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DIVISION ASSOCIATIONS DE LA SONATRACH Mauvaise gestion et corruption érigées en normes

Publié par Tarek Hafid
le 15.07.2019 , 11h00
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La famille Chioukh a voué sa vie à la Sonatrach. Yasmina est juriste au sein de la division associations. Abid, son époux, retraité depuis 2006, a supervisé d’importants projets pétroliers et gaziers dans le Sud. Depuis des années, ils dénoncent ouvertement les actes de corruption et la mauvaise gestion qui minent la compagnie publique d’hydrocarbures. Tous deux accusent Chakib Khelil d’être la source de la déchéance de la Sonatrach.
Tarek Hafid - Alger (Le Soir) - Depuis une vingtaine d’années, les Chioukh ont accumulé une grande quantité de documents qui prouvent la gabegie et la corruption dans la gestion de la Sonatrach, principalement au sein de la division associations. Ces dossiers, Abid Chioukh les range méthodiquement dans des chemises plastifiées transparentes. Il suffit que son épouse aborde une affaire pour qu’il tire les documents attestant ses dires.
Non-respect des dispositions contractuelles par les partenaires étrangers, gestion des carrières, politique des salaires, système de formation, sureffectif… le couple dispose de preuves irréfutables sur la gestion catastrophique de la division associations. Une situation qui fait perdre des sommes considérables à la compagnie nationale, ternit son image et impacte l’économie nationale.
Les Chioukh sont catégoriques : les dépassements ont commencé dès l’arrivée de Chakib Khelil, l’ancien ministre de l’Energie nommé par Abdelaziz Bouteflika. Khelil a très vite compris que la division associations est une structure-clé au sein de la Sonatrach.

1999, année fatidique
« Nous avons constaté des dérives dès 1999. A partir de 2001, Sefouh, qui était alors divisionnaire, avait refusé d’appliquer certaines directives. C’était un responsable qui avait du caractère, il ne voulait pas céder aux pressions de certains partenaires, notamment celles exercées par British Petroleum. Sa résistance lui a valu son poste. Et comme pour mieux montrer qui est le chef, Khelil a remplacé Sefouh par Sahnoune qui se faisait appeler Monsieur BP », souligne Yasmina.
Tout a changé à partir de cette nomination : des cadres financiers se sont vu retirer leurs dossiers, des partenaires ont commencé à ne plus respecter des clauses contractuelles et les premiers scandales ont éclaté…
Le fonds documentaire de nos lanceurs d’alerte étant très important, nous avons fait le choix d’aborder en premier lieu la question de la gestion des ressources humaines de la division associations. Nous reviendrons dans nos prochaines éditions sur d’autres dossiers (Repsol, BP, Amoco, Gazprom, Anadarko…). «Il est faux de croire que la corruption se situe uniquement au sommet de la Sonatrach. Au sein de la division associations, c’est quasiment l’ensemble de la structure qui est gangrenée », insiste Abid Chioukh.
« Théoriquement, la division associations ne devait gérer ni les gisements ni la production, cela ne relève pas de ses missions initiales qui se limitent au suivi des phases de recherche et de développement. Mais elle a été détournée de ses missions par ses dirigeants pour orchestrer de vastes trafics. Entre 2011 et 2015, période durant laquelle cette division est sortie de l’activité amont de la Sonatrach, nous avons assisté à une explosion des recrutements. Aujourd’hui, elle est composée de 6 000 employés, soit dix fois plus qu’il n’en faut », dit-il. Ce monstre en sureffectif est devenu ingérable.

Pertes sèches
Des années durant, Yasmina Chioukh a enregistré un nombre important d’infractions et de violations de la législation du travail. Des dépassements qui sont souvent au profit des partenaires étrangers ou de prestataires privés mais qui engendrent des pertes sèches à la Sonatrach.
A titre d’exemple, des groupements du bassin de Hassi-Berkine recrutent et reconduisent chaque année des dizaines de contrats à durée déterminée (CDD) pour du personnel sous-traitant auprès de prestataires de service. Pourtant, ces postes administratifs et techniques auraient pu être comblés par des agents de la Sonatrach. «Le coût mensuel de ces agents varie d’un contrat à l’autre, mais certains sont facturés à plus de 1 400 000 DA par mois. Bien entendu, l’agent ne touche jamais cette somme. La différence va dans les caisses du prestataire», dit-elle.
Le groupement Berkine est un cas d’école en matière de non-respect de la législation algérienne et des standards de la Sonatrach en matière d’organigramme. Le fait de jouer sur l’organigramme ouvre la voie à tous types de trafics : emplois fictifs, suppression effective de postes de cadres supérieurs mais maintien de l’intitulé, recrutement massif d’agents en dehors du cadre organique, création de postes d’intérim au profit de personnes ayant des liens familiaux directs avec des responsables de la compagnie.
Dans un mémo remis à une équipe d’auditeurs internes, Yasmina fait part de sa stupéfaction à propos de la question des conventions de détachement.
« La logique utilisée dans les conventions de détachement du personnel Sonatrach dans le cadre des contrats de partenariat, et plus particulièrement les montants de facturation du personnel expatrié et algérien reste inexplicable. En parcourant les taux journaliers de facturation du personnel algérien, le montant change d’un groupement à un autre, même s’ils opèrent dans la même région. Pour le personnel expatrié, les taux varient d’une façon exagérée entre $200 et
$3 000, voire plus, par jour. Les groupements comptabilisent l’agent dans sa nouvelle catégorie (passage de cadre à cadre supérieur, exécutant à maîtrise, maîtrise à cadre) à partir de la date de son affichage sur fichier personnel, au lieu de la date de nomination ou d’occupation du poste, ce qui engendre la perte de millions de dollars pour Sonatrach chaque année ».
Selon les Chioukh, le non-respect de la réglementation du travail touche également les aspects liés à la priorité au recrutement accordée aux travailleurs locaux mais aussi à l’obligation faite aux entreprises étrangères de recruter des agents et des cadres algériens, qu’ils soient résidents en Algérie ou à l’étranger. Sauf que les compagnies internationales préfèrent recruter des personnels expatriés sur la base de barèmes factices. «Ces firmes ne se formalisent pas à propos des recrutements effectués par la Sonatrach car ils sont pris en charge par la compagnie nationale et en dinars algériens .»

La « secte » des salaires
La division associations semble être un Etat dans l’Etat. Certaines opérations administratives échappent à la direction du groupe Sonatrach. C’est le cas du service des salaires qui est totalement autonome. «Cette structure est gérée par trois personnes : un chef de service, un agent de paie et un troisième agent, un électron libre, dont on ne connaît pas le statut. Ils se déplacent une fois par mois à la Direction d’aide aux opérateurs (DAO) de Hassi-Messaoud pour établir l’ensemble des rémunérations. Cette opération se déroule en dehors du siège d’Alger », explique la juriste. Selon elle, l’opacité qui entoure le calcul des salaires a été l’occasion de mettre en place un système qui profite à certains privilégiés. La codification Nord/Sud étant la clé de ce système.
« Des cadres et des employés sont codifiés dans la base de données du logiciel de paie comme étant en poste au Sud alors qu’ils travaillent au Nord. Ce subterfuge leur permet de gagner des catégories et des primes spécifiques. Au final, ils perçoivent des salaires mirobolants. Le trafic ne s’arrête pas là, certains personnels qui travaillent pour un petit groupement peuvent toucher des salaires plus importants. Il suffit d’inscrire sur le logiciel qu’ils sont employés au sein d’un grand groupement international. Ces pratiques illégales occasionnent chaque mois des pertes énormes à la Sonatrach qui, en plus de la différence de salaire et des primes, est tenue de payer des charges sociales et fiscales supplémentaires .» D’après elle, une autre combine permet d’inscrire trois à quatre employés dans le même poste de travail.
Tout le monde tire profit de ce vaste système de trafic et de passe-droits : les compagnies étrangères, les différents responsables de la division associations et les prestataires de services. Les perdants sont la Sonatrach, le Trésor public, l’administration fiscale, la Cnas et les milliers de chômeurs qui ne profitent toujours pas d’un système de recrutement juste et équitable.
Pour certaines compagnies étrangères, toutes les occasions sont bonnes pour surfacturer et grappiller quelques millions de dollars, à l’exemple des programmes de formation. Yasmina se réfère à un rapport concernant le groupement Berkine qu’elle avait adressé au P-dg de la compagnie, Abdelmoumène Ould Kaddour, dans lequel il est fait état d’un budget annuel de 2,7 millions de dollars « géré uniquement par Anadarko en extérieur et au seul profit des personnels expatriés ».
Abid sort le document d’une chemise plastifiée : «Je peux vous citer un exemple parmi d’autres : un contrat de formation en HSE a été conclu avec la société française Dupont en janvier 2017 pour un montant de 172 597,5 dollars. 350 agents devaient participer à cette session, mais seuls 227 y ont assisté. La même société a bénéficié de deux autres avenants (31 050 et 107 000 dollars) pour former 240 agents, mais ils n’étaient que 150 lors de cette autre session de deux jours .» Ça fait cher payé l’heure de formation…

