Le Soir Auto : VOITURE DE LÉGENDE
Mercedes 300 SL, ou le "Black Torpedo"


La 300 SL a 50 ans. Quel plus bel hommage que l’évocation de l’exemplaire qui parcourut 450 000 km entre les mains du photographe américain David D. Duncan ? "Torpille noire" a connu peu d’avaries mécaniques, mais de nombreuses aventures.
Il est des voitures qui, comme l'entend l'expression populaire, vous posent un homme. A l'inverse, il existe une classe de personnages qui semble mériter tout particulièrement ce genre de voitures exceptionnelles. David Douglas Duncan est de ceux-là, et la Mercedes- Benz 300 SL noire qu'il acheta neuve en 1956 reste indisociable de sa silhouette. Du 26 octobre au 7 novembre 2004, le Musée Mercedes-Benz de Stuttgart a abrité une exposition consacrée au coupé de l'artiste américain. Une auto exceptionnelle à l'époque déjà, puisque détentrice à sa sortie du titre de la voiture de série la plus rapide du marché. Pourtant, le photographe n'hésita pas à la choisir comme monture pour sillonner les routes d'Europe. Il raconte que sa fascination pour la sportive allemande naquit au cours d'un reportage photo en 1955, lorsqu'il saisit son "esprit" dans les rues de la ville de Sindelfingen, siège des usines Mercedes-Benz. Puis, en 1956, Duncan eut le privilège de se voir invité à une session de mise au point de la version roadster dans les Alpes suisses, au cours de laquelle il prit pleinement conscience de ses formidables aptitudes. Il ne tenta pas de résister plus longtemps aux charmes de la belle et, quelques mois plus tard, prit personnellement livraison de sa 300 SL à l'usine. Elle fut très vite baptisée du nom évocateur de “Black Torpedo” ou Torpille noire. Un indice évident quant à son agilité et sa rapidité sur les routes de la fin des années 1950, peuplées de poussives Renault 4CV, Volkswagen Type 1 ou Morris Minor. Parmi toutes les aventures auxquelles prit part sa Torpille noire tant aimée, David D. Duncan aime à raconter celle qui symbolise le mieux l'impact que cette voiture avait à l'époque sur les foules. En 1959, la Mercedes noire partit pour un périple de plusieurs semaines qui la mena jusqu'à Moscou, où Duncan devait photographier les trésors du Kremlin. Arrivé sur la place Rouge, la voiture créa un attroupement inouï qui dut quelque peu embarrasser son propriétaire. Prudent, le conducteur avait fait provision de toutes les pièces de rechange nécessaires, ce qui ne lui avait pas laissé le loisir d'emporter toute sa garde-robe ! Précaution vaine, cependant, puisque la voiture ne connut aucune avarie grave au cours de son itinéraire qui la conduisit à travers l'Autriche, la Tchéquoslovaquie et la Pologne ; puis au retour par le Cercle polaire, la Laponie , Stockholm , Hambourg et la Suisse jusqu'à la Côte d'Azur. Parmi ses films et ses bagages, David D. Duncan avait casé quelques boîtes de caviar russe dont il fit l'offrande à son grand ami Pablo Picasso. De nombreux clichés attestent de cette amitié, dont certains illustrent le plaisir qu'éprouvait l'artiste à monter à bord de la Mercedes. Lui, qui ne vit jamais la nécessité de passer son permis de conduire. Picasso aurait même contemplé l'idée de couler un bronze de la voiture de son ami. Une aventure plus rocambolesque survint en 1976, lorsque la Mercedes qui jouissait déjà d'une célébrité équivalente à celle de son propriétaire fut dérobée par quelque malandrin hollandais de la ville de Haarlem, lieu de tournage du film Un pont trop loin. L'affaire fit si grand bruit que la police hollandaise fut aidée par la télévision, par la presse internationale et même par Interpol. Néanmoins, les recherches demeurèrent vaines de longues semaines durant, jusqu'à ce qu'on se décide à faire appel à la mafia locale... La cinquième semaine, un appel téléphonique anonyme informa D. Duncan qu'il pourrait reprendre possession de son auto à la frontière belge, contre une "récompense" de 12 000 francs suisses ! La précieuse Mercedes- Benz fut effectivement restituée en temps et heure, consciencieusement lavée et le plein fait. Son propriétaire eut même l'agréable surprise de retrouver à l'intérieur son trench-coat délicatement plié, nettoyé et repassé ! En 1982, le coupé à portes papillon (aussi appelées "ailes de mouette" en anglais) avait couvert pas moins de 300 000 km, reliant les destinations de reportages et les lieux de tournage au domicile que David D. Duncan avait élu sur la Côte d'Azur. Cette année-là, il fut décidé de procéder à une révision complète. Le travail fut confié aux ateliers du musée de la marque qui procéda, conformément à son habitude, à un démontage complet. Selon le porte-parole du musée, l'auto alors âgée de vingt-six ans ne révéla “aucun défaut notable” et fut remise à la route sans qu'aucune pièce majeure n'ait été remplacée. Un motif de fierté pour la firme allemande. A ce jour, la Torpille noire a parcouru quelque 450 000 km ! Depuis 1996 toutefois, elle est la propriété du fils de Pablo Picasso. Alors âgé de quatre-vingt ans, David D. Ducan l'offrit à ce grand amateur d'automobiles anciennes afin qu'elle soit entre de bonnes mains et qu’“elle reste dans la famille”. C'est accompagné du célèbre photographe que Claude Picasso a participé, le 21 juin 2004, au tour inaugural de l'exposition itinérante rendant hommage à la 300 SL à l'occasion de ses cinquante ans. Un bel exemple de longévité combinée entre un homme et sa machine !

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