Culture : Interview
RENE VAUTIER AU SOIR D’ALGERIE
"On a accentué la rupture si bien que les Algériens de leur côté ont écrit l'histoire à leur façon"


René Vautier s'est engagé très jeune dans le maquis en France. Il a passé le concours de l'IDHEC sous l'influence de ses compagnons de combat. Partisan farouche du Parti communiste, il n’a jamais arrêté de militer pour l’indépendance de l’Algérie afin de dénoncer les exactions commises par le pouvoir en place.

Il a vivement exprimé les luttes sociales en France à travers Quand tu disais Valery, la condition féminine Quand les Femmes ont pris la colère ou l'Afrique dans Afrique 50. René Vautier est surtout connu pour son engagement contre les exactions de l'armée française durant la Guerre d'Algérie. Ainsi, Avoir 20 ans dans les Aurès représente l'une de ses œuvres essentielles pour l’histoire. Cinéaste rebelle et généreux, René Vautier a connu les fulgurations de la censure à de diverses occasions. Des emprisonnements, des grèves de la faim, mais surtout de nombreux prix auront régulièrement agrémenté l’itinéraire de cet artiste activiste atypique. Nous l’avons rencontré à Rennes Métropoles à l’occasion du Travelling 17e et c’est avec plaisir qu’il a accepté de répondre à nos questions.
Quel est l’impact du cinéma des années 1990 par rapport aux années 1960 et 1970 ?
Pratiquement, je ne connais que les réalisateurs algériens, en dehors de Mohamed Chouikh que j’ai retrouvé en Algérie, que j’ai formés. Je pense que ces films sont une renaissance réelle du cinéma algérien. Et les films tels que Le harem de madame Osmane et Viva Laldjerie sont le renouveau du cinéma. Reste à savoir si les officiels algériens vont reconnaître que ce sont bien des films algériens. Des films susceptibles d’être connus par le public.
Ce sont pour la majorité des films coproduits par la France ou la Belgique…
Effectivement, aujourd’hui, malheureusement, c’est une nécessité. Mais ce que l’on peut souhaiter c’est qu’il y ait des Algériens fortunés qui soutiennent financièrement la production de films algériens. Il y a des producteurs comme le commandant Azzedine, il est à la fois député et en même temps il dirige une boîte de production avec Ahmed Rachedi. Mais Ahmed Rachedi, lui est en France. Est-ce qu’ils ont le temps réellement de se passionner pour des sujets de films qu’ils pourraient tourner en Algérie ? Je n’en sais rien. Déjà que Ahmed Rachedi est un peu refroidi parce qu’il n’a jamais pu aller jusqu’au bout de son film Le Moulin de monsieur Fabre. Un film passionnant seulement il manque la fin.
On peut en savoir plus ?
M. Fabre, un émigré polonais, a soutenu le FLN. Il s'oppose à l'administration locale qui veut s'approprier son moulin afin qu'un haut dignitaire de la capitale en visite dans la région, puisse le nationaliser pour racheter son moulin. Il décide de repartir en France, avant il accepte l’argent de la nationalisation. Seulement, Ahmed Rachedi n’a jamais pu terminer la deuxième partie. Ça montre que des deux côtés, il est difficile d’établir aujourd’hui un dialogue.
A propos de dialogue justement, vous pensez qu’avec l’organisation de cette édition de Travelling, il y aura une ouverture ?

On œuvre pour ça ! Justement, là par exemple, j’ai essayé de montrer un peu ce que nous avons tourné dans une série. Ce sont des échanges de lettres en images d’enfants qui vivent dans de petits villages et qui écrivent aux autres enfants à travers le monde. Ce sont les enfants du port de Annaba qui racontent leurs vies. On a tourné aussi dans la région parisienne avec des enfants mélangés, au Mali aussi… On attend de le faire chez les Inuits avec donc les enfants inuits qui répondent. Là, maintenant, tout vieux bonhomme que je suis, la seule chose qu’il peut faire est d’essayer de montrer à quel point l’image peut servir pour la compréhension et peut-être que par les enfants, les adultes se comprendront mieux.
Et ça va sortir quand ?
Bientôt. Là, on a déjà quatre ou cinq tournages.
Lors de la conférence de Benjamin Stora, vous êtes intervenu sur la notion de l’histoire enseignée dans les écoles en France concernant la colonisation en Algérie, quel est votre sentiment ?
Il y a maintenant une salle René-Vautier qui s’appelle Un pied à Rennes au CRDP. Il y a surtout des enseignants qui prennent les choses en main aussi, et tout à l’heure, lorsque je parlais des historiens, je ne faisais pas allusion aux recherches, je me disais simplement que l’histoire telle qu’elle est enseignée en France même après l’indépendance de l’Algérie, c’était encore l’histoire de la colonisation, les bienfaits de la colonisation… Les historiens font effectivement des recherches en France, mais il n’ y a jamais eu aucune critique. On a accentué la rupture si bien que les Algériens de leur côté ont écrit l’histoire à leur façon. Et dans ce cas, il n’ y a plus d’échanges possibles.
Propos recueillis par Sam H.


lesoirculture@lesoirdalgerie.com

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