Panorama : LETTRE DE PROVINCE

Faire voyager une chronique d’un journal à l’autre n’est certainement pas la marque d’une grande innovation. Elle serait même, dit-on, celle de la paresse intellectuelle. Cette "lettre…" qui déménage du Matin pour se ré-installer au Soir porte, il est vrai, en elle une patine, mais qui n’est guére le grand lustrage du temps. Celui qui bonifie. Car rien n’est plus éphémère qu’un délit d’écriture trop daté pour qu’il prétende à la durée. En vérité, cette lettre n’est rien d’autre qu’un procédé de presse.
Un tour de passepasse afin de poursuivre un travail d’éclairage journalistique avec les limites qui sont les nôtres. Ce nomadisme expliqué et justifié, pourquoi avoir emprunté cet intitulé d’épistolier un peu vieillot ? Là aussi le clin d’œil ironique est destiné aux bonnes âmes qui pensent toujours que trop de nuances culturelles séparent les résidants de la capitale de ceux de l’intérieur des terres. Assertion têtue parce que commode alors qu’elle ne recouvre aucune de nos réalités. Car, dans ce pays longtemps soumis aux nivellements appauvrissants les singularités régionales furent gommées. Pour être clair et court, disons que les provinces n’existent déjà plus. Le jacobinisme au rabais de l’appareil d’Etat a fait l’essentiel dans ce domaine au point que nos villes, villages et régions en sont devenus interchangeables. Un déracinement culturel au sens de désertification. Au pays de la déshérence où les provinces n’existent que comme des épitaphes, il n’y a pas d’état de lieu à faire, seule l’omnipotence de l’Etat central nous berce de ses échos. On l’aura compris cette "lettre de province" ne sera pas une missive exotique, mais une revisitation à distance des querelles du sérail. Une "lettre de province" n’est pas un courrier sur la province.

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