Actualités : Enquete : VIANDES HALLAL
IRLANDE, BELGIQUE, FRANCE, HOLLANDE, ALLEMAGNE,... ET PAYS MUSULMANS
A CELVIA, dans les coulisses de la fraude (7)
Par Amine Merouane Boulanouar


“Je préfère ne rien dire, je vous propose de venir sur le site de production où vous constaterez tout de vousmême. Avec un ami algérien, nous partirons demain à 4 heures ...”, ainsi répond Daniel Hertzog, le président de la société Zaphir à laquelle, appartient la marque Isladelice malmenée par un média, mais réhabilité par la justice. Sans hésitation aucune, à la première question, Hertzog a opté pour la transparence.

Par Amine Merouane Boulanouar

L’abattage rituel véritablement hallal. La photo montre le couteau du sacrificateur qui égorge les dindes. A côté de lui, en permanence, un contrôleur — non employé par l’abattoir — qui veille si la dinde à égorger est saine et vivante. C’est ce contrôleur qui signe le certificat hallal et non le sacrificateur. Un deuxième contrôleur, après l’égorgement, pour constater si les dindes ont été abattues conformément au rite. Même le frigo est “scotché” hallal

 

Plus de quatre heures d’autoroute, nous arrivons à l’abattoir CELVIA – très réputé – dans la banlieue de Saint- Jean Brévelay, à 70 km de Rennes. L’abattoir est plutôt une usine qui abat quelque “110 000 dindes par semaine” en employant 4 “sacrificateurs” (selon des informations recueillies sur place, ils ne disposent pas de cartes de sacrificateurs malgré les affirmations de André Quérié, le directeur d’abattoir, qui se sont révélées être des contrevérités). Soit à raison de 8 heures effectives de travail pendant 5 jours, une moyenne d’abattage d’une dinde chaque 1,3 ... secondes. Que le lecteur apprécie !!! Il est utile de préciser que l’abattoir Celvia a pour principal client la société Zaphir qui achète 35% de la production. La production restante est destinée à des entreprises transformatrices (telle Hoca Meat de Belgique, lire notre précédente édition), à des grandes surfaces. Afin de s’assurer une production hallal, Zaphir ne compte pas sur les “sacrificateurs” de Celvia, mais plutôt a préféré acheter les services d’un organisme de contrôle, AVS, qui dispose sur place de 20 contrôleurs, des deux sexes, ainsi que de bureaux affectés par Celvia. Les contrôleurs sont présents dans l’abattoir uniquement pour les besoins de la société Zaphir. C’est-à-dire qu’ils quittent l’abattoir, une fois l’abattage des dindes destinées à Zaphir, terminé. A savoir aussi que Celvia est obligé d’attribuer des espaces à ces contrôleurs exigés par son principal client. Sinon celui-ci peut trouver un autre abattoir fournisseur. Donc, ces contrôleurs sur le site sont indépendants de l’abattoir Celvia soumis aux désirs et choix de son plus grand client. Mais, Celvia profite de cette présence de contrôleurs pour alléguer que toute sa production est hallal. Or ce n’est pas le cas puisque après le départ des contrôleurs, toutes les dindes mortes au cours du transport sont déclarées hallal, puisqu’aucun contrôle n’est réellement effectué. Les contrôleurs le déclarent, à voix haute, sur le site même. Mais les clients – abusés ou complices – n’ont aucun doute puisque de sa propre initiative Celvia colle de vraies fausses étiquettes hallal sur les barquettes. Confirmé par Quérié luimême qui est allé plus loin que la contrevérité en soutenant que “Celvia est contrôlé par AVS”.

Khaled Ziari, le responsable du contrôle, chargé de certifier hallal uniquement les produits de l’entreprise ISLADELICE. “Nous ne certifions pas les produits de CELVIA. Ils ne sont pas hallal”, précise-t-il

Sur place, yeux dans les yeux, Khaled Ziari, le délégué de l’organisme de contrôle le démentira. Mais Quérié persiste et présente une convention le liant à un autre “organisme de contrôle”, la SFCVH, (lire nos éditions précédentes) en impliquant le nom de la Mosquée de Paris. Une triple contrevérité. Il ne sera pas le seul dans cet abattoir du faux hallal où tout est employé pour tromper le consommateur musulman. Des preuves irréfutables sont disponibles et seront exposées au moment voulu. “Nous effectuons une prestation pour le compte de Zaphir dans les locaux de l’abattoir Celvia”, tient à préciser Khaled Ziari, qui nous accompagne lors de la visite. Deux semi-remorques sont stationnés au début de la chaîne d’abattage. Visiblement, on ne s’attendait pas à notre visite puisque une vingtaine de dindes mortes sont à même le sol (sans compter celles qui ont succombé au cours transport encore dans les caisses). “Après notre départ, elles seront abattues autrement. Pour éviter le mélange, nous mettons les dindes sacrifiées rituellement dans des frigos, des chariots à part. Scotch, chaînes, cadenas à l’appui”, confie subrepticement le premier contrôleur qui veille à ce que les dindes que le sacrificateur est sur le point d’égorger sont bel et bien saines et vivantes. Tous les spécialistes du hallal soulignent que c’est le premier constat à faire par le contrôleur. D’où la nécessité impérative qu’il soit indépendant, c’est-à-dire non rémunéré par l’abattoir. Plus loin, après l’abattage, un deuxième contrôleur chargé de vérifier si la dinde a été égorgée selon le rite. Il en refuse une, c’est “Djamel originaire de Batna” dit-il en souriant et en faisant remarquer que la tenue du contrôleur est différente de celles des autres employés de Celvia. Ils sont nombreux, chacun chargé d’une tâche précise : éviscérage, déplumage, découpage, dépouillage, etc., des caisses débordent de cœurs de dindes, d’intestins, de peaux ... “c’est ce qu’on appelle de la VSM, “viande séparée mécaniquement”, ironise Khaled, avec un sourire malicieux accroché aux lèvres. Puis dès qu’on lui rend un sourire condescendant, il susurre : “de la m...” Grand monde dans la salle de découpe où Houari, un Oranais, contrôle si les carcasses de dindes portent bien le label “hallal” apposé auparavant dans la même chaîne... Hertzog est toujours présent, discutant avec le directeur d’abattoir. Deux fois seulement, il s’exprimera : “Attention au sang” et ces contrôleurs sont là uniquement pour contrôle hallal et certifier la production que j’achète ...”. Et celle qui reste, environ 65% de la production totale ? Un geste comme pour dire que cela ne le regarde pas. Mais Quérié intervient pour rassurer : “Toute notre production est hallal. Nous sommes contrôlés par AVS...” Sans attendre, excédé Khaled le contredit : “Non, c’est faux. AVS ne contrôle pas Celvia. Nous travaillons certes dans votre site mais pour la société Zaphir pas pour vous”. “Tout ce qui ne porte pas ici notre label est du faux hallal”, poursuit-il. Quérié est dans ses petits souliers. Un sacré personnage, comme tous les trompeurs. D’autres contrôleurs dans la salle de découpe. Ici rien que les carcasses hallal destinées à Zaphir, sur lesquelles l’estampille hallal d’AVS est très visible. Prétextant un besoin naturel, nous contournons la salle ... A côté une autre ... Des employés de Celvia (Centre d’élaboration de viandes) sont occupés à découper d’autres carcasses. Pas un seul contrôleur AVS ou autre. C’est la production restante destinée à d’autres clients. “Elle n’a rien de hallal”, prévient Khaled qui nous propose de demander au directeur s’il a des certificats de contrôle. “Nous avons signé une convention avec la SFCVH”, répond-t-il tout en l’exhibant. Il s’est même confectionné des étiquettes “hallal” prêtes à être collées sur les barquettes. Le lendemain, croyant affaire à un démarcheur, un responsable à Celvia soutiendra : “Ne vous en faites pas. Vous aurez les bons documents pour importer nos viandes…” comme ce certificat (n°63510), portant l’intitulé SFCVH, destiné à Divial (à Villiers-sur-Marne) et établi le 2 décembre dