Actualités : Enquete : VIANDES HALLAL
IRLANDE, BELGIQUE, FRANCE, HOLLANDE, ALLEMAGNE,... ET PAYS MUSULMANS
Fraudes au nom de la Mosquée de Paris (4)
Par Amine Merouane Boulanouar


Malgré un rendez-vous fixé 23 jours auparavant, il aura fallu attendre… plus de 5 heures pour être reçu par le recteur de la Mosquée de Paris. “Je ne le savais pas”, dira-t-il !” L’homme paraissait sincère. Tout au long de l’interview, sa bonne foi était évidente. Même s’il n’est pas responsable des entraves rencontrées, il présentera des excuses renouvelées. Attaqué par certaines parties pour l’Islam tolérant qu’il cultive — à préciser, qu’il était le seul à oser appeler au calme dans les banlieues au moment où des présidents d’organismes du culte se terraient chez eux — Dalil Boubekeur a affirmé prendre toutes les dispositions pour préserver la notoriété et le prestige de la Mosquée de Paris. Il faut absolument ne pas se résigner et partir, il faut patienter, résister à ce qui est bel et bien des entraves, et surtout préserver pour savoir tout le maximum sur les fraudeurs et leurs acolytes. Une interview du recteur est plus que nécessaire. Partir ? Quitter les lieux ? Des dépenses engagées par le journal pour rien ? Non, plutôt boire la calice jusqu’à la lie.

Méfiez-vous, c’est très sensible. Avez-vous entendu parler de Bentebria, un ex-employé de la Mosquée de Paris qui a été agressé parce qu’il a touché aux affaires du hallal. Faites très attention…”. Les conseils de cet Algérien, qui se consacre depuis des années à sensibiliser les pouvoirs publics français à accorder plus de considération aux carrés musulmans dans les cimetières, ne sont jamais suffisants. C’est vrai qu’il faut beaucoup de prudence, une sacrée dose de vigilance pour ambitionner de toucher à un dossier aussi explosif. Le marché des viandes hallal engrange de gros sous qui attirent toutes sortes de prédateurs, de parasites et de calomniateurs. Depuis des années, des sommes colossales sont raflées par ces fraudeurs qui ont constitué une maffia prête à assassiner pour préserver ses intérêts et privilèges “
A la Mosquée de Paris”

