Actualités : BOUTEFLIKA A PARTIR DE BECHAR
“Des gens dans le pouvoir sont contre la réconciliation”
De notre envoyé spécial à Béchar Kamel Amarni


A l’intérieur même du pouvoir, je dis bien à l’intérieur du pouvoir, il y a des gens qui sont contre la réconciliation nationale”, avouait hier dimanche à partir de Béchar, Abdelaziz Bouteflika.
C’est la première fois depuis le 8 avril 2004 que Bouteflika est allé aussi loin dans l’insinuation. Il insiste même : “Oui, je vous le dis franchement, il y a des gens à l’intérieur comme à l’extérieur du pouvoir qui sont contre la réconciliation nationale”. Cela avant de mieux concentrer son “tir”! “(...) Il y a des gens parmi les corps constitués qui sont contre la réconciliation nationale de crainte qu’une fois la paix rétablie, on leur demandera de rentrer chez eux”. Je les rassure : nous ne leur demanderons pas de rentrer chez eux”. L’actuel locataire d’El-Mouradia, dont le projet initial, publiquement annoncé le 31 octobre 2004 consistait, faut il le rappeler, en un projet portant “amnistie générale et réconciliation globale”, reconnaîtra, hier, presque désarmé que “la charte pour la paix et la réconciliation constitue le maximum de ce que l’on peut offrir dans les conditions politiques d’aujourd’hui”. Précédemment, Bouteflika affirmait que “le projet de charte pour la paix et la réconciliation est tout ce que permettent les équilibres politiques prévalant dans le pays”. Hier, encore à la salle omnisports de Béchar et face à un auditoire composé de la clientèle traditionnelle du régime représentant les wilayas de Tindouf, Naâma, Adrar et Béchar, le président tenait à préciser davantage. “Il n’existe pas de solution qui s’appelle l’amnistie générale. Certes, si je demande au peuple de voter pour l’amnistie générale, il le fera. Mais, le peuple ignore ce que signifie une amnistie générale. Car, il faut bien le dire, une amnistie générale, c’est le retour à la situation de l’an 1990”. C’est-à-dire la réhabilitation du FIS dissous. Et à ce propos, Abdelaziz Bouteflika qui, dopé par l’euphorie du 8 avril, était allé très loin dans “l’exercice des engagements”, s’excusait presque et donnait l’impression de se justifier plus que de faire campagne pour “un projet” qui ne l’ex cite pas trop, manifestement. C’est quasiment un reproche qu’il formula à l’endroit du sinistre Ali Benhadj lorsqu’il l’interpella en ces termes. “Comment accepter que deux de nos enfants, diplomates soient enlevés par des étrangers et qu’un Algérien appelle à leur exécution et rende licite leur égorgement ?” Auparavant, et à un moment de son discours haché et désordonné, Bouteflika s’interrogera. “C’est quoi la réconciliation nationale ?” Avant de répondre. “J’étais en dehors du pouvoir et le pays était déchiqueté. Il y avait ceux qu’on appelle les éradicateurs. Et moi, j’étais dans le camp des réconciliateurs. Où était l’Algérie en 1999. Et où est-ce qu’elle est en 2005 ? En 2004, ma campagne électorale était basée essentiellement sur la réconciliation nationale. Idée reprise par le programme du gouvernement approuvé par le Parlement”. Et d’enchaîner avec une lourde insinuation “il n’y a pas que deux parties prenantes dans la crise, mais plusieurs”. Qui d’autre ? Il n’en dira pas plus. Mal structuré, le discours présidentiel est franchement déroutant. “Il y a eu des terroristes égarés, certes, mais pas seulement. Il y a eu d’autres gens qui jetaient de l’huile sur le feu. Tant par leurs déclarations que par leurs écrits”. Puis l’homme se transforme en “éradicateur” et lancera “il est hors de question de mettre sur un pied d’égalité ceux qui ont pris les armes pour que la République reste debout et ceux qui ont pris les armes pour combattre cette République”. Il aborde ensuite le cas des disparus. “Les disparus ? Ce sont le fait du terrorisme. Ceci dit, je ne suis ni innocent ni dupe”. Mais si Bouteflika s’était engagé à sanctionner d’éventuels cas de dépassement des services de sécurité, il n’en est pas de même s’agissant “des cas de disparus du fait de terrorisme !”
Attaques contre la France : Bouteflika remet ça !
Abdelaziz Bouteflika semble avoir trouvé en les attaques contre la France, un thème “de campagne” à la mode, faute de mieux ! Comment expliquer sinon qu’après un silence de plusieurs mois sur la provocation faite par l’Assemblée française en avril 2004, Bouteflika s’acharne “subitement” sur la question. “A Sétif, théâtre des massacres du 8 Mai 1945, j’ai livré un message à la France. Aujourd’hui, et d’ici, de Béchar, je complète ce message pour dire que la France n’aurait jamais été la France sans les essais nucléaires de Reggane et Aïn-Ikker. Sans les expériences bactériologiques et chimiques de Oued-Enamous”. Ce, avant de poursuivre sur un ton se voulant grave et solennel. “Il faut bien que je dise à la France, au nom des habitants de Béchar, du Touat, de la Saoura et de tous les habitants du Sahara que nous sommes amis et non ennemis. Nous ne cultivons ni rancune ni animosité dans nos cœurs et nous ne sommes animés d’aucune mauvaise intention. Nous ne cherchons que la paix et la quiétude, mais que cela soit d’égal à égal”. Le traité d’amitié est-il définitivement compromis ? Difficile de répondre lorsque Bouteflika lance cette phrase ambiguë. “Nous travaillons et négocions avec les autorités françaises pour aboutir à un traité de paix durable, mais avec notre attachement à ce principe de rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui lui appartient”. “Ce n’est pas l’impossible que nous demandons (...), je ne dis pas cela par esprit de revanche. Dieu m’a choisi comme moudjahid à qui il a donné les armes pour combattre le colonialisme français. L’Algérie a recouvré son indépendance. Mais l’avenir doit nous prémunir du retour d’un colonialisme sous des apparats nouveaux, fût-ce en turban ou en burnous”. Avant d’emprunter au lexique en vogue durant les années de plomb cette formule “Que hizb Frença existe ou pas, ce n’est pas la majorité du peuple algérien !”
K. A.

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