Le « mufti » tricheur
Au sein de la division associations, certains cadres ont bénéficié de passe-droits pour décrocher des postes de responsabilité ou de l’avancement. Yasmina Chioukh choisit d’évoquer deux cas : G. Mourad, nommé par Ould Kaddour en qualité de relais principal de la division associations pour le programme SH30, et B. Mounia, cheffe de département développement des ressources humaines de la division.
« G. Mourad a été recruté en août 2005 en qualité de cadre juridique. Dans la fiche de synthèse de son dossier professionnel, il est indiqué qu’il est titulaire d’une licence en droit délivrée par l’Université d’Alger. En réalité, il est titulaire d’une licence en Sciences islamiques, option Oussoul Eddine délivrée en 1996 par l’Université d’Alger .» Le fait que cette personne ait fait une fausse déclaration et présenté un diplôme qui ne correspondait pas aux critères de sélection imposés par la Sonatrach lors de son recrutement n’a provoqué aucune réaction au sommet de la hiérarchie de la division associations. « Cette histoire de faux diplôme est un secret de Polichinelle, tous les responsables sont au courant. Mais cela n’a pas empêché cette personne de gravir les échelons à une vitesse fulgurante pour arriver au poste de coordinateur du département de gestion du personnel. Il a traité des dossiers très sensibles, notamment celui du groupement chinois de Zarzaïtine qui reste une véritable énigme. J’avais signalé son cas à plusieurs reprises et il a fallu attendre l’arrivée d’Abdelmoumène Ould Kaddour pour qu’il soit relevé de ses fonctions. La compagnie aurait dû déposer plainte contre lui, mais il a bénéficié de la protection de hauts responsables », regrette Yasmina Chioukh.
L’incroyable parcours de G. Mourad ne s’arrête pas là : « Le 26 mars, soit un mois, jour pour jour, avant son limogeage, Ould Kaddour désignait officiellement cette personne au poste de relais principal de la division associations pour le programme SH30 ! Le pire dans cette histoire, c’est que lorsque je me suis plaint officiellement au P-dg, il n’était même pas au courant qu’il lui avait octroyé cette promotion. Ses plus proches collaborateurs lui ont fait signer l’ordre de mission sans même qu’il ne s’en aperçoive .»
L’histoire de B. Mounia est tout aussi intrigante : «Diplômée en sociologie, elle a été recrutée en 2005 comme chargée d’études. Mais cette dame n’a cessé de griller les étapes durant son parcours professionnel, prenant au passage des primes censées être accordées au mérite. En 2017, elle postule pour le poste de cheffe de département développement des ressources humaines de la division à travers la bourse de l’emploi. Cette bourse est un système de recrutement interne qui répond à des critères précis. La hiérarchie lui a accordé un avis favorable. Mais lors du contrôle de conformité, elle a été déboutée par la direction centrale du personnel car elle est passée de la catégorie 22 à la 27. Il est impossible de sauter 5 catégories d’un seul coup surtout qu’elle était en situation d’intérim et n’avait donc pas le droit de postuler .»
B. Mounia a finalement eu gain de cause suite à l’intervention du vice-président chargé des activités amont qui a obtenu une dérogation de Ould Kaddour.