Première à avoir été agréée en 1995 pour habiliter des sacrificateurs à exercer le rite musulman dans les abattoirs (ce qui ne signifie pas que ces sacrificateurs pratiqueraient le hallal. Pour ce faire, la présence d’un contrôleur indépendant des abattoirs est indispensable. Le sacrificateur n’étant pas un contrôleur), première donc à recevoir un agrément, la Mosquée de Paris a joui, grâce à sa renommée et son prestige, d’un monopole de fait. Seule à délivrer des cartes de sacrificateurs. Mais pas pour longtemps. Les pressions menées par le lobbie marocain auront eu raison de ce “monopole”. L’ambassadeur, les consuls et services spéciaux marocains ont entre autres, poussé à la rédaction de “lettres de protestation et pétitions” adressées aux ministères de l’Intérieur, et de l’Agriculture. Face à cette énième manipulation marocaine, les pouvoirs publics français ont dû céder, et accorder la même habilitation aux mosquées de Lyon et d’Evry. Cependant, la Mosquée de Paris reste incontournable, elle est la référence et le symbole, le modèle et l’exemple. Aussi, elle demeure la mosquée à abattre, à dénigrer, à fustiger afin de ternir sa réputation en vue de prendre sa place dans l’échelle de considération. Déstabiliser cette mosquée, c’est permettre l’instauration d’un autre Islam — qui n’a rien à voir avec l’Islam — celui de l’intolérance, celui des monarchistes, celui des intégristes. Dans le marché du hallal, étant donné l’expérience acquise, elle a son mot à dire d’autant plus qu’elle ne cesse de faire l’objet de ragots et de cancans. Rien n’exclut qu’elle ait fait l’objet — et qu’elle le fasse encore — d’abus de confiance, de tromperie… au cours de cette enquête, menée souvent en “caméra cachée” (lire prochaine édition), il nous a été remis par des directeurs d’abattoirs pratiquant le faux hallal et croyant à faire à des démarcheurs algériens, des “certificats” vierges signés à blanc et des “attestations de conformité” portent l’intitulé et le logo de la Mosquée de Paris. Impliquée dans le faux hallal ? Plutôt que de prendre un tel raccourci, il était préférable de consulter le recteur. Aussitôt, le 30 janvier 2006, le rédacteur en chef du Soir d’Algérie a adressé, par télécopie, une demande d’interview au premier responsable de cette “institution religieuse”, le lendemain, un de ses collaborateurs qui s’occupe de son agenda, répondit en nous fixant rendezvous à plus de vingt jours après, soit le 23 février. Il prend soin de solliciter une confirmation. Chose faite, par email, tout en demandant quelques jours plus tard de préciser l’heure du rendez-vous, le même collaborateur envoya un deuxième email : “11 heures précises”. Ordre de mission, billet d’avion, etc… le 23 février, à 11h précises, Le Soir d’Algérie était présent au rendez-vous en vue d’interviewer le recteur. Surprise ! Nous nous adressons à la secrétaire de service qui est étonnée de notre présence. “Aucun rendez-vous n’est prévu”, asséne-t-elle. Nous demandons à voir le signataire des emails en l’occurrence Sid Cheikh, le collaborateur du recteur. Quelques instants d’attente dans le couloir (11 h 02 mn), celui-ci arrive. Une moue aux lèvres dès qu’il nous voit. Il semble se confondre en excuses en invoquant “des impondérables” avant d’aller apporter son agenda pour se justifier en ces termes : “Je suis désolé. Une réunion du bureau du CFCM a été programmée hier aussi…”. Contrevérité et/ou mensonge ; cette réunion était programmée depuis plusieurs jours déjà, alors pourquoi le rendez-vous n’a pas été reporté. Un simple email aurait suffi. Le cœur du collaborateur bat la chamade, il s’empêtre dans des explications nauséabondes. Précisons que cette réunion était prévue au moins quatre jours auparavant tel que cela nous a été confirmé par des membres mêmes du CFCM. Alors pourquoi cet empêchement maquillé, cette entrave camouflée ?, Ni hypothèse ni jugement de valeur ; le lecteur appréciera. Devant notre désapprobation, le personnage nous proposera d’attendre. Où attendre ? Dans un couloir faisant office de salle d’attente où se côtoient Marocains opposants à eux-mêmes, Marocains adversaires du CFCM, Renseignements généraux, etc. Nous expliquons que notre emploi du temps est chargé et que le recteur doit être informé que nous sommes présents à l’heure prévue et que nous nous sommes spécialement déplacés d’Algérie rien que pour l’interview, le même personnage nous demande de patienter 15 minutes. Mais où ? Au café d’àcôté, à 200 mètres environ de la mosquée. “Dans 15 minutes je viendrai à vous”, dira-t-il. Trente minutes après, il viendra accompagné d’une autre personne. Le temps, quelques secondes, et Sid Cheikh prend la poudre d’escampette en disant : “Je vous confie à lui. Il est attaché de communication à la Mosquée de Paris”. Puis il s’en est allé comme un coup de vent. Surpris, nous nous rendons compte plus tard qu’il s’agissait là d’une astuce pour se débarrasser du Soir d’Algérie. Pourquoi ? Est-ce la deuxième partie de notre enquête publiée durant toute la semaine et le jour-même de notre présence à la Mosquée de Paris qui gêne ? Et pourquoi générait-elle ? M. Slimane Nadour, le nouveau interlocuteur, est visiblement très gêné. A vrai dire, il n’a rien compris. Ce n’est qu’à 17 heures qu’il saisira les choses, comme il l’affirmera lui-même après l’interview et au moment où il procède à des photocopies des “certificats” que nous ne refuserons pas au recteur. Un double café, discussion et M. Nadour nous propose de patienter dans son bureau. Pourquoi Sid Cheikh ne l’a pas fait ? Pourquoi a-t-il tellement insisté sur l’“indisponibilité du recteur” contrairement à Nadour ? D’ailleurs, a-t-il lui-même transmis les emails aux lieu et place du chargé de la communication ? Que le lecteur patiente… En homme aimable, Slimane nous invite à déjeuner. Au restaurant universitaire d’à-côté, nous faisons ample connaissance… Il est presque complaisant et nous invite à l’attente avec doigté, en nous proposant son bureau, le téléphone, etc. En apparence, il se démène pour que l’attente ne s’étale pas, pour interviewer le recteur dans les meilleurs délais. Mais en réalité, nul ne sait si lui-même ne subit pas les entraves qui nous sont destinées par Slimane interposé. “Ils sont en train de déjeuner”, “ils vont terminer dans trente minutes”, “Patientez-encore”, affirme-t-il. Deux heures d’attente. Trois heures. Cigarette après cigarette. L’attente dure. Puis un employé, un “cadre”, entre dans le bureau de Slimane qui fait les présentations et évoque l’objet de notre visite. L’homme sourit puis il affirme avoir fait un travail concernant le hallal. Jamais vu ou connu auparavant. Cette précision est de taille pour la suite du récit car cet autre personnage (dont nous préférons taire le nom pour le moment) s’est avéré très proche du clan des calomniateurs acolytes des fraudeurs.