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Le 5 Juin dernier disparaissait Fouad Boughanem, Directeur du Soir d’Algérie L’homme d’amitié et de conviction

Publié par Brahim Taouchichet
le 04.07.2019 , 11h00
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Il y a des écrits dont on voudrait bien se passer quand il faudrait évoquer un être cher disparu, happé par le destin alors que sa présence voudrait chasser son absence, trop visible, cruelle. Fouad Boughanem est décédé le mercredi 5 juin, suscitant tristesse et émotion, surtout que l’on croyait que la Faucheuse s’en prendrait à d’autres mais pas à lui. Mais elle en a décidé autrement.
La nouvelle fut comme une onde de choc aussi bien chez le personnel administratif que dans la rédaction, habituée, depuis longtemps, à sa présence régulière et discrète au coup de feu du bouclage du numéro du jour du Soir d’Algérie.
Paradoxalement, sa présence était loin d’être pesante à l’heure où stress et tension se mêlaient lorsqu’il faut conclure le BAT (bon à tirer) et pouvoir enfin respirer tout en ayant à l’esprit l’édition suivante. C’est que, directeur de la publication, Fouad assurait cette responsabilité vis-à-vis des lecteurs et des pouvoirs publics qui sont prompts à crier à la diffamation ou au… complot ourdi. On est loin des éclats des voix propres aux rédactions où journalistes et rédacteurs en chef s’échangent parfois des « amabilités » à propos d’une phrase biffée, d’un titre changé à la dernière minute sans l’avis de l’auteur de l’article, ce qui est le piment de la vie d’un journal au demeurant.
Fouad Boughanem gardait son sang-froid quand d’autres ruaient sur toute idée qui ne leur convenait pas, et c’est pour décrier à tous les diables à la censure. Il est vrai que cette dernière étant déjà – malheureusement – intériorisée par le journaliste, cela évitait bien des désagréments… Fouad ne se la jouait pas patron. Aux mondanités des soirs désertés par les rédacteurs où il pouvait recevoir amis, complices de vie ou personnages intéressés, il préférait rentrer chez lui.
A la grande joie de sa maman à laquelle il tenait comme à la prunelle de ses yeux. Cette relation fusionnelle était son rapport à sa mère tout comme il avait comme trait de sa personnalité la fidélité et l’amitié. Pour beaucoup, il n’offrait que le côté cour. Son côté jardin, il le préservait jalousement contre toute intrusion étrangère. Il ne levait un pan de voile sur sa vie personnelle et privée qu’en de très rares occasions et cela même à son cercle d’intimes.
Malade déjà pendant plusieurs mois, il ne s’en plaignait jamais. Pour l’anecdote, absent pendant un mois pour soins à l’étranger, certaines mauvaises langues disaient de lui qu’il s’est rendu en Espagne suivre un clasico, il est vrai qu’il était un fan irréductible du Real Madrid.
Comme réponse, il eut le geste rare de faire une entorse à sa discrétion me découvrant son dos traversé de l’épaule à la hanche d’une longue cicatrice ! Et c’est ainsi qu’il reprit le travail le plus normalement du monde, lisant et corrigeant les papiers de l’actualité ou les longues contributions qu’il « cueillait » de sa boîte mail. Il avait le look sobre, rebelle au costume-cravate, il ne fréquentait pas les officines officielles et autres cercles diplomatiques quand bien même sa fonction l’y oblige.
Ainsi au quotidien, tous les jours, excepté parfois les jeudis pour un briefing avec la responsable des finances puisque Fouad était aussi le gérant du journal. Gérer restera pour lui le maître-mot quand il faut livrer bataille pour préserver l’indépendance de la ligne éditoriale du Soir d’Algérie et, dans bien des cas, ce fut rude, voire dangereux. Il fallait faire face aux foudres du pouvoir suite à un article critique car celui-ci recourait sans vergogne à la censure par la suspension de la publicité via l’Anep, tout en clamant son respect de la liberté d’expression.
Fouad entendait bien pratiquer cette liberté ce qui vaudra au Soir d’Algérie une longue période de vaches maigres mais sans pour autant faire porter le fardeau aux journalistes qui percevaient leur dû chaque fin de mois quand d’autres auraient crié à la dèche.
Ce n’était pas du tout évident au temps maudit de la décennie noire. Se battre sur deux fronts était ainsi le lot d’une presse qui a fait sienne les idées de progrès et de justice. Rien de plus facile que de céder aux pressions de toutes sortes. C’est qu’il croyait à l’alternance démocratique et politique. Verdict deux mois de prison ! Il tombera de haut lors des élections au quatrième mandat de Bouteflika.
Il ne croyait pas que les jeux étaient déjà faits et voyait en Ali Benflis l’outsider le plus crédible à prendre la relève. Ceci l’emmènera à revoir ses choix mais sans renier ses positions qui, du reste, ne datent pas de l’avènement du Soir d’Algérie né de l’euphorie Hamrouche, Premier ministre sous Chadli et qui revendique la paternité de la presse indépendante. Sans doute, que cet épisode et bien d’autres d’ailleurs feront leur œuvre quant aux jugements rapides sur les hommes et les événements, expérience qu’il partagera, sans tambour ni trompette, avec ses collègues journalistes.
Le « bref » couloir menant de son bureau, désormais fermé en l’état, jonché de livres de fraîche parution, est aujourd’hui orphelin de ses pas feutrés. Grandement affaibli par la maladie, gardée secrète jusqu’aux derniers moments de vie, on ne connaît pas ses projets futurs pour le journal.
Pragmatique, il voulait garantir sa continuité dans la sérénité en dépit des chamboulements induits par la vie politique d’un pays en pleine tourmente. Maintenir le cap devant tant de sollicitions de l’adversité fut son objectif premier. Advienne que pourra, le journal doit rester pérenne et paraître aux heures de rendez-vous avec son lectorat.
Etre à jour dans toutes ses créances (imprimeries, administration fiscale). Pari réussi puisque le Soir d’Algérie est toujours là, avec l’espoir du mieux. Comme tu l’aurais voulu Fouad.
Adieu encore une fois, mais tu es toujours présent parmi nous, dans l’esprit de tous ceux que tu as côtoyés.
Brahim Taouchichet

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