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Fethi GHARES (MDS), Candidat à la présidentielle 2019 Moi, président…

Publié par Brahim Taouchichet
le 31.07.2018 , 11h00
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Entretien réalisé par Brahim Taouchichet
Relativement jeune (45 ans), Fethi Ghares, cet universitaire, formé à l’agronomie, est le porte-parole de l’ancien Pags, actuellement MDS (Mouvement démocratique et social). Le congrès de ce parti, tenu en avril dernier, le propulse au-devant de la scène en faisant de cet ancien militant du FIS dissous son candidat à la présidentielle d’avril 2019. Pas moins ! Nous avons, pour Le Soir d’Algérie, voulu en savoir plus sur ses motivations, ses convictions et la vision qui l’animent. Il faut dire que nous avons craint qu’il ne se rétracte vu le caractère volontairement abrupt des questions, comme la légalisation du cannabis (chira) ou l’avortement ou bien la survivance du modèle communiste mort et enterré par le néolibéralisme triomphant sous les atours de la mondialisation. Il dit sans complexe : «Moi, président…»

Le Soir d’Algérie : Porte-parole du parti, comment s’est faite votre désignation à la candidature de la présidentielle de 2019 lors du congrès d’avril dernier ? Pourquoi vous plutôt qu’un autre militant rompu aux luttes politiques ?
Fethi Ghares : Cette question doit être posée à mes camarades au MDS. Ce qui est sûr, c’est que, par cette candidature, je veux réhabiliter le mot combat, dire aux Algériens que l’action politique est le seul moyen de construire un avenir meilleur, que nos aspirations pour la justice, la liberté et le développement ne peuvent se matérialiser que si nous prenons notre destin en main. Le fatalisme de certains est le meilleur allié du système actuel.

Que vaut votre candidature face au candidat du système d’autant qu’il vous faudra vous assurer du parrainage indispensable ? 60 000 signatures, c’est possible ?
Ce qui est évident pour un militant c’est de mobiliser le peuple autour du projet qu’il défend. Le politique dans son sens premier implique le collectif, l’organisation de la cité, le lieu commun, alors pourquoi avoir peur de rencontrer la société si on a choisi de faire de la politique ?
Pour moi, la présidentielle est un rendez-vous avec le peuple algérien, et je ferai tout pour rendre le possible tangible à travers ce rendez-vous. Rien n’est écrit d’avance. Il faut affronter ce système, qui tourne le dos aux aspirations de la majorité des Algériens, par un projet qui défend les intérêts de cette majorité qui s’est exprimée par le vote blanc et le boycott.

Mais vous savez que vous ne serez pas élu, alors pourquoi une telle aventure ? Parce que vous voulez être président ?
C’est avec ce genre de propos que le système arrive à perdurer. Ce que vous dites est la négation tout court de la politique et l’affirmation d’un pessimisme qui prend la forme d’un réalisme «neutre». La victoire commence une fois que la volonté l’emporte sur l’indifférence ou le fatalisme. Nous sommes les descendants des hommes et des femmes qui ont enterré le colonialisme en Afrique et qui ont fait de l’Algérie La Mecque des révolutionnaires. Pour moi il faut continuer le combat et faire de notre pays une Mecque des démocrates.

Après avoir été pour le boycott de toute élection, vous êtes aujourd’hui participationniste ? Pourquoi ce changement ? Un aveu d’échec de la précédente démarche ?
Le boycott a pu atteindre son objectif : l’autonomisation de la société par rapport à un système qui voulait rendre la participation comme un acte d’allégeance et la disqualification de l’islamisme qui menaçait la République. Il s’agit maintenant d’exprimer cette autonomie par la participation active en récupérant les urnes.

Quelles sont les lignes force de votre programme politique ?
Je serai le président qui mènera la guerre contre l’informel et qui en finira avec l’amnistie pour les forces de l’argent sale par le changement de la monnaie. Je serai le président qui va réhabiliter le travail et l’économie productive contre l’import-import et la surfacturation des opérations d’importation et qui va récupérer l’argent du peuple volé de l’étranger. Je serai le président qui va garantir, par des lois et des pratiques, les libertés collectives et individuelles, l’égalité des citoyens devant la loi, peu importe leur genre, leurs croyances, leurs opinions ou leur classe.

Dans les thèmes de campagne que vous comptez développer, je note : dépénalisation du cannabis, droit à l’avortement ? Par conviction ou par provocation ?
La provocation c’est de détruire la vie de nos jeunes dans les prisons sans toucher les grands barons et sans apporter de vraies solutions à ce phénomène ; la provocation, c’est de détruire la vie d’une jeune fille et son bébé en lui imposant un sort qu’elle n’a pas choisi.
Un Etat doit protéger ses citoyens non les punir ; les intégrer non les exclure ; les aider à chercher le bonheur et non en être un obstacle.

