Monde : Après l'Irak, les Arabes craignent la propagation du "virus fédéral"

L'adoption d'une constitution fédérale par l'Irak fait désormais craindre une propagation du "virus fédéral" à tous les pays arabes du Proche-Orient et au delà, où vivent des minorités religieuses et ethniques qui se sentent "opprimées".
Des minorités ethniques et confessionnelles, comme les Berbères amazighs au Maghreb, sont tentés par l'autonomie, voire le fédéralisme, pour mieux exercer leurs droits qu'ils estiment méconnus par les États centralisés où ils vivent, estiment les analystes. "Le combat mené par les sunnites contre le fédéralisme en Irak, soutenu par les Kurdes, aura une influence décisive sur l'arc des crises, qui s'étend à l'ouest de l'Asie du Proche-Orient à l'Iran", soutient l'analyste du Centre d'études stratégiques d'Al Ahram, Nabil Abdel Fattah dans une déclaration à l'AFP. "Les revendications fédéralistes en Irak après la chute de Saddam Hussein, ne manqueront pas de peser sur les mosaïques étatiques de la région et au-delà", souligne l'analyste égyptien, qui relève que le "fédéralisme ne faisait pas partie jusqu'à présent des concepts du vocabulaire politique arabe". Dans la pratique, le Soudan applique depuis quelques années une forme atténuée de fédéralisme, dont l'objectif, qui n'a pas été atteint, était de juguler les revendications ethniques dans le Sud, le Darfour (ouest) et le Kordofan, notamment. Les Emirats Arabes Unis (EAU) constituent par ailleurs le seul Etat fédéral du Golfe, créé sous l'impulsion du défunt Cheikh Zayed ben Sultan al Nahyane. Abdel Fattah ajoute que les fédéralistes kurdes devront néanmoins faire face à la farouche opposition des pays voisins de l'Irak, notamment l'Iran et la Syrie, qui se sentent menacés par une telle évolution. "Dans les pays sous-développés, le fédéralisme constitue un pas vers la scission", estime pour sa part le chercheur Hassan Al-Barari, du centre d'études stratégiques d'Amman. "Les groupes ethniques des pays arabes se dissimulent derrière le fédéralisme ou le libéralisme, mais ils cherchent en fait le démantèlement de l'Etat unitaire tout comme les Kurdes, qui veulent la fin de l'Etat irakien érigé en 1921", souligne-t-il. "Les Kurdes œuvrent en faveur de la scission d'Irak, sur la base de l'expérience vécue avec l'Etat central irakien. Ils sont actuellement dans une situation idéale. Ils ont une occasion historique de quitter le giron irakien, en s'appuyant sur leurs bonnes relations avec les Etats- Unis, Israël et l'Occident", ajoute-t-il. M. Barari estime que ni la Syrie ni la Turquie, qui abritent des minorités kurdes, "ne pourront empêcher la naissance d'un Etat kurde sur les décombres de l'Irak, qui sera reconnu par l'Onu et la communauté internationale". Tout en estimant que "le plus grand perdant dans cette affaire serait la Turquie, où vivent quelque 16 millions de Kurdes", M. Barari affirme que "l'Iran qui abrite des minorités arabe, kurde et autres serait également concerné". "Le virus du fédéralisme, s'il prend en Irak, se propagera fatalement à des sociétés complexes comme le Liban, où chaque communauté va demander à en bénéficier en prétextant la défense de ses propres intérêts", craint l'analyste jordanien.

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