Régions Ouest : TLEMCEN
Ouchba, un hameau au sommet de la colline


En empruntant la rocade vers Sidi-Bel-Abbès en passant par Saf-Saf, on est surpris par la générosité de la nature à l’entrée du canyon qui dissimule le petit village de Ouchba, à une vingtaine de kilomètres de Tlemcen.
Ce petit hameau niché sur la colline ne laisse personne indifférent. Le nom de cette petite bourgade restera lié l’effroyable souvenir d’un massacre qui a coûté la vie à 15 jeunes paysans. Et,depuis, malgré la sécurité retrouvée, la population reste vigilante. Ouchba donne aujourd’hui l’image d’une citadelle imprenable et les exilés sont revenus. Pour preuve, tous les lopins de terre, jadis abandonnés, sont exploités. Tout est cultivé, avec des moyens traditionnels, certes, mais les résultats sont là. La surabondance et la qualité des produits agricoles font venir de loin les gens pour s’approvisionner en légumes frais au bord de la rocade. En ce mois de mars, la route entre Tlemcen et Sidi- Bel-Abbès est plutôt déserte. Les barrages ont disparu. Le tronçon Aïn-Fezza- Lamoricière était qualifié de «couloir de la mort» au temps d’un certain Kada Ben Chiha. La région est sécurisée. Toutefois, en revenant de Sidi-Bel-Abbès vers Tlemcen, les routiers restent tout de même inquiets. Les visages se décrispent et la peur disparaît à l’entrée de Ouchba, au vu de ces jeunes fellahs qui proposent leurs produits aux abords de leurs vergers. Tôt le matin, Ouchba est déjà réveillée et semble pointer son regard vers la ville de Sidi- Boumediene, plongée encore dans les bras de Morphée. Ouchba l’inconnue a pourtant un passé riche. Réputée fief communiste (Benzine est passé par là), elle renferme une grande élite intellectuelle et politique. Dans ses mémoires, Messali Hadj évoque cette petite bourgade avec une certaine nostalgie et une grande émotion. Ouchba a failli être rasée du temps de la colonisation et sa population déportée. On comprend alors le soutien du Parti communiste français aux travailleurs émigrés. Des Ouchbis ont dû quitter leur petit hameau pour se retrouver au bord de la Seine, cela pour l’histoire. Aujourd’hui, en souvenir de sa jeunesse sacrifiée, la population de Ouchba a relevé un grand défi. A voir ses verdoyants espaces, on se croirait dans un bout de paradis. Alors, avant de mettre le cap sur Tlemcen, Ouchba mérite qu’on y fasse une halte.
Karima Benkhemassa

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