Audit : le rapport fantôme
En mars 2017, Abid et Yasmina accueillent avec satisfaction la nomination d’Abdelmoumène Ould Kaddour à la tête de la compagnie nationale d’hydrocarbures. Abid reconnaît, cependant, qu’Amine Mazouzi «a été un excellent P-dg, mais le fait de vouloir réformer la division associations lui a coûté son poste.»
Ould Kaddour étant une ancienne connaissance de la famille, les Chioukh lui relatent le marasme dans lequel sombre la division. Yasmina lui envoie une longue série d’emails dans lesquels sont consignés tous les dépassements qu’elle a constatés.
En juillet 2018, Ould Kaddour ordonne un audit du service des ressources humaines de la division. L’enquête est supervisée par M. Ramtani, directeur audit et conformité.
«Les auditeurs sont venus en août mais ils n’ont commencé à enquêter qu’au mois de décembre. J’ai pris la responsabilité d’envoyer un mail au P-dg pour lui annoncer mon intention d’adresser au responsable du département audit un mémo comprenant toutes les anomalies. L’objectif de mon initiative était de faciliter la tâche des auditeurs. J’ai envoyé l’écrit au responsable des auditeurs, mais je n’ai reçu aucune réponse.
En janvier 2019, les auditeurs se sont présentés à moi pour demander des précisions à propos de deux points : les emplois fictifs et la codification Sud-Nord. Selon eux, c’étaient les deux sujets sur lesquels on leur avait demandé de travailler. Je leur ai remis une série de documents pour qu’ils puissent comprendre ces infractions. J’ai également abordé avec eux le cas d’un employé qui n’a pas le baccalauréat et qui a bénéficié d’une inscription à l’université, avec en sus tous les avantages sociaux et salariaux. En cinq ans, cette personne a sauté six catégories et bénéficié, à quatre reprises, de la prime exceptionnelle de 6% qui est attribuée au mérite. L’équipe d’audit, pour je ne sais quelle raison, a démenti mes informations concernant cette personne», raconte Yasmina Abid qui était alors persuadée que les auditeurs ont effectué une «enquête à décharge».
«Avant de poursuivre leurs investigations dans les unités du Sud, les auditeurs m’ont demandé de leur indiquer une personne qui pourrait leur donner des informations sur le volet formation du personnel étranger. Ces formations sont une aberration et un gouffre financier car le personnel non-algérien est censé être qualifié. Je me suis chargée de les mettre en contact avec un employé de Hassi-Berkine. Cette personne les a reçus et leur a tout expliqué, documents à l’appui. Finalement, ces auditeurs n’ont pas écrit de rapport, ils sont restés à tourner en rond. Ils savaient tout mais n’ont rien fait», déplore-t-elle.
Le 4 avril 2019, soit 20 jours avant son limogeage, le couple est reçu par Ould Kaddour. «Je lui ai fait part de mon étonnement à propos du rapport d’audit qui n’avait pas été rédigé. Mais à ma grande surprise, il n’était même pas au courant de ce que j’évoquais avec lui, je lui avais pourtant envoyé une série d’emails à ce propos. Il m’a avoué qu’il ne lisait pas les emails. Le pire, c’est que ces messages électroniques qui lui étaient destinés personnellement circulaient entre les cadres du groupe. Il était évident que des personnes avaient accès à la boîte email du P-dg.»
La boîte email d’un des managers les plus puissants d’Afrique n’était même sécurisée…
T. H.
 

 

Portraits de lanceurs d’alertes

Abid Chioukh
Originaire de Biskra, Abid Chioukh a fait toute sa carrière professionnelle à la Sonatrach. «Je suis arrivé à Hassi-Messaoud en 1962, sur ordre du colonel Chabani. A l’époque, nous devions imposer notre présence dans la région.» Abid se remémore avec émotion cette période qui marque le début d’un long parcours dans les hydrocarbures.
Le jeune homme gravit les échelons au sein de la Sonatrach. Il a assisté au développement du secteur de l’énergie et a participé aux processus de partenariat avec les compagnies pétrolières étrangères. En 1996, il contribue à la création de la division associations. «C’était une formidable aventure qui rassemblait des hommes et des femmes profondément engagés», dit-il. Abid Chioukh a occupé plusieurs postes de responsabilité, notamment coordinateur de l’ensemble des associations dans le bassin de Hassi-Berkine.
«La division associations devait être une structure clé dans le développement de la compagnie et donc de l’économie du pays qui dépend toujours de la vente des hydrocarbures. Les partenaires nous écoutaient et nous respectaient», assure M. Chioukh.
Tout change subitement en 1999. Abid Chioukh a commencé à attirer l’attention des autorités dès 2004. Ses alertes ne trouveront aucun écho. Il prend sa retraite en 2006 mais continue à dénoncer les dépassements au sein de la Sonatrach. «Ma démarche est citoyenne d’où l’importance de dénoncer à visage découvert. Je défie tout responsable de la Sonatrach, du P-dg aux derniers des chefs de service, de prouver que mes déclarations sont fausses. Je les invite à saisir la justice contre mon épouse et moi-même. D’ailleurs nous n’avons pas attendu cette magnifique révolution populaire pour dénoncer la corruption, les dilapidations de deniers publics et la mauvaise gestion au sein de la compagnie.» Selon lui, les autorités devront un jour engager un audit général de la Sonatrach, afin de découvrir les failles et trouver des solutions concrètes pour la sauver du marasme. Le couple est récemment allé à la cour d’Alger et au tribunal de Sidi-M’hamed pour présenter les dossiers qu’il détient.
«Des magistrats nous ont écoutés et nous ont demandé de rédiger une requête alors que la justice aurait dû s’autosaisir au vu des preuves que nous détenons. Nous restons à l’entière disposition de la justice de notre pays et sommes prêts à collaborer activement.»

