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ALGÉRIE-UE Les raisons d’une tension

Publié par Abla Chérif
le 16.04.2018 , 11h00
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Des stratégies économiques mises en place par l’Algérie irritent fortement les partenaires européens qui ont d’ailleurs réagi publiquement et de manière assez virulente ces derniers jours. L’Union européenne évoque l’existence d’une crise que les deux parties tentent de dépasser à travers un processus de négociations en cours.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Il y a moins d’une semaine, la Suédoise Cecilia Malmström, commissaire européenne au Commerce, mettait à nu l’existence d’une réelle tension entre l’UE et l’Algérie qui, dit-elle, «ne respecte pas ses accords commerciaux». En réponse à une question posée par un député, elle ajoute : «Plusieurs démarches ne sont pas en conformité avec nos accords de libre-échange (…) et favorisent la Chine (…) il faut qu’on trouve des solutions, sinon il faudra évoquer dans l’accord les clauses de règlement de différends (…) nous sommes dans un échange de lettres et discussions avec les autorités algériennes à ce sujet, il y a un dialogue.» L’intervention se déroule devant les Commissions des Affaires économiques et celle des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française.
Un dossier sensible, sur lequel les autorités algériennes avaient préféré rester discrètes jusque-là, est publiquement mis sur la table. Alger s’abstient cependant de répondre, préférant vraisemblablement s’en tenir à la «poursuite des discussions tout aussi discrètement afin d’éviter toute surenchère», nous apprennent des sources au fait de l’affaire. Le processus de négociations est confirmé, mais il ne se déroule pas tel qu’il a été présenté», font, d’autre part, savoir des experts économiques. «Entre le pays et l’Union européenne, le dialogue n’a jamais été rompu, les discussions sont constantes et concernent de nombreux points.»
Actuellement, des discussions qui s’apparentent davantage à des «renégociations» se déroulent avec des partenaires se sentant lésés par les démarches mises en place par l’Algérie pour renforcer son économie. La principale concerne l’arrêt des importations d’un grand nombre de produits en provenance de l’étranger. Destinée à inciter les exportateurs étrangers à investir en Algérie au lieu de se limiter à vendre, cette décision génère un véritable malaise chez certaines capitales occidentales. «Des sociétés étrangères auprès desquelles s’approvisionnaient régulièrement les Algériens ont vu leur production baisser sensiblement. Leur chiffre d’affaires s’en est lourdement ressenti. Certaines petites entreprises ont carrément mis la clé sous le paillasson. Actuellement, certaines d’entre elles ont été amenées à renégocier leur statut, les conditions de vente et d’achat sont revues depuis le début. Il ne faut pas oublier aussi que le marché algérien est une porte ouverte sur l’Afrique et que sa fermeture induit des conséquences sur le marché continental, car il leur est difficile d’emprunter d’autres canaux en raison de la situation qui prévaut sur le plan régional.»
Conscients de l’enjeu en cours, certains pays, tels que la Turquie notamment, ont pris la décision d’investir dans les secteurs «gagnants» avec l’Algérie et c’est ainsi qu’il a été procédé à l’ouverture du plus grand site de textile à l’échelle africaine. «Certains ont compris et agi très rapidement, d’autres pays hésitent à le faire pour plusieurs considérations. L’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et la France figurent par exemple parmi les Etats qui observent et tentent de trouver des solutions médianes», nous dit-on. Décontenancés par leur recul sur le marché algérien, les Français sont particulièrement embarrassés par cette situation. Certains observateurs font d’ailleurs remarquer que la commissaire européenne au Commerce international a écouté durant deux heures pleines les «plaintes et remarques de députés» des Commissions économiques de l’Assemblée nationale française. Le premier concurrent mondial de ces pays a été publiquement cité.
La Chine, premier partenaire
de l’Algérie
La Chine a attiré, en quelques années, une bonne partie des importateurs algériens qui affirment y avoir trouvé leur compte. Les choix économiques d’Alger n’ont non seulement aucunement altéré les échanges commerciaux avec Pékin, mais la situation en cours semble avoir renforcé la position du partenaire «désormais incontournable».
Selon les données fournies par le Centre national de l’informatique et des statistiques des douanes, CNIS, la Chine occupe la première place des pays exportateurs envers l’Algérie. Le montant des importations durant 2017 avait été évalué à 7,297 millions de dollars, soit une évolution de 4,9% par rapport aux années précédentes. Avec 3,474 millions de dollars, et un recul de - 14,1%, la France se positionnait au même moment en seconde place. Depuis, les chiffres ont évolué.
Les statistiques du CNIS, portant uniquement sur les principaux fournisseurs de l’Algérie durant le mois de janvier 2018, indiquent que la Chine occupe toujours la première place avec 12,25% d’importations d’une valeur de 464 millions de dollars. Un recul de 67% a toutefois été observé entre janvier 2017 et 2018. A l’origine de cette situation, la rude concurrence dont font preuve les partenaires français, qui observent une avancée de 8,95% et 10,93% d’importations, sur la même période, mais aussi les Italiens et les Espagnols.
Selon la même source, l’Italie s’est taillé la troisième place avec 9,64% d’exportations vers l’Algérie et une avancée de 14,42%. «L’hésitation des capitales occidentales à accepter les conditions de l’Algérie ont cependant favorisé une nouvelle avancée du partenaire chinois ces derniers mois», indiquent des sources bien informées.
Les raisons sont multiples mais peuvent se résumer comme suit, nous dit-on : «La Chine arrange les Algériens de par les prix pratiqués dans tous les marchés recherchés, et cela va de la matière première aux produits finis, en passant par le coût du transport et l’efficacité des services après-vente. Nous pouvons trouver des produits de même qualité à un prix réduit, alors pourquoi nous en priver ? Face à cette réalité, des voix s’élèvent pour tenter de faire fléchir l’Algérie et l’amener à revoir ses décisions en matière d’importations. Les règles du jeu sont cependant claires, le pays est à la recherche d’investisseurs et non de vendeurs.»
A. C.

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