Actualités : VIANDE HALLAL
IRLANDE, FRANCE, ALLEMAGNE, BELGIQUE,... PAYS MUSULMANS
Des importateurs témoignent
Par Amine-Marouane BOULANOUAR


“90% des viandes importées d’Europe ne sont pas hallal. Je vous le dis franchement mais c’est entre nous... Personnellement, durant le mois de Ramadhan, je veillais avec mon collègue à l’abattage hallal en Europe, tandis que les gens rompaient le jeûne en famille... C’est une question de conscience, je veillais au hallal pour ne rien avoir sur le dos demain face à Allah. Mon fournisseur allemand m’a prévenu qu’il n’accepterait pas ma présence à l’abattoir une nouvelle fois. Ce n’est pas comme cela que j’ai l’habitude de travailler, m’a-t-il dit...” Confidence ou confession ? Elle appartient à un importateur algérien de viandes qui veut “éviter de tomber dans l’illicite”.

Elle est grave dans un pays où l’Islam est religion d’Etat. Mais alors il faut se demander comment cet Etat peut-il assurer aux millions d’Algériens la consommation hallal comme indiqué par la religion musulmane. De prime abord l’institution première concernée — le ministère de l’Agriculture — a prévu des garde-fous, depuis des années déjà, du temps même du monopole, donc des garde-fous pour n’importer uniquement que des viandes ovine et bovine (quant aux volailles l’Algérie n’importe pas de poulets) issues de bêtes abattues selon le rite musulman, c’est-à-dire égorgées (et non abattues ou tuées, après étourdissement ou électronarcose). Au plan religieux ou de la licité, qu’il soit public ou privé, l’importateur est dans l’obligation de fournir un certificat de viande hallal provenant du pays d’importation. Mais quelle est l’autorité religieuse, quel est l’organisme OFFICIEL musulman en Europe à même de délivrer un tel certificat ? AUCUN. Quels soient associations, sociétés, ou organismes, aucun de tous ceux qui se sont autoproclamés ou s’autoproclament contrôleurs de viande hallal n’est dépositaire ou titulaire d’une autorité ou compétence OFFICIELLE ou pouvoir attribué ou délégué pour déclarer un certificat OFFICIELLEMENT, que telle viande est hallal. D’autre part, il y a les mosquées. Celle de Lyon a créé sa propre association de contrôle de viande hallal qui lui rapporte des recettes “conséquentes”. D’autres mosquées procèdent autrement à la certification en ayant recours à des “sous-traitants” avec lesquels elles se partagent la rétribution. Rien ne permet d’exclure que ces mosquées sont abusées par leurs sous-traitants dont les “certificats” vierges sont disponibles dans les abattoirs. A titre d’exemple, signalons que parmi ces sous-traitants certains ont confectionné plusieurs modèles de “certificats” selon qu’ils soient destinés à un pays musulman, ou une entreprise européenne. Comme si le hallal variait selon les cieux. Au ministère français de l’Agriculture, plus précisément à la direction générale de l’alimentation, Mlle Katia Giraudet, déléguée par sa hiérarchie pour nous recevoir, est catégorique après avoir été formelle : “Le caractère hallal n’est pas de notre compétence. La loi et la réglementation ne nous accordent aucune prérogative dans ce cadre. Cela relève de la communauté musulmane...” Même son de cloche partout en Europe où il est utile de le rappeler et de le préciser que l’abattage par égorgement est interdit sauf après dérogation sollicitée par les juifs et les musulmans. En d’autres termes, les institutions étatiques ne sont pas concernées par la délivrance d’un certificat de viande hallal destiné aux viandes exportées... Alors, pour se soumettre à la réglementation, il ne reste plus à l’importateur (ou à l’exportateur, le plus souvent les deux) qu’à acheter les services d’une association, d’un centre islamique, “d’un individu qui a trouvé le filon en s’autoproclamant contrôleur de viande hallal, qui signe à blanc, ou qui délivre des certificats vierges portant le logo d’une mosquée à des abattoirs dont le hallal est le dernier souci... Et le tour est joué. D’elle-même, la question qui s’impose est celle-ci : les certificats de viande hallal fournis par les importateurs algériens sont-ils d’authentiques certificats ? Ou bien de faux-vrais certificats. Même si les pouvoirs publics ont pris des dispositions pour éviter l’illicite, la fraude, la tromperie, l’escroquerie, le faux et l’usage de faux, il est légitime de douter de l’authenticité d’un tel document exigé avant l’attribution d’une dérogation d’importation de viande. Doute et interrogation légitimes d’autant plus que, selon le directeur des services vétérinaires au ministère de l’Agriculture, il n’est ni dans les missions ni dans la vocation de ces services de contrôler à l’étranger s’il s’agit réellement d’abattage rituel hallal ou même de vérifier l’authenticité ou la véracité de ces certificats de viande hallal disponibles à souhait dans des abattoirs hollandais, belges, etc. Disponibles à satiété suite à la démarche mercantiliste de ces pseudo-contrôleurs mus par le gain rapide et facile, sans scrupules à l’égard de l’Islam et des musulmans, prêts à sacrifier tous les principes — religieux ou autres — pour s’enrichir en piétinant ce que le citoyen musulman — d’Algérie ou d’ailleurs — a de plus cher... Avec l’affaire des voitures ZH importées frauduleusement, il y quelques années, il se trouve une certaine similitude. Pour la première, il s’agissait de fausses-vraies cartes grises, pour celle-là il est question de vrais-faux certificats de viande hallal. Cependant, s’il n’est ni dans la mission ni dans la vocation des services vétérinaires de contrôler l’authenticité de ces certificats, qui devait, doit et devra le faire ? Mystère et boule de gomme. Comment DEVRAIT avoir lieu le contrôle de viande hallal ? VISUELLEMENT. Avant de signer l’authentique certificat, le contrôleur DOIT assister à l’abattage rituel. Une présence physique effective afin de certifier que l’animal a été soumis réellement à l’abattage rituel, c’est-à-dire l’égorgement selon les conditions instaurées par la religion. Des conditions qui ne sont pas draconiennes puisque des abattoirs en Europe préfèrent opter carrément pour l’égorgement pour une question d’intérêt économique puisqu’ils auront plus de frissures à proposer aux boucheries hallal très demandeuses. Or, les investigations que nous avons menées aboutissent à un autre constat : au lieu d’être présents dans les abattoirs, ces pseudo- contrôleurs demeurent dans leurs bureaux situés à des centaines de kilomètres du lieu d’abattage sans scrupules et en connaissance de cause, ils se suffisent à fournir les abattoirs en certificats vierges portant le logo de telle ou telle mosquée, arborant, pour mieux tromper un passage d’un verset coranique, un minaret ou une écriture en arabe. Il suffit de demander au fournisseur un certificat, illico-presto il le tirera de son tiroir et le remettra, le sourire aux lèvres après l’avoir dûment paraphé. Aucune présence de contrôleur, aucun contrôle, l’abattoir ne s’embarrasse d’aucun scrupule ou considération. Bête étourdie, puis mise à mort, bête anesthésiée puis tuée, bête abattue au pistolet pneumatique dit matador, aucun égorgement licite. Rien. Pour la vitrine, au cas où l’acheteur est exigeant, l’abattoir lui exhibera la carte de sacrificateur délivrée à un employé musulman qui n’osera jamais contredire son employeur. Si le client n’est pas convaincu, le fournisseur lui organisera une cérémonie d’abattage rituel comme s’il a lieu tous les jours. Du cinéma, selon que l’on soit en Hollande, en Belgique... les piètres acteurs sont turcs, marocains. En Belgique, en nous rendant à l’entreprise Van Hoey (entre 95 000 et 100 000 poulets abattus par jour, six jour sur sept, 24h sur 24h), au cours du chemin de campagne, deux jeunes Maliens employés nous ont révélé n’avoir jamais assisté à un abattage de poulets après quatre ans de travail dans cette entreprise (lire éditions précédentes). Dans ce même pays, un “contrôleur” a battu tous les records, doué d’un don d’ubiquité, il est quasiment présent dans tous les abattoirs spécialisés dans le poulet. Présent non pas physiquement en assistant oculairement à l’abattage, mais par la disponibilité à gogo des “certificats de viande hallal” portant l’en-tête de SA société ; l’appétit venant en mangeant, il s’est même impliqué dans la charcuterie “hallal”. (Nous y reviendrons). L’Algérie est-elle concernée ? Se demandent des lecteurs : de prime abord, l’Algérie s’est “blindée” en matière de réglementation sanitaire. Des observateurs étrangers estiment que notre pays est le plus contraignant. Tant mieux pour le consommateur algérien et tant pis pour les fraudeurs qui espèrent la moindre défaillance. Cette rigoureuse protection concerne l’aspect sanitaire. En ce qui concerne le caractère hallal, que peuvent de plus les services concernés que d’exiger un certificat de viande hallal ? C’est précisément le problème : s’agit-il de certificats avérés ou de vrais-faux certificats comme tout un chacun peut s’en procurer en Europe. L’investigation permet de relever une grande rigueur au niveau des services vétérinaires très exigeants en matière de réglementation. Pour l’exemple, citons le cas d’une marchandise qui a été refusée d’accès parce que la date d’abattage portée sur le certificat sanitaire ne coïncidait pas avec celle du certificat hallal. L’habit ne faisant pas le moine, ce n’est pas parce que Khaled Meroun est recteur de la mosquée d’Evry que c’est certain qu’il veille sur le caractère hallal des viandes pour lesquelles il fait attribuer des “certificats”. Connu pour ses positions antialgériennes (notamment à l’occasion d’une manifestation aux portes de l’ambassade d’Algérie à Paris au cours de laquelle avec quelques acolytes, il réclamait... de l’Algérie la libération de détenus militaires marocains !!! et contre lequel SEUL Abdallah Zekri, membre du Conseil supérieur des mosquées de France s’est élevé pour protester publiquement), l’homme n’est pas au-dessus de tout soupçon (nous y reviendrons) puisque selon des observateurs du marché hallal, il procédait auprès de producteurs et de distributeurs à du pur racolage pour leur assurer une certaine forme de parrainage. D’ailleurs, lui-même nous a confirmé (son interview sera prochainement publiée) avoir indiqué à l’entreprise Carrefour-Evry (qui avait vendu du mouton sur pieds lors de l’Aïd dernier) de ne procéder à l’abattage rituel qu’après 9h30 (après la prière). Combien cela a coûté?!!
A suivre
- Lire les éditions des 18, 19, 20 et 21 février 2006

CHEIKH ABOU ABDESLAM (MINISTERE DES AFFAIRES RELIGIEUSES)
“Seul l’égorgement au nom d’Allah est hallal”

Le Soir d’Algérie : Qu’est-ce que le hallal ?
Cheikh Abou Abdeslam :
Bismi Allah. Le hallal est tout ce qui est autorisé par Allah et indiqué par son Prophète. Tout animal non interdit par l’Islam, non illicite religieusement est hallal. Tout ce qui n’est pas interdit par la religion est hallal.
L. S. : Quelles sont les conditions du hallal ?
C. A. A. :
La condition première est que les viandes et des laits consommés ne proviennent que d’animaux cités par les textes religieux, c’est-à-dire les ovins, les bovins, les chameaux, etc. Est haram toute viande, tout lait issu d’animaux interdits par l’Islam. Le porc, même s’il est égorgé, est illicite à la consommation puisqu’il est interdit par la religion. Autre condition du hallal : l’animal doit être égorgé conformément à la religion. Il doit s’accomplir au niveau du cou de l’animal en tranchant les deux artères et l’œsophage. Les trois conduits doivent être tranchés. Pourquoi ? Parce qu’Allah, dans Sa Grandeur, nous recommande la clémence, la bonté, la mansuétude, la pitié à l’égard de l’animal dont nous consommons la viande. Allah nous recommande de ne pas faire souffrir l’animal. Or, pour ne pas faire souffrir l’animal, il est nécessaire de couper les deux artères en moins de 3 secondes. Il faut savoir qu’en l’espace de ces 3 secondes, l’animal ne ressent plus la douleur. Ceci est scientifiquement démontré. Les recommandations d’Allah visent à alléger la souffrance, la douleur de l’animal. Les hadiths du Prophète Mohamed, que le Salut et la Bénédiction d’Allah soient sur lui, vont dans le même sens de pitié et de clémence. L’animal doit être égorgé rapidement afin qu’il ne souffre pas, dès que les artères sont tranchées, 3 secondes après, l’animal ne souffre plus même s’il se débat, même s’il bouge encore. Nous devons laisser l’animal se débattre. Il nous est interdit, il est haram de l’empêcher de se débattre. Il y a un double intérêt à laisser l’animal se débattre : le premier intérêt est un soulagement pour l’animal qui se soulage en se débattant, le deuxième intérêt est que les gestes de l’animal qui se débat favorisent l’expulsion du sang lequel contient des microbes. Ce que je viens de dire concerne l’égorgement licite, l’abattage hallal par lequel la consommation de la viande devient hallal. De plus, l’égorgement doit être précédé par la prononciation du nom d’Allah, comme indiqué par Allah aux musulmans dans le Coran. Dans un verset, Allah nous demande de prononcer Son Nom au moment de l’égorgement, dans un autre verset il nous interdit de consommer une viande provenant d’un animal sur lequel le nom d’Allah n’a pas été prononcé.
L. S. : Est-ce une obligation rituelle que d’orienter l’animal en direction de la Kaâba ?
C. A. A. :
Ce n’est pas une obligation. C’est souhaitable et préférable. L’animal qui n’est pas égorgé en direction de la Kaâba n’est pas haram à la consommation.
L. S. : Quel commentaire faites-vous à propos de certaines sources qui soutiennent que la viande provenant d’un animal égorgé par un non-musulman est hallal à la consommation par les musulmans ?
C. A. A. :
Allah ordonne aux musulmans la consommation de viandes provenant d’animal égorgé par les gens du Livre, de même que les viandes provenant d’animaux égorgés par les musulmans sont licites pour les gens du Livre.
L. S. : Qui sont les gens du Livre ?
C. A. A. :
Ce sont les juifs et les chrétiens qui croient en l’unicité de Dieu. Ce sont des croyants. A condition, bien entendu qu’ils prononcent le nom d’Allah au moment de l’égorgement.
L. S. : Mais ni les juifs ni les chrétiens ne prononcent le nom d’Allah…
C. A. A. :
Ils prononcent le nom d’Allah exactement comme le font les musulmans, mais dans leur langue. Dans leurs livres, la Thora et l’Evangile, le nom d’Allah est cité dans une autre langue qui énonce autrement “Allah Akbar”. Lorsque les gens du Livre, au moment de l’égorgement, prononcent le nom d’Allah dans leur propre langue, selon leurs propres formations, alors l’égorgement devient licite. Le Coran nous indique que la consommation de viandes provenant d’animaux égorgés rituellement et selon les indications mentionnées précédemment est tout à fait licite.
L. S. : En Europe, l’égorgement est formellement interdit. Les animaux sont abattus par étourdissement sauf lorsqu’une dérogation est accordée…
C. A. A. :
Dans ce cas, la viande n’est pas hallal. Donc si les chrétiens et les juifs ne pratiquent pas l’égorgement rituel, la viande n’est pas hallal. En conclusion, je précise que si l’animal est égorgé rituellement avec la prononciation du nom d’Allah, la consommation de sa viande est licite. Mais s’il est abattu d’une manière ou d’une autre, sans égorgement et sans prononciation du nom d’Allah, Allah nous interdit de consommer sa viande.
L. S. : Des abattoirs en Europe procèdent à l’abattage de volailles par l’électronarcose, c’est-à-dire que l’animal est étourdi avant d’être abattu à la chaîne à l’aide d’une scie. D’autres abattoirs étourdissent carrément l’animal à l’aide d’un pistolet pneumatique avant de lui couper la tête quelques instants après. Est-ce que la viande d’animaux ainsi abattus est hallal ?
C. A. A. :
Le couteau est un outil d’égorgement. Si l’outil d’égorgement permet à l’homme d’égorger rapidement et si cet outil permet un égorgement rituel en tranchant les deux artères, allégeant la souffrance de l’animal et lui permettant de se débattre, et que le nom d’Allah est prononcé, alors la viande de cet animal est hallal. Je précise que l’animal doit être égorgé dans son état naturel. Il est possible d’égorger 100, 500 ou 1000 poulets, mais ils doivent être gardés dans leur état naturel. Les anesthésier d’une façon ou d’une autre, les étourdir n’est pas hallal.

 

AHMED OUALAH (IMPORTATEUR BOVALG)
“100% hallal”

“Courant Ramadhan 2004, avec mon associé, nous avions quitté nos familles afin de contrôler de visu l’abattage rituel des animaux près de la frontière suisse-allemande, vis-à-vis des Algériens, notre responsabilité morale était engagée, nous voulions être certains de la qualité hallal des viandes que nous importions…”, les propos de M. Ahmed Oualah riches en significations et en interrogations. Est-ce que nos importateurs publics et privés de viandes veillent au caractère licite de ces viandes ? Comment procèdent-ils ? Se suffisent-ils — pour être couverts — de disposer de certificats dont l’authenticité laisse à douter puisque le contrôle hallal doit avoir lieu, particulièrement au moment de l’égorgement. Dans cet entretien, M. Oualah évoque son expérience personnelle. Le Soir d’Algérie : Quelles dispositions avez-vous prises pour assurer aux consommateurs algériens une viande d’importation hallal ?