… Une étude sur le hallal ? Utile à lire. Plus intéressant d’interviewer son auteur. Nous lui proposons une interview, il accepte et remet sa carte de visite sur laquelle nous lisons “chevalier de l’Ordre national du Mérite”. Nous demandons à la photographier, en vue de l’interview, il accepte et s’assoit avec un sourire gros comme cela. Une question — la question fatidique — et le sourire se dissipe. “Chevalier ?” demandons- nous. Le visage se crispe, il est contrarié. Pourquoi ?… Il s’en va comme offusqué. Pourquoi ?…16 heures : Situation d’otage ! De 11 h à 16 h, les limites sont dépassées. Se peut-il que le recteur, informé depuis le 30 janvier, nous fasse attendre 5 heures d’affilée ? Que se passe-t-il ? Slimane sort aux dernières nouvelles. Il revient avec un : “Ils vont bientôt terminer. A mon avis il serait préférable que vous attendiez”, à côté de son bureau, c’est-à-dire dans le couloir. Le plus important c’est de servir le lecteur, l’important aussi c’est d’en savoir davantage sur les “certificats de viande hallal”, portant l’intitulé et le logo de la Mosquée de Paris. A tout prix savoir. Quitte à attendre jusqu’à minuit. Dans le couloir, des Marocains de diverses organisations attendent. La réunion du bureau du CFCM était terminée. Mais le recteur réunit les uns pour rapprocher les points de vue, les différents adversaires de cette “guerre maroco-marocaine” qui bloque, que mène le CFCM. Une “guerre…”, il faudrait pas trop y croire sachant les subterfuges et astuces marocains pour renverser le CFCM dont la prise en main leur permettra d’instaurer un Islam monarchistes. Plusieurs personnes discutaillent. Nous rencontrons le fameux Khelil Meroun, recteur de la mosquée d’Evry. Ouf, il sert un grand sourire. Il n’a pas eu écho du Soir d’Algériede ce jour dans lequel ses agissements ont été mis à nu (lire nos précédentes éditions et celles des 18, 19, 21, 22, 23 février dernier). Il ramène une chaise et s’assoit à côté en lançant : “Ici il n’y a pas de thé. Ce n’est pas comme dans notre mosquée…” faisant référence à la rencontre de Ramadhan dernier relative à un sacrificateur impliqué dans le faux-hallal. Autre présence : celle de Bernard Godard du ministère français de l’Intérieur qui nous avait reçus dans le cadre de cette enquête. Il vient à peine de sortir du bureau du recteur qu’il se dirige vers une personne qui faisait les cent pas. Murmures, et entre quelques mots, il remarque notre présence. Salutations et présentations de cette personne qui ne se cache pas d’être “le gars des renseignements généraux”. Bernad lui aussi. “Les R.G à la Mosquée de Paris ?”. Il répond ainsi : “Oui, mais pour le conseil français du culte musulman. C’est très sensible.” Bernard est très volubile : “Nous récoltons des informations que nous transmettons au ministre. D’autres services le font aussi. Le ministre recoupe puis décide…” De la bonne matière pour patienter. On ne ronge pas son frein ainsi tous les jours. Sid Cheikh est gêné par notre présence, par notre attente, il sait que nous sommes décidés à passer tous les obstacles. Une personne quitte le bureau du recteur. Des rires fusent… La fin approche. Bernard parle de l’islam en France, des musulmans, de celui qui est bloqué à l’entrée, venu pour remettre une lettre au recteur, de ce qui s’est passé dans les banlieues, etc. “les R.G. présents aux réunions du CFCM. L’êtes vous pour les Juifs et les autres confessions ?”. “Oui. D’autres fonctionnaire des R.G. s’en occupent…”, répond-il. “Vous pouvez entrer…”, convie Sid Cheikh avec un simulacre de courbettes. Fini le calvaire ? Arrivé au but ? d’autres surprises. 1re surprise : au lieu de nous recevoir seul, en tête à tête, comme cela se fait dans ce cas, tout au plus avec l’attaché de communication. Non ; pas moins de 4 personnes : l’avocat de la Mosquée de Paris, Bechari, un Marocain disqualifié, paraît-il, par les consulats et services marocains qu’il fustige tous les jours, Slimane, l’attaché à la communication, ainsi qu’une autre personne inconnue pour nous. De telles dispositions étaient-elles préméditées dans la perspective d’empêcher des questions gênantes ? Tout le laisse à penser.
2ème surprise : Le recteur, avec un sourire accueillant, procède aux présentations comme si de rien n’était. Plus de cinq heures d’attente et aucune excuse. Nous n’hésitons pas à marquer notre réprobation et désapprobation”. Ses yeux s’écarquillent, il se relève légèrement puis il assène : “Personne ne m’a dit que vous étiez là”.
- Nous attendons depuis 11 heures. C’est vous-mêmes qui avez fixé rendez-vous pour ce jour. Le recteur sort son calepin, le consulta et dit.
- Non, je n’ai pas rendez-vous avec vous. Il est absourdi. Nous expliquons. Nous rappelons tout : la télécopie, les emails, … “Il aurait fallu nous informer pour nous éviter des dépenses et la perte de temps…”. Confus, ahuri, désemparé même , le recteur a ce geste joint à la parole :
- Tenez, consultez mon calepin vous-mêmes. Aucun rendez-vous avec vous… Béchari préfère sortir. Nul ne sait s’il est gêné d’être comme un cheveu dans la soupe, ou s’il se régale de cette situation, son sourire en dit long… Le recteur se confond en excuses qu’il renouvelle plusieurs fois. Nous le rassurons que nous sommes certains qu’il n’est pour rien dans cette vile entreprise. Aura-t-il compris ?
3ème, 4ème, enième surprise : lire l’interview du recteur. 17 h 30 : Fin de l’interview. En chemin, Slimane nous rejoint pour nous demander de laisser les “certificats” au recteur. Il en fait des photocopies en affirmant : “Maintenant je comprends mieux. C’est illégal, a affirmé le recteur ; vraiment c’est grave… Moi-même, je ne reconnais pas le cachet apposé sur l’un des certificats…” Les surprises ne s’arrêteront pas là puisque le ban et l’arrière-ban du clan acolyte des fraudeurs a concocté ce qu’il croit être une riposte efficace en s’associant au “chevalier” lequel a opté pour la calomnie, le dénigrement et le mensonge. Un autre, s’estime être “un officiel intouchable” ; se targue de jouir de protection… Il dessert plus la Mosquée de Paris. Son comportement et sa démarche font l’objet de questions. Pourquoi n’a-t-il pas informé le recteur du rendez-vous, de notre présence, et du thème de l’interview ? Pourquoi ces entraves ? Pourquoi a-t-il agi ainsi ? Pourquoi, selon un témoin, a-t-il agi pour tenter d’étouffer l’affaire du “porc hallal” d’Auchan Noyelles (que nous aborderons dans notre prochaine édition) ? Des questions qui ne relèvent pas seulement de l’investigation journalistique.
(A suivre)
A. M. B.
* Lire nos précédentes éditions.