Au plan économique, vous voulez mettre fin à «l’import-import», éradiquer l’informel, introduire une nouvelle monnaie, la fin des subventions, récupérer l’argent de l’étranger. N’est-ce pas là de l’utopie ou bien cela s’intègre-t-il dans une stratégie ? C’est là un train de réformes, mais quelles sont les forces qui vous soutiendront ?
L’utopie c’est de croire que l’Algérie pourra continuer à exister avec ce modèle économique.
L’informel et «l’import-import» sont les ennemis de la République comme l’a été le terrorisme hier. Ce que je propose rassemble l’ensemble des forces qui sont dans le travail, entrepreneurs et travailleurs, dans le public et le privé, toutes les forces qui contestent les dépassements et les injustices de ce système.

N’oublions pas que nous sommes dans un contexte de crise financière qui semble s’inscrire dans la durée. Comment comptez-vous procéder au risque de vous aliéner les forces de l’argent ? Et de l’argent vous en aurez besoin...
Nous sommes dans un contexte où une minorité de parasites spéculateurs et spoliateurs amassent des milliards au détriment de la majorité des Algériens. Le mot crise cache cette réalité implacable. Avec moi comme président, c’est la fin de cette perversion. Concernant mes ressources financières, je suis le candidat du peuple et c’est chez lui que je chercherai mes ressources pas avec les gens de la «chkara»

En matière d’argent justement, et d’argent sale mis au grand jour avec l’affaire de la cocaïne, comment jaugez-vous ses conséquences, non seulement sur l’économie, mais aussi sur la société confrontée au risque de disparition de toute éthique et de valeurs morales ?
La moitié de notre économie échappe au contrôle de l’Etat, vous pouvez alors en imaginer les conséquences. Éradiquer l’informel pour protéger la société et l’Etat devient, dans ces circonstances, une nécessité vitale, et elle ne peut se faire que par le changement de la monnaie.

Changer le système est votre slogan. Vous mettez en avant la lutte pacifique en référence au «Printemps arabe» dont on connaît le résultat aujourd’hui, c’est-à-dire un fiasco...
Le changement par les urnes n’a rien avoir avec ce qu’on appelle le «Printemps arabe», et je n’ai jamais considéré ce dernier comme une référence.

A 45 ans, diriez-vous comme Barack Obama : «Yes we can» ?
En m’inspirant du grand Ben M’hidi, je dirais : «jetez la démocratie dans la rue, elle sera portée à bras-le-corps par tout le peuple.»

Vous ne semblez pas marqué par le discours du Pags et encore moins par ses concepts de lutte de classes, de mobilisation de masse (ouvriers, fellahs, étudiants, intellectuels). Quel argumentaire mettez-vous au goût du jour en matière de luttes sociales, voire politiques ?
Moi je me considère comme le continuateur du combat amorcé par les ouvriers algériens de l’Etoile nord-africaine en passant par le PPA, le PCA, le FLN, le Pags, Ettahadi et enfin le MDS, en ajoutant à tout cet héritage mon parcours personnel qui est le produit d’une génération issue d’Octobre 1988 et de la résistance au terrorisme.
Les formes de lutte ainsi que les acteurs et les éléments d’analyse changent, mais le sens de l’orientation reste le même, toujours plus de progrès.

En quoi votre démarche se démarque-t-elle de l’ancien parti communiste puisque telle est l’acception des autres partis de l’opposition plutôt stériles au plan des résultats ?
En politique on affronte l’inédit, le singulier. Répéter le passé ou essayer de l’actualiser relève de l’impossible. Le passé nous aide à bien comprendre la nature des choses dans le présent ; par conséquent, il n’y a ni démarcation ni mimétisme.

Vous étiez militant du FIS. Etes-vous un repenti parce que vous avez pris conscience que l’on vous a trompé ?
La mosquée m’a appris ce qu’est la justice. Je l’ai cherché chez les islamistes et le FIS en particulier, mais j’ai trouvé en lui le contraire. Avec le MDS je me sens fidèle aux idéaux qui m’ont fait débuter en politique.

Quel projet de société proposez-vous aux Algériens sachant que partout dans le monde le communisme et le socialisme sont remisés au musée de l’Histoire, la mondialisation faisant ?
Je pense que votre question ne démarre pas de la réalité algérienne ou plutôt elle ignore cette réalité.
Le mouvement national est le produit de la Troisième international, la décolonisation avait bénéficié de la présence du bloc de l’Est, la mondialisation néolibérale nous a fragilisés. Maintenant il s’agit de renouer avec l’esprit des années 70 en orientant notre économie vers le développement national. Moi je lis le monde à partir de l’espace-temps algérien et pas à la manière des nouveaux «philosophes» français.

Ramka, ville meurtrie à jamais par le terrorisme islamiste. Quel serait votre propos en cette première sortie de votre campagne électorale pour être élu président de la République ?
Il faut tourner la page des années noires en rendant justice aux victimes et héros : martyrs, disparus et leurs familles, patriotes, gardes communaux, GLD, blessés de l’ANP, les rappelés. Il ne faut pas laisser les problèmes du passé nous rattraper, c’est pour ça qu’il faut savoir tourner la page.
B. T.
taouchichetbrahim@gmail.com

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