Ahmed Oualah : Nous sommes spécialisés dans l’importation de viandes fraîche et congelée. Nous importons la viande fraîche d’Europe, c’est-à-dire d’Allemagne, de France et d’Irlande. Quant à la viande congelée, nous l’importons d’Argentine, du Brésil et de l’Uruguay. Le thème que vous abordez est certainement important car il concerne ce que nous avons de plus cher. A mon avis, les pouvoirs publics de chaque pays importateur sont concernés... Il existe des situations inexplicables et préjudiciables. Courant Ramadhan 2004, nous avons importé une quantité de viande d’Irlande, nous avions un certificat de viande hallal signé par l’Institut islamique irlandais qui n’a pas été accepté par les autorités douanières algériennes lesquelles nous ont exigé un certificat de viande hallal signé par la mosquée de Paris. C’est une faute de l’administration algérienne car il est impossible que la mosquée de Paris puisse contrôler la viande en Irlande. Même cas ces jours-ci, nous désirons importer d’Espagne, on nous exige un certificat de viande hallal paraphé par la mosquée de Paris… Pour répondre à votre question, je dirai d’abord que nous avons pris des initiatives personnelles en nous déplaçant en Europe. Avec mon associé, nous nous sommes déplacés en Allemagne pour assister et veiller à l’abattage rituel hallal. Nous estimons que si nous ne devons pas tromper les consommateurs, nous ne devons pas accepter d’être trompés ou abusés. Le directeur commercial, Rabah Saâda s’est déplacé au Brésil où il a assisté à des abattages rituels, notamment chez la société Minerva, un grand producteur brésilien de viandes. Il s’est entretenu avec le sacrificateur avec lequel nous sommes en contact permanent, nous nous sommes assurés qu'il était musulman, qu’il pratiquait l’abattage rituel en respectant les règles. Je suis formel pour ce qui concerne Bovalg, nous effectuons des contrôles sur place pour constater visuellement l’abattage hallal.
L. S. : Mais vous n’êtes pas constamment sur les lieux de l’abattage. Alors qu’est-ce qui permet d’être certain, qu’en votre absence, il s’agit d’abattage hallal ?
A. O. :
C’est exact. Rien ne prouve que l’abattage est hallal. Cependant, nous avons discuté avec des personnes qui ont une conscience professionnelle, qui sont dignes de confiance. En Argentine, le Centre islamique de Buenos Aires est connu par notre ambassade qu’elle-même le recommande. Nous ne travaillons pas seuls, mais sous les conseils et les recommandations de notre ambassade qui connaît les gens sérieux. Nous avons confiance en notre administration. De toutes les façons, c’est sous leur responsabilité face à Allah.
L. S. : A vous écouter, on comprend que vous êtes confiant...
A. O. :
100% confiant et rassuré. Ici et là, il existe des rumeurs, mais en ce qui nous concerne, nous procédons à un rigoureux suivi des viandes que nous importons. Des entreprises nous ont proposé l’achat de viandes à des prix compétitifs, nous avons refusé parce que nous ne pouvions pas contrôler. Nous n’achetons des viandes qu’auprès de fournisseurs où nous pouvons contrôler l’origine, l’abattage rituel, le transport, etc. En Uruguay, c’est très sérieux. Notamment M. Khalil qui est un Uruguayen musulman très sérieux et qui possède une entreprise d’abattage. C’est lui qui délègue ses propres sacrificateurs et qui certifie la viande hallal. Personnellement je lui fais confiance au même titre que les autres importateurs algériens. Sincèrement, je rends hommage à notre ambassadeur qu’est très vigilant en ce qui concerne le hallal.

 

Mme RABEA YACEF (DIRECTRICE COMMERCIALE DE MOHCEN)
“Nous avons nos sacrificateurs”

Le Soir d’Algérie : Quelles dispositions prenez-vous en ce qui concerne l’importation de viandes hallal ?
Rabéa Yacef :
Pour toute importation que nous effectuons, nous sommes soumis à une dérogation fournie par le ministère de l’Agriculture. Nous ne pouvons importer de viandes que des pays pour lesquels nous sommes autorisés. L’importation se fait en fonction de l’état sanitaire de leur cheptel afin d’éviter les maladies et leurs conséquences. Pour le moment, nous importons d’Argentine et d’Urguay. Récemment le Brésil a été rouvert après l’interruption due à la fièvre aphteuse qui s’y était manifestée. Durant les années 1975 j’étais employée dans une entreprise étatique qui importait des viandes et qui avait exigé la présence des sacrificateurs algériens dans les abattoirs étrangers. Nos sacrificateurs ont sillonné le monde afin d’assurer une viande hallal. A la suite de la fermeture de cette entreprise, je me suis intégrée dans le secteur privé. En 1996, à l’ouverture de cette entreprise privée, j’ai été recrutée par son propriétaire, j’ai accepté parce qu’il s’agit d’un homme de bonne foi, un musulman sincère et un fils de chahid qui tient à préserver le sacrifice de son père. Il s’était déplacé en Argentine et en Urguay afin d’observer le marché local pour éviter la tromperie et la fraude, il avait décidé de contrôler les abattages qui lui étaient destinés. Pour ce faire, il a recruté sur place des sacrificateurs musulmans égyptiens et algériens pour assurer l’abattage rituel des bêtes dont les viandes devaient être exportées en Algérie. Il a pris ses dispositions en accord et en relation avec notre ambassade. Au niveau des abattoirs argentins et uruguayens, il a exigé que les abattages se fassent uniquement par ces sacrificateurs. Leurs salaires sont intégrés dans le coût des viandes. Cette formule se poursuit à ce jour. Je dois dire que cet aspect de la viande hallal a fait l’objet d’une attention soutenue de la part de notre ambassade en Argentine. Certainement que l’ambassadeur a eu écho de la distribution de toute part de certificats hallal et sans doute de l’absence ou de l’insuffisance d’une contrôle vigilant de la part de certains instituts islamiques chargés de contrôler les abattages, l’ambassadeur a été sensible à ce problème. Après ses observations, il a donné des orientations afin que pour l’ensemble des abattages à destination de l’Algérie, le contrôle hallal se fasse par l’Institut islamique d’Argentine. Sa recommandation a été prise en considération puisque toutes les importations en provenance d’Argentine doivent être accompagnées d’un certificat de viande hallal émis par cet institut uniquement qui est chargé de contrôler les abattages hallal. Je ne peux parler que de ce qui concerne notre entreprise.
L. S. : Existe-t-il selon vous, une fraude en ce qui concerne la viande hallal ?
R. Y. :
Je n’ai pas de données pour confirmer. Cependant, je pense que ce problème ne se pose pas pour ce qui concerne l’Amérique latine. C’est bien contrôlé par les autorités locales et algériennes. S’il y a des magouilles, cela concerne l’Europe, surtout la Belgique où il y a eu tout le temps des gens qui utilisent des certificats de complaisance.

 

RABAH AMI SAADA (SECRETAIRE GENERAL ANIVEP)
“D’abord le contrôle visuel”

Fondateur de l’Association nationale des importateurs et distributeur, de viandes et poissons, M. Ami Saâda est d’abord directeur commercial de la Sarl Bovalc. A travers ses propos, il est aisé de comprendre que la délivrance d’un certificat de viande hallal n’est pas suffisante pour prouver la licité de cette dernière. Les fraudeurs et les trafiquants étant partout présents. Le Soir d’Algérie : Quel commentaire faites-vous en ce qui concerne l’importation de viandes vers l’Algérie ? Sont-elles hallal ?