Entraves !

Le 30 janvier 2006, Le Soir d’Algérie a transmis à la Mosquée de Paris un fax par lequel il sollicitait une interview du recteur. Le 31 janvier 2006, cheikh Sid-Al Sid Cheikh fixait, par email (document A), un rendez-vous au 23 février 2006. Toujours par email, et malgré le long délai, nous avons confirmé notre présence au rendez-vous et demandé l’heure exacte de ce dernier. Quelques jours plus tard, le 13 février, l’heure exacte sera fixée à 11 heures précises (document B). Le jour convenu, soit le 23 février 2006, nous étions présents à la Mosquée de Paris, à 11 heures précises. Surprise : “cheikh Sid-Al Sid Cheikh soutiendra que le recteur ne pourra pas nous recevoir à cause “d’impondérables de dernière minute liés à une réunion non prévue, du bureau du CFCM”. Argument inacceptable puisque cette réunion était programmée plusieurs jours auparavant, contrairement à la justification alléguée. Même dans ce cas, pourquoi ne nous a-t-on pas informés, ce qui aurait évité des dépenses ? Il ne s’agit rien moins que de mensonges, d’interdiction déguisée et d’entraves à l’exercice de la profession. Le plus grave est que le recteur nous a déclaré qu’il n’était même pas informé du rendez- vous après avoir consulté, à deux reprises, son calepin. Sans avoir attendu durant près de 5 heures, jamais nous n’aurions pu rencontrer le recteur et accomplir notre mission. Pourquoi cet état de faits ? Pourquoi le recteur n’a pas été informé ? Pourquoi le recteur n’était pas au courant de l’objet de notre visite, en l’occurrence le marché hallal, pourtant signalé dans la télécopie ? A qui profitent de telles entraves ?

M. DALIL BOUBEKEUR (RECTEUR DE LA MOSQUÉE DE PARIS)
“C’est scandaleux”

Tout a été employé pour nous éviter d’interviewer le recteur de la mosquée de Paris. Rendez-vous éloigné jusqu’au 23 février (alors que la demande a été faite par télécopie le 30 janvier), blocages de dernière minute soi-disant à cause de réunion de dernière minute et d’impondérables, attente de cinq heures, etc., des astuces et des subterfuges pour empêcher la manifestation de la vérité. Il a fallu un océan de patience. Au bout c’était la surprise. Le recteur ne savait même pas que nous avions rendez-vous avec lui, il consultera son calepin avant de nous le tendre pour attester de sa bonne foi. Il se confondra en mille excuses. En présence de plusieurs personnes. Avec sa sincérité à fleur de peau, il convoquera son collaborateur principal qui se targue de bénéficier de protections claniques, régionalistes ou “benamistes”, un intouchable, en employant des propos scatologiques que la décence empêche de rapporter ici. Au cours de cette enquête (qui se poursuivra encore), la mosquée de Paris a été citée à plusieurs reprises. Son nom et son logo figurent sur de vrais faux certificats de viande hallal. Quand ce n’est pas le cas, c’est son prestige et sa notoriété qui sont utilisés à des fins mercantiles. A le voir et à l’écouter, le recteur l’ignorait totalement. “Je prendrai des dispositions”, a-t-il souligné au cours de l’interview. Il paraissait ahuri, stupéfait, puis déterminé…

Comment le hallal est organisé à la Mosquée de Paris ?
Le hallal a été une vieille revendication de la mosquée de Paris. Depuis les années 30 ou 40, la ville de Paris avait délivré à la mosquée de Paris un lieu d’abattage à la Villette dans les abattoirs. A l’époque nous disposions de l’échevoir 48. En 1968, il a été démoli et remplacé par un grand ensemble appartenant à une société mixte. A ce moment, le problème du hallal a commencé à être posé. Si les juifs avaient leurs structures, leurs moyens, le rabinat, les musulmans avaient beaucoup de difficultés à faire reconnaître leur droit à avoir un abattage hallal. La mosquée militait toujours pour obtenir depuis cette époque des structures dans lesquelles elle pourrait offrir aux musulmans de France la possibilité de consommer des viandes hallal. Ce n’est que dans les années 80 que des sociétés se sont mises à la disposition des diverses communautés s’appuyant sur diverses mosquées qu’on a commencé à avoir un semblant de produits hallal. Mais toutes les boucheries qui prétendaient avoir du hallal l’étaient à titre personnel sans un contrôle officiel. Pour l’officialité du contrôle, nous avons demandé en 1995 à M. Pasqua, ministre de l’Intérieur, de délivrer à la mosquée de Paris l’aptitude de certifier qu’une viande déclarée ou réputée hallal était bien le fruit d’un abattage rigoureux islamique contrôlé par des religieux eux-mêmes contrôlés par la mosquée de Paris. C’est ce qui a été fait après la publication d’un arrêté ministériel…
Pardon est-ce que c’est un arrêté qui concerne l’habilitation de la mosquée de Paris pour avoir des sacrificateurs ou bien pour contrôler ?

Voilà exactement… l’arrêté de 1995 a simplement donné à la mosquée de Paris l’aptitude à délivrer des cartes de sacrificateurs. Libre à nous de les contrôler, ça c’est certain. Mais la seule possibilité qui nous était offerte était de délivrer des cartes. Cet agrément à donner des cartes de sacrificateurs, qui auparavant étaient données par les préfets, nous a permis de voir que la faiblesse du système était de contrôler si un sacrificateur faisait réellement son travail ou ne le faisait pas et donc qu’on allait utiliser son nom ou sa carte de sacrificateur. Le débat ayant commencé, le nouveau ministre de l’Intérieur a donné à deux autres mosquées celle d’Evry et celle de Lyon, la même aptitude. Donc, la mosquée de Paris n’a plus l’exclusivité de la délivrance de la carte de sacrificateur pour l’abattage musulman. Ces cartes continuent à être délivrées mais on s’est rendu compte qu’à l’arrivée pour les fidèles pour les musulmans, dans la boucherie il y a bien entre la source, l’origine qui est le sacrificateur, et l’arrivée qui ne peut pas prouver que la viande provient d’un sacrifice rituel normal, légal et garanti. D’où la deuxième phase qui a été la mise en place de sociétés de contrôle. Ces sociétés de contrôle se sont présentées sur le marché dans le désordre. Tout le monde a prétendu faire du contrôle, tout le monde a mis des affiches, des publicités… pour accréditer le fait que ces associations, ces organisations, ou ces sociétés de contrôle étaient bien les seules à certifier et à assurer la traçabilité de la viande du sacrifice jusqu’à l’étal du boucher.
Ne pensez-vous pas que ces sociétés se sont autoproclamées contrôleurs de viandes hallal. Certaines n’ont ni diplômes, ni aucune compétence réglementaire pour pouvoir déclarer que cette viande est hallal ou pas. Aujourd’hui, en France tout un chacun peut se constituer en association et devenir un contrôleur de viande hallal et par conséquent s’enrichir.

