Actualités : IMMIGRATION SUBSAHARIENNE ET RELATIONS ALGERO-MAROCAINES
L’UE s’aligne sur Rabat
De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari


Dans un rapport rendu public mercredi dernier, la Commission européenne considère que “la majorité des flux migratoires subsahariens” en partance pour l’Espagne via Ceuta et Melilla “transitent” par l’Algérie. “De nombreuses routes” de l’immigrations illégale “passent par l’Algérie” ont noté les experts de la Commission européenne. Juste après les drames humanitaires causés par la répression “féroce” marocaine contre les “blacks” africains rêvant de parvenir en Europe, la Commission européenne avait, rappelons- le, dans la précipitation et sous la pression des évènements dépêché une mission technique d’évaluation à Ceuta et Melilla.
C’est donc sur la base du rapport technique des émissaires “du gouvernement de l’Europe” que le Conseil des ministres des Vingt-Cinq, c’est-à-dire les chefs de la diplomatie, a dressé les grandes lignes prioritaires à mettre en musique à court et à moyen terme. “Une des principales voies empruntées par les migrants (subsahariens, ndlr), est-il mentionné dans le rapport, part du golf de Guinée et passe par Tamanrasset et Oujda pour atteindre Ceuta et Melilla”. Cette équipe d’experts prenant à son compte des chiffres de la police et du renseignement espagnols estime que “vingt mille candidats à l’immigration illégale séjournent actuellement en territoire algérien” et que “dix mille autres se trouvent au Maroc”. Tout ce beau monde devrait, selon les Européens, revenir à la charge pour tenter, à chaque fois que cela est nécessaire, de rejoindre l’Espagne via ses enclaves marocaines de Melilla et Ceuta. Aussi, la Commission européenne recommande et insiste sur “le dialogue et la coopération avec l’Algérie” ainsi que le “développement urgent” d’une politique “d’immigration exhaustive” pour les nombreux pays d’origine et de transit travaillant sur les bases d’une enquête pointue et rigoureuse, qui estime que sur 95 immigrants subsahariens illégaux qui arrivent au Maroc, 74 personnes traversent le territoire algérien, 18 arrivent par avion, 2 par le Sud marocain et 1 immigrant accosté par embarcation maritime. Le rapport constate, sévèrement, “qu’à ce jour l’UE n’a engagé aucun dialogue sur l’immigration avec l’Algérie”. “Avec l’entrée en vigueur de l’accord d’association”, ordonne le “commandement” européen dirigé par le Portugais José Manuel Barroso, “la Commission doit, sans délai supplémentaire” envisager “d’assister l’Algérie” à “gérer” ses flux migratoires. “Le gouvernement de l’UE considère qu’il est urgent que le dialogue avec l’Algérie soit lancé”. “Ce dialogue, précisent les commissaires européens, devrait inclure les possibilités de renforcer ses relations avec le Maroc”. Une rencontre trilatérales (UEAlgérie- Maroc) devrait aussi être “envisagée” selon les conclusions de la commission Barroso. A cet égard, nous relevons que l’Union européenne, sans doute mise sous la pression de la France qui, en complicité avec le Maroc et sous l’œil bienveillant de l’Espagne, ont, dès les crimes contre les immigrants subsahariens commis par le Maroc, voulu impliquer, d’une façon ou d’une autre, l’Algérie, retient le principe d’une rencontre Algérie-Maroc-UE, mais pas sous forme d’oukaze mais de souhait. Cette idée de sommet tripartite, en plus d’être inefficace, pose énormément de question. Pourquoi l’Algérie qui a signé un accord d’association avec l’Europe, doit-elle se réunir, sous l’arbitrage de Bruxelles, pour discuter avec le Maroc d’immigration ? Où sont donc les cadres et structures idoines passés ? Les Cinq + Cinq, l’Union africaine et tous les mécanismes induits par le processus de Bercelone ? Autre fait troublant : alors que les pays fournisseurs d’immigration clandestine vers l’Europe sont tous membres de l’Union africaine, la structure Barroso ne souffle pas mot sur une éventuelle coopération avec l’UA de Omar Konaré. Alors que ce dernier qui se trouvait à Bruxelles la semaine dernière, insistait sur la nécessaire coordination des efforts entre l’Union africaine et l’Union européenne pour traiter de ce problème complexe. Cependant, dans les conclusions du rapport technique endossé par la Commission européenne, une phrase retient l’attention “le fait que la question des frontières ne soit pas réglée entre les deux pays (Algérie-Maroc, ndlr), ne facilitera pas un tel dialogue”. Est-ce là une erreur de traduction, de translation, une “énormité” qui s’est glissée faute d’inattention des rédacteurs ou un tournant dans le langage européen ? C’est, en tout cas, la première fois que l’Europe dit qu’il y a problème de frontières entre l’Algérie et le Maroc. Affaire à suivre. Pas un mot dans le rapport de la question du Sahara occidental. Les Européens auraient pu, par exemple, remercier le Polisario pour l’aide et l’assistance qu’il a apportées à la Minurso, au HCR et aux ONG pour retrouver les “blacks” jetés dans le désert par le Maroc. Pas une allusion au fait que si le peuple sahraoui exerçait son droit légitime à l’autodétermination et, de ce fait, accédait à son indépendance, cela renforcerait les capacités de ce jeune Etat pour apporter sa contribution dans la lutte contre l’immigration clandestine. Aucune référence aux provocations marocaines consistant à “dispatcher” à travers les frontières d’Etats voisins (Algérie - Mauritanie - RASD) des milliers d’êtres humains aux seuls fins de les gêner et de créer de la tension. Les experts qui ont aidé Barroso et les siens à rendre public ce communiqué n’ont pas, lors de leur mission d’enquête, estimé nécessaire de discuter avec les Algériens, les Sahraouis et les Mauritaniens. Ils sont allés à Ceuta et Melillla (c’est-à-dire en Europe), sont revenus et rédigé dans la hâte des “ choses ” . Et, lorsqu’on travaille sur le chaud, l’on commet des impairs. En attendant, la tendance à l’immigration illégale en provenance de l’Afrique sera à la hausse constante à court et à moyen terme. La population africaine a progressé rapidement passant de 221 millions de personnes en 1950 à 800 millions en 2004 et s’élèverait à 1,3 milliard en 2025 et à 1,75 milliard en 2050, indique un rapport, le même rapport de la Commission européenne. La dégradation de l’environnement, la désertification du contient, les conflits et autres catastrophes naturelles pousseront, cela est écrit, les “Africains à marcher du Sud vers le Nord”. Selon les, pourtant, timides experts européens, les pressions migratoires augmenteront de façon brutale. A court et à moyen terme. Voilà, tout est dit.
A. M.

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable