAD a fait sienne lors de ces dernières assises est positive. Celle-ci s’inscrit parfaitement dans les orientations générales de celle du 26 juin 2019. Ce qui nous a conduits à reprendre nos activités au PAD.

Mais les islamistes sont une réalité. Doit-on les exclure ou les associer à la solution à la crise ?
Vous avez raison de dire que les islamistes sont une réalité. Ils sont bien là et on doit en tenir compte, mais leur existence politique s’explique aisément par toutes les dérives du système. Ignorer leur existence, c’est être dans le déni et surtout ne pas rendre service au combat.
Faudrait-il pour autant les exclure ou les associer ? D’une part, les islamistes se sont auto-exclus eux-mêmes à partir du moment où ils vouent aux gémonies la démocratie et qu’ils ont milité et militent toujours pour l’instauration d’une «dawla islamya» bien qu’ils affichent aujourd’hui un discours «politiquement correct» de circonstance. Et rien ne dit que demain, ils ne reprendront pas le chemin de la violence pour atteindre leurs objectifs. Ils n’ont pas mis tous leurs œufs dans le même panier, mais leur but est unique : consacrer l’Etat théocratique.
D’autre part, est-il possible de s’associer politiquement à un courant, en l’occurrence le wahhabisme, dont l’idéologie n’est pas éligible à la démocratie et dont le but ultime est de la déraciner par tous les moyens, y compris par l’usage de la violence ? Je le dis clairement : non ! Il est évident que les islamistes sont non seulement dans le paysage politique, mais leur ancrage dans la société remonte à plus d’un quart de siècle. Ils sont organisés et ont fait main basse sur une partie du réseau des mosquées du territoire national.
Et n’oublions pas qu’ils ont des moyens de communication importants, notamment des médias lourds dont les effets dévastateurs sont loin d’être négligeables. Nous avons donc affaire à une véritable machine de guerre, mais celle-ci n’est pas aussi redoutable que dans les années 1990 parce qu’elle a pris des coups. Elle a été partiellement détruite par l’ANP, et son discours n’est plus aussi attractif que par le passé. La duplicité politique des islamistes et leur accointance avec le pouvoir les ont, en partie, discrédités. Hier, membres zélés de l’ex-Alliance présidentielle, aujourd’hui les voilà reconvertis sans vergogne, pour une partie d’entre eux ,en partisans du « dialogue » après avoir coché des deux mains la case du « Yetnahaw gaâ ».
L’islamisme politique marque le pas aussi dans le monde. En témoignent la chute du dictateur islamiste Omar el Béchir au Soudan, l’enlisement de l’Arabie Saoudite dans le conflit yéménite, la contestation ouverte du peuple au régime des mollahs en Iran et le recul du Hezbollah face à la détermination et à l’ampleur du mouvement anti-confessionnel libanais. Ce contexte international ouvre une fenêtre de tir remarquable aux démocrates algériens.
C’est pourquoi nous avons pensé, tout naturellement, qu’une situation politique aussi propice au plan international, et où les partisans de la démocratie en Algérie grâce au mouvement du 22 février n’ont jamais été aussi mobilisés, avait toutes les vertus d’unir les courants démocrates algériens pour réduire l’islamisme politique. Dans une telle situation, la tâche centrale des démocrates et du PAD en particulier est de créer le rapport de force idoine pour isoler les islamistes et les défaire politiquement.
Donc, la seule solution qui reste à ceux qui n’ont pas pour objectif l’Etat théocratique, c’est de se mettre en ordre de bataille pour se fédérer et ce, de la manière la plus étroite pour peser dans l’arène politique et mettre en échec le projet islamiste.

Concernant le système politique, peut-on l’exclure de la recherche de la solution ?
Je crois que ceux qui avaient encore des doutes à mettre une croix sur le système se sont rendus à l’évidence de la réalité. Le vent de « dégagisme » a soufflé tellement fort sur l’Algérie grâce au mouvement citoyen ,que d’aucuns sont désormais convaincus de son départ. Mais il est clair que le dénouement de la crise ne pourra émerger qu’à partir du moment où un nouveau rapport de force, conforté par la pression populaire du mouvement citoyen, obligera le système à s’inscrire dans le sens de ses revendications.
C’est pourquoi la présence d’un PAD fort de ses convictions et nourri des exigences du mouvement citoyen est cruciale pour peser de tout son poids sur le cours des événements et ouvrir la voie à une transition républicaine et démocratique.
L’ANP aura un rôle important à y jouer afin d’en garantir une issue démocratique, faute de quoi le pays risque de s’enfoncer plus gravement dans la crise. Dans tous les cas, le mouvement citoyen, levier central du changement, doit poursuivre sans relâche sa mobilisation pour ouvrir de nouveaux horizons au pays.

Que pensez-vous des consultations lancées par le chef de l’État dans le cadre de la révision de la Constitution ?
Ce Président fraîchement « élu » a toutes les apparences d’un partisan de l’ouverture à la société civile. Depuis son installation, des dizaines de citoyens et citoyennes ont été élargis et, fait majeur, la responsable du PT, Louisa Hanoune, vient d’être libérée. Mais malheureusement, l’arbre ne peut pas cacher la forêt.
On aurait pu s’attendre à quelques innovations en matière de gouvernance. On a eu droit à du copier-coller. En effet, ce nouveau Président est dans la continuité de ses prédécesseurs, et fait plutôt de la communication au lieu d’agir dans le sens du changement. Mais c’est trop demander à une photocopie du système.
Peut-on véritablement parler de « dialogue » quand, dans la scène politique, règne l’incertitude et que plane encore l’épée de Damoclès des arrestations et des poursuites judiciaires contre des Algériennes et des Algériens dont le seul crime est d’avoir exercé leur droit à la citoyenneté. Le dialogue sera véritablement engagé avec la société civile lorsque cessera l’arbitraire policier et que sera annoncée officiellement l’amorce d’une transition démocratique.
K. A.

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