C’est ce que font beaucoup. D’où actuellement la baisse de confiance des musulmans en les boucheries qui écrivent en vert sur fond rouge “hallal” en français, en arabe. Surtout en arabe pour mieux accréditer leur aptitude.
Combien de sacrificateurs sont habilités par la Mosquée de Paris ?

Autour de 300 à 350 sur un total de 700 pour toute la France. Nous avons donc une bonne vision sur les sacrificateurs que nous accréditons annuellement après contrôle devant les imams.
Vous habilitez les sacrificateurs, et ceux qui se prénomment sociétés, ou organisations ou associations de contrôle de viandes hallal ; est-ce que vous en avez qui dépendent de vous ou que vous auriez habilités ?
Oui. Il y en a eu. Nous avons été assez souvent déçus, soit par leur manque de tenue, c’est des sociétés qui disparaissent facilement, c’est des gens qui croient pouvoir faire des tas de choses alors qu’ils n’ont pas les moyens, nous voulions confier à un certain nombre d’organisations en France et puis on a vu qu’elles s’occupaient aussi d’abattage à l’étranger, etc. Il y avait tout un désordre dans la viande hallal. Certaines sont apparues de deux types, celles qui financièrement tenaient, c’est-à-dire avec un personnel et une publicité. Surtout la publicité dans les ondes des radios arabes, communautaires. Dès que vous ouvrez, vous avez telle société bien connue qui garantit tout... Ensuite, il y avait aussi le fait que des boucheries musulmanes en France, qui comprennent bien que la communauté musulmane est animée par un esprit familial, fraternel et donc elles fonctionnent correctement. Mais il y a une frange de boucheries qui est soumise à autre chose, qui est celle d’un islam militant, celle d’un islam qui cherche dans le hallal à se constituer de l’argent. Donc là, c’est un vrai problème d’orientation de la religion et de la prise en main d’un certain nombre de producteurs, de bouchers au profit d’organisations qui sont militantes parfois même venues de chez nous.
Revenons aux contrôleurs si vous le permettez. Est-ce qu’actuellement, il existe des associations, des sociétés qui sont habilitées en matière de contrôle de viandes hallal par la mosquée de Paris ?
Oui. Mais j’ai ouvert ici un bureau. Ce bureau a deux fonctions. Premièrement, il délivre, il vérifie la tenue du registre des cartes pour rappeler à ceux qui ne sont pas en règle de se mettre en règle, pour enregistrer les nouvelles demandes, etc. Donc, il y a un bordereau, une classification absolument nette dans ce bureau. Deuxième fonction du bureau, de contrôler le contrôle. Nous avons des personnels de la mosquée qui fonctionnent la main dans la main, avec un organisme, celui de notre ami et compatriote Kriouche. Son organisme est une organisation de contrôle qui va contrôler elle-même, par contrat avec la mosquée de Paris, vérifier si les lieux d’abattage, où il y a des sacrificateurs habilités par la mosquée de Paris font bien ce travail. Et qu’à l’issue de ce travail dans quelles conditions ils opèrent parce qu’il y a les conditions sanitaires, les conditions de hallal, les conditions d’hygiène du local pour constater s’il n’y a pas eu d’autres viandes, ou d’autres éléments illicites introduits ou les risques de mélange des couteaux, des ustensiles, le sang, etc. Cette vérification extrêmement stricte s’opère par les soins de cet organisme de contrôle habilité par la Mosquée de Paris et qui fonctionne. (1)
M. le recteur, si vous le permettez, la contradiction. Dans le cadre des investigations, nous nous sommes déplacés en Hollande, en Belgique et en France. Dans des abattoirs qui vendent ce qu’ils appellent de la viande hallal tant pour l’Algérie que pour les autres pays, notamment en Allemagne et en Belgique, nous avons demandé s’il s’agissait de viande hallal. La réponse a été positive. Nous leur avons demandé comment ces abattoirs pouvaient le prouver. Alors, nos interlocuteurs nous ont exhibé des certificats hallal à blanc, vierges. Ils nous ont remis quelques-uns cachetés. Nous allons vous les montrer (nous lui présentons pour la lecture plusieurs “certificats de viande hallal” vierges, cachetés, certains signés à blanc, c’est-à-dire de vrais faux certificats)

[Le recteur observe, et parcourt les documents, il est étonné, abasourdi et réagit ainsi :
- C’est scandaleux... A mon avis, c’est non seulement scandaleux mais c’est illégal. [Nous montrons au recteur un “certificat de viande hallal” destiné à être utilisé en Algérie (voir document 1) et sur lequel figure – contrairement aux autres “certificats” – le cachet de la mosquée de Paris avec une signature illisible. Le recteur observe attentivement le document avant d’affirmer :]
- Ce n’est pas notre cachet. Je ne crois pas que cela soit le nôtre.
 C’est encore plus grave. Autre chose, M. le recteur, comment...

[Le recteur, stupéfait, demande à un des présents, sans doute un collaborateur, d’”appeler Kriouche”. Nous le prions d’attendre la fin de l’interview avant d’appeler qui il désire. Notre demande est formulée avec des excuses. Le recteur répond :] C’est n’est pas moi qui m’occupe directement du hallal.
Nous le savons bien. D’ailleurs c’est à cause de cela que nous avons demandé à vous interviewer.
[Parmi les présents à l’interview que nous ne connaissons pas, certains se permettent de prendre les documents exposés au recteur. Nous ne les autorisons pas, car ils n’ont ni qualité ni prérogatives pour le faire. Ils se plient au refus. De son côté, le recteur apparaît surpris par les “certificats...” Nous lui exposons une autre “attestation” portant le logo de la SFCUV, c’est-à-dire la société de contrôle agréée par la mosquée de Paris, qui a été attribuée à la société belge Hoca Meat (voir document 2). Cette “attestations” nous a été remise par le propre directeur de Hoca Meat, lequel, croyant affaire à des démarcheurs algériens venus s’approvisionner chez lui, nous a fait visiter son usine à 8h. (Lire prochaines éditions). Au cours de cette visite, il n’a été constaté aucune présence de contrôleur. Deux employés. Le Hora Meat – voir photo – étiquetaient hallal les boudins de cachir sans aucun contrôle contrairement à ce qui est soutenu dans l’attestation”. “L’Algérie est le royaume du bakchish”, soutiendra mordicus le directeur de cette société. “Les services de contrôle d’Oran nous ont refoulé un container de pâtés parce que nous n’avons pas donné de dessous de table. Mon ami El Kurti de Marseille, un Algérien, a souffert le martyre avec eux...»
Archifaux : les informations recueillies au niveau des services vétérinaires ont permis de savoir que le Hora Meat et El Kurti avaient fait de fausses déclarations tentant de tromper les services algériens de contrôle. Cette “attestation” délivrée par la SFCUH à Hora Meat n’est pas conforme au contrôle hallal qui doit être physique, oculaire et visuel avant l’abattage (pour constater que l’animal qui va être égorgé n’est pas déjà mort), au moment et après l’abattage. Alléguer que “la société Hora Meat fabrique de la charcuterie hallal sous notre contrôle strict hallal” est non seulement une contrevérité mais aussi un mensonge. Cela a été constaté sur place même.]
Ne pensez-vous pas que la mosquée de Paris peut être abusée ?
Comment ?
Abusée ? abusée par ses contrôleurs ?
Ah, les miens non. Je ne crois pas. Les miens, je ne le crois pas. J’ai Kriouche...
Vous venez de dire scandaleux. Ces documents sont de qui ? (Nous lui avons bien montré des “certificats” portant le logo de la SFCUV, société agréée par la mosquée de Paris.)

Ce ne sont pas les miens...
Ils portent le logo, les intitulés de la société que vous avez agréée pour le contrôle hallal
C’est Kriouche ces documents ?
Oui. Oui. Nous vous les avons montrés pour que vous constatiez vous-même.
(Le recteur lit attentivement les documents)... Société française de contrôle de viande hallal. Voici une autre attestation valable du 25 septembre 2005 au 25 septembre 2006 destinée à l’établissement Marquet. Il s’agit d’un certificat de viande hallal valable une année portant le nom de la mosquée de Paris et celui de la SFCUV. Un certificat valable une année sans présence effective de contrôleurs non rémunérés par cette entreprise. Plus grave, les investigations ont permis de relever que cette entreprise n’a même pas un abattoir... (lire document 3).
- Pour répondre, il faut que je vois mes services pour savoir ce qui s’est passé.
Pardon, c’est un constat établi
.
[Le recteur s’adresse à un présent en lui demandant d’appeler Sid Cheikh et affirme :] Vous faites bien de me signaler cela pour que je prenne toutes les dispositions...
Voici une autre attestation dans laquelle l’entreprise DUC utilise le nom de la mosquée de Paris pour faire accréditer à la thèse du hallal... (lire document n° 4).

[A ce moment, Sid Cheikh entre, une pile de documents dans ses mains. Le recteur s’adresse à lui :] Qu’est-ce que ces certificats qui se baladent. Kriouche, SFCUH ? [Sid Cheikh entame des explications qui ne concernent pas les questions abordées. Le recteur lui précise :] Ce n’est pas au niveau des cartes mais au niveau du contrôle [Mais Sid Cheikh tente de se dérober en exposant la conduite à tenir en matière de contrôle. Le recteur l’interrompt :] Kriouche. Règle le cas de Kriouche. Il est affirmé que des abattoirs disposent d’accords de six mois. Lequel des abattoirs ? demande Sid Cheikh en s’adressant directement à nous.
Plusieurs, répondons-nous
Montrez-moi les documents, nous demande-t-il.
Absolument pas. Nous sommes venus interviewer M. le recteur. Nous n’avons rien à vous montrer, précisons-nous à Sid Cheikh.
J’ai confié à mon service le soin du hallal, intervient le recteur.
Voulez-vous qu’on cite les noms de ces abattoirs ? demandons- nous à ce dernier.

Bien sûr.
D’abord une attestation valable une année délivrée à...

C’est du faux. Ce n’est pas ma signature en tout cas.
Non. Vous n’êtes pas du tout concerné M. le recteur.

C’est le service de contrôle.
Une fois de plus, vous n’êtes pas concerné directement.
Comment on peut arranger cette affaire ? !!! (A notre tour d’être surpris)
[De sa place, Sid Cheikh insiste pour qu’on lui remette les documents). Non. Absolument pas.
Nous n’avons pas à vous montrer ou remettre les documents. Nous les remettrons au seul recteur. A lui de vous les donner s’il l’estime nécessaire.

[Visiblement, très gêné et surpris, le recteur affirme :] Kriouche, est-ce qu’il délivre des certificats à blanc. Voilà le problème. [Sid Cheikh répond sans que l’appareil enregistre avec exactitude ses propos, il était assis à environ cinq mètres. En gros, il prend la défense de Kriouche. Mais le recteur rétorque :] Il y a là des certificats vierges... [Une fois de plus Sid Cheikh s’adresse à nous en nous demandant de lui montrer les documents. Une fois de plus, nous refusons en précisant qu’ils seront montrés au seul recteur qui est le seul à n’être pas mis en cause au cours des investigations.] Est-ce que ces documents étaient disponibles en Belgique ou... ? demande le recteur.
En Belgique et même en France. En voici un sur lequel le nom de la mosquée de Paris figure en gras.

[Le recteur lit à haute voix : Institut musulman de la mosquée de Paris... Marquet SA. [Sans que nous lui demandions quoique ce soit, Sid Cheikh intervient :] Montrez-moi les documents, je vous ferai une réponse. Il y a des sacrificateurs dans cette entreprise... [Cette entreprise n’a même pas d’abattoir]
Comment ? Pourquoi un sacrificateur est-il contrôleur ? Allons, Allons...
[Il est évident que Sid Cheikh, principal collaborateur du recteur auquel est confié le dossier du hallal, veut absolument noyer le poisson dans l’eau. A quelles fins ? Qui tente-t-il de protéger ? Et d’autres questions encore qui ne relèvent plus du journalisme.] [L’interview se transformant en débat, nous prenons congé du recteur tout en lui précisant une fois de plus que ni son nom ni sa fonction ne sont apparus au cours de cette enquête. Il sera aussi informé que cette interview sera reproduite in extenso.
Propos recuillis par A. M. B.

N. B. : Au cours des investigations, il est clairement établi que des fraudeurs usent et abusent du prestige de la mosquée de Paris. Dernière affaire dont nous avons eu écho quelques instants après l’interview : la commercialisation à la grande surface Auchan Noyelles (Pas-de-Calais) de barquettes de “rôti de dinde. Darde de porc” portant le logo SFCUV-Mosquée de Paris. (1) Sur le terrain, la situation est tout autre. Les affirmations du recteur ne sont pas avérées. En Belgique (chez Mora Meat, chez Van-O-Bel, chez d’autres entreprises encore dont nous révélerons les noms en d’autres circonstances), en France (chez Celvia, chez Secoue, etc.), il n’existe aucun contrôleur de la SFCUV. Cette dernière a signé des conventions avec des entreprises, autant cupides, pour leur certifier le hallal. Or, cette certification n’existe que sur le papier. Aucun contrôleur n’est présent sur le site. C’est une situation à laquelle s’accommodent tant les entreprises que les pseudo-contrôleurs. Une vaste fraude et une large tromperie dont sont victimes les consommateurs musulmans. (Nous y reviendrons). De prime abord, le recteur semble abusé d’autant plus, qu’il ne s’”occupe pas directement du hallal”, précisera-t-il. Le recteur appréciera.





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