M. RABAH AMI SAADA - Je préfère répondre pour ce qui nous concerne. En tant qu’opérateur dans l’importation de viandes, notre entreprise, qui a débuté en 2002, a bien observé ce qui avait lieu en Algérie. Nous avons décidé de contrôler nous-mêmes notre canal d’importation en nous déplaçant sur les lieux-mêmes à l’étranger pour veiller sur la qualité hallal. Avant toute chose, nous sommes des musulmans et nous ne désirons pas faire de commerce sur le dos des musulmans en important n’importe quoi dans le but du gain illicite. L’argent du haram ne profite jamais. Nous entreprenons nos démarches en ciblant les opérateurs qui ont le produit hallal. Avant même de demander une autorisation d’importation, je me suis déplacé au Brésil où j’ai observé l’abattage et où je me suis entretenu avec les sacrificateurs qui sont des musulmans pratiquants habilités par l’Institut islamique du Brésil. J’y ai visité plusieurs unités d’abattage appartenant à l’opérateur. Nous certifions que les viandes que nous importons sont issues d’animaux abattus selon le rite musulman.
Comment a lieu une opération d’importation de viande hallal ?
Avant toute chose, il faut demander une dérogation sanitaire auprès du ministère de l’Agriculture. Auparavant, il faudrait répondre positivement à des exigences telles celle de disposer d’un entrepôt frigorifique, celle de disposer d’un certificat d’hygiène et de salubrité signé par un vétérinaire dont cet entrepôt est soumis à la surveillance. Une fois la dérogation disponible, l’opération d’importation commence. L’exportateur de viandes ciblé, les négociations commencent pour finaliser le contrat sur lequel sont évoqués tous les documents accompagnant la marchandise entre autres le certificat de viande hallal, l’âge des animaux, le pourcentage de gras, toutes les spécificités relatives à la viande. Une fois le contrat signé, le fournisseur procède à l’abattage rituel suivi par les sacrificateurs. La marchandise est ensuite envoyée par container et les documents parviennent via le circuit bancaire. Une fois la marchandise au port, l’importateur se présente à la banque pour la procédure documentaire moyennant paiement. Ensuite nous remettons le dossier au transitaire lequel prend tous les documents, entre autres le certificat hallal, le certificat sanitaire, le certificat d’analyses microbiologiques, etc., pour effectuer le processus de dédouanement. Il dépose le dossier à l’inspection vétérinaire qui lui fixe un rendez-vous pour visiter le container. Il y a d’abord une analyse visuelle pour constater si la viande est en bon état. Une fois cette première visite faite, le vétérinaire remet un certificat de visa sanitaire qui est primordial pour le dédouanement. Ce certificat de visa sanitaire va être intégré au dossier de dédouanement. Alors il est exigé une analyse bactériologique et microbiologique de la marchandise qui s’effectue généralement auprès de l’Institut Pasteur. Je précise que le vétérinaire délivre un document interdisant la commercialisation des viandes qui sont alors gardées dans l’entrepôt. L’importateur prend donc un échantillon qui est analysé à l’Institut Pasteur. Entre-temps le transitaire procède au dédouanement. Le container est dans un entrepôt sous la responsabilité de l’importateur auquel il est interdit de commercialiser ces viandes sans l’autorisation finale. Une fois les analyses connues, les résultats sont remis au transitaire lequel les fournit aux services vétérinaires portuaires. A ce moment, ces derniers fournissent une mainlevée pour la commercialisation des viandes. En matière de qualité sanitaire, il existe un contrôle très rigoureux.
Et en matière de viande hallal ?
Il est fourni un certificat de viande hallal.
Au vu des choses, des faux certificats de viande hallal sont distribués dans les abattoirs. Qu’est-ce qui prouve qu’ils sont authentiques ?
Pour ce qui me concerne, je suis catégorique et formel. J’ai effectué des contrôles visuels dans des abattoirs, j’ai constaté le sérieux et l’honnêteté du Centre islamique argentin et j’ai observé l’intérêt et le suivi de notre ambassade. C’est très sérieux. Le certificat de viande hallal est doublement signé, avec deux cachets, deux numéros de référence différents. Il est loisible de vérifier l’authenticité de ce certificat par Internet. Je précise que je m’exprime uniquement pour ce dont je suis témoin et concerné. Pour ce qui concerne l’importation d’Europe, je n’ai rien à dire. Je témoigne aussi du sérieux des importateurs algériens d’Amérique du Sud, ils sont très sérieux en ce sens qu’en Uruguay ils ont dénoncé un individu, gérant d’un débit de boissons alcoolisées qui a tenté de nous tromper après l’avoir fait avec des importateurs tunisiens. Il ne connaît rien de l’abattage rituel... Il signait des certificats hallal contre de l’argent. Les importateurs algériens se sont aperçus de la supercherie et en ont informé notre représentation en Argentine laquelle a pris des mesures. Ses certificats n’ont aucune valeur en Algérie. En ce qui nous concerne, nous effectuons un contrôle auprès de notre fournisseur. Nous ne nous suffisons pas d’un document qui engage notre responsabilité vis-à-vis d’Allah, nous préférons effectuer nous-mêmes le contrôle préalable du début à la fin de la chaîne. Le contrôle visuel est primordial et indispensable. Il nous a coûté environ 60 millions de centimes au Brésil ... Il est une garantie.

 

BOUBAKEUR YAICI (PRESIDENT DE L'ASSOCIATION DES IMPORTATEURS DE VIANDES)
“Prévenir les tromperies”

Président de l’Anivep (Association nationale des importateurs et distributeurs de viandes et poissons), nouvellement créée, M. Boubaker Yaïci a été directeur général de l’ex-Orevic après avoir été chargé des viandes au sein de l’Onab. Les responsabilités qu’il a assumées lui permettent d’évoquer la démarche empruntée par l’Algérie en ce qui concerne l’importation de viandes hallal du temps du monopole exercé par l’Etat avant la libéralisation du commerce extérieur.

L e Soir d’Algérie: Comment assuriez-vous que les viandes d’importation durant la période du monopole étaient hallal ?
Boubakeur Yaïci :
Du temps du monopole, pour chaque marché en Argentine, Uruguay, Australie, Nouvelle-Zélande, et les pays d’Europe avec lesquels nous avons commercé particulièrement l’Irlande, la France, l’Allemagne, l’Italie, nous avons délégué à partir du propre personnel de l’Onab deux agents : l’un était agréeur, c’est-à-dire un technicien, et l’autre un sacrificateur. A l’époque, tous les animaux, c’est-à-dire leurs viandes, étaient sacrifiés selon le rite musulman par un sacrificateur algérien employé de l’Onab, puis de l’Orevic.
L. S. A. : Qui établissait le certificat de viande hallal ?
B. Y. :
Le certificat de viande hallal faisait partie des documents de paiement, c’est-à-dire que sans ce certificat qui attestait que les animaux étaient égorgés selon le rite musulman et que les viandes étaient issues d’animaux égorgés selon ce même rite, il était impossible de procéder au paiement. Ce certificat était signé par nos délégués. Si ce certificat signé par nos agents n’était pas joint au dossier, le paiement ne pouvait pas s’effectuer. Nous avions eu un problème qui a nécessité deux ans de négociations au niveau de la tutelle, problème selon lequel la présence de nos agents dans les abattoirs étrangers perturbait ou ralentissait les chaînes d’abattage. A l’époque, j’avais pris l’initiative de recueillir l’avis du regretté cheikh Hamani, président du Conseil supérieur islamique en ce qui concerne le rite musulman malékite. De plus, étant donné que nous étions juge et partie par le fait que c’était notre personnel qui procédait à l’égorgement et qui signait les certificats, je lui avais demandé de nous contrôler en désignant un membre du Conseil supérieur islamique qui nous accompagnerait à l’étranger pour nous contrôler, pour constater si notre démarche était licite... Cheikh Hamani a désigné un membre du HCI... A un moment donné, ce qui posait problème à nos fournisseurs, c’était l’immobilisation de l’animal. Nous n’acceptions pas le fait d’immobiliser l’animal par un coup de masse, par une balle dans son cervelet, ce qui est contraire à notre rite. Souvent même l’animal ne résiste pas à l’immobilisation par un courant électrique dont on dit que le faible ampérage permet juste d’immobiliser l’animal. Mais notre rite est clair, il ne faut pas que l’animal soit tué avant son égorgement. Au cours de ces déplacements, le représentant du HCI a constaté que le rite était observé. Je précise que l’égorgement dans les abattoirs étrangers était fait par notre personnel. Le certificat de viande hallal était signé par nos propres agents. Déjà, lors des premières négociations avec un partenaire, nous imposions d’abord que l’abattage soit exercé par nos agents. C’était une condition première indispensable avant d’aborder le prix de la viande ou sa qualité. Le certificat de viande hallal devait être compris dans les documents d’accompagnement de la marchandise. Cette marchandise n’était inspectée, par les services vétérinaires, n’était dédouanée que si ce certificat était fourni.
L. S. A. : Dans quels buts avez-vous créé l’association des importateurs de viandes ?
B. Y. :
Depuis quelque temps déjà, l’idée avait été évoquée par plusieurs importateurs. Sa mise en œuvre revient à nos collègues de Bouag qui avaient assisté à des situations inacceptables et qui ont donc sensibilisé les importateurs de viandes et de poissons. D’autre part, le discours des pouvoirs publics qui allait dans le sens de la professionnalisation de toutes les activités de commerce extérieur nous a encouragés à agir dans ce sens. Nous-mêmes ne désirons pas être considérés comme des opportunistes dont le souci est le gain facile et rapide, le métier des viandes est une véritable profession pour laquelle nous voulons nous organiser. La production algérienne de viandes ne couvre pas notre demande, aussi l’appoint par l’importation est nécessaire. Donc, c’est aussi pour protéger le consommateur contre toutes les formes de spéculation que nous avons créé cette association dont la démarche consiste à aider et soutenir les pouvoirs publics. Le vœu des fondateurs de cette association c’est de faire du commerce avec un grand C. Il ne s’agit pas de petit commerce d’opportunistes ou d’opportunités. Nous sommes mus par de bonnes intentions. Si les pouvoirs publics veillent à la qualité sanitaire des viandes, est-ce que la fourniture d’un certificat dit de viande hallal est suffisante pour prouver qu’elle est hallal ? Qui doit l’authentifier visuellement par un contrôle. Nous estimons de notre devoir de nous impliquer, il est nécessaire de séparer le bon grain de l’ivraie, de professionnaliser et de moraliser ce métier d’importateur. Notre souci consiste à protéger le consommateur sans lequel nous n’existerons pas. Il n’est pas exclu que certains esprits nous imputent la responsabilité de mettre du faux hallal sur le marché, cela ne peut pas se concevoir puisque nous fournissons des certificats de viande hallal. A moins que nous-mêmes soyons trompés et abusés. Nous désirons prévenir la fraude et les tromperies.





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