Yasmina Chioukh, née Zeghbib
Après des études de droit à la Faculté d’Alger, Chioukh Yasmina rejoint le service juridique de la division associations de la Sonatrach en 1996, soit dès sa création. «Nous étions quatre à l’époque, nous n’avions même pas de bureau. Les premiers contrats sur lesquels j’ai travaillé étaient ceux d’Agip et d’Anadarko. Durant les premières années, la division était composée de personnels issus d’autres structures de la compagnie ainsi que de recrutement externe. La compétence était le critère essentiel pour travailler dans notre structure.» C’est à cette époque qu’elle rencontre celui qui deviendra son époux et le père de ses enfants. Tout change dès 1999 avec l’arrivée de Chakib Khelil.
Les dépassements, Yasmina Chioukh les constate quotidiennement au service juridique de la division associations. En mai 2005, alors qu’elle étudie un contrat d’association avec le consortium espagnol Repsol- Gas Natural à Gassi-Touil (nous reviendrons sur ce scandale qui a coûté à la Sonatrach 800 millions de dollars), Yasmina relève un certain nombre de risques juridiques susceptibles de compromettre les intérêts de la Sonatrach. Elle constate également que certains partenaires étrangers refusent de payer les redevances d’eau et d’électricité industrielles ou que des pénalités de retard n’avaient pas été appliquées dans la réalisation du projet gazier de Tinguentourine. Elle attire donc l’attention de sa hiérarchie mais les responsables de la division associations ne partagent pas du tout sa vision des choses. «Je me suis retrouvée totalement isolée au sein du service, sans outil de travail ni téléphone. J’ai été privée de travail pendant 4 années et interdite de tout avancement de carrière durant une longue période», regrette-t-elle. Pressions et harcèlement moral vont se poursuivre et seront suivis du gel de son salaire. Yasmina Chioukh saisit l’Inspection du travail et la justice et finit par obtenir gain de cause. Mais les pressions ne se sont pas arrêtées pour autant, elle est toujours la cible d’agissements hostiles au sein de son service.
T. H.
 

GROUPEMENT ZARZAÏTINE
L’énigmatique convention de détachement

En 2017, la division associations et le groupe chinois Sinopec engagent des discussions pour élaborer une convention de détachement de leurs personnels affectés à Zarzaïtine, un gisement de pétrole situé dans la région d’In Aménas. Il se trouve que cette convention aurait dû être signée en 2006, lors de l’entrée en exploitation. Les deux parties tentent, donc, de se rattraper 11 années plus tard. Sauf que la partie algérienne introduit une disposition qui va à l’encontre des intérêts de la Sonatrach.
En effet, la division associations précise dans l’article 26 que la convention devra prendre effet à partir du 25 juillet 2006, date de la signature de l’acte constitutif du groupement.
«Le département réglementation et relation de travail de la division m’a saisie pour une étude et un avis. J’ai répondu sur-le-champ en précisant que l’absence de ce document est inacceptable, surtout qu’il est obligatoire pour la gestion financière du groupement.
Mais c’est surtout le caractère rétroactif qui est révoltant et qui pourrait avoir des conséquences désastreuses sur le plan financier », explique Yasmina Chioukh.
Le principe de la rétroactivité est bien une proposition de la Sonatrach puisque Farid Djettou, le divisionnaire de l’époque, y fait mention avec insistance au représentant de SOOGL, la filiale de Sinopec, dans une correspondance datée du 14 mars 2017.
«La convention de détachement doit être exploitée dès sa signature par les deux parties et devra prendre effet à compter du 25 juillet 2006, date de la signature du contrat constitutif du groupement », peut-on lire sur ce document.
Finalement, les Chinois ont refusé d’entrer dans le jeu des responsables de la Sonatrach et le document, dans la version rédigée par Sinopec, précise que la convention «entrera en vigueur à compter de la date de signature par les parties».
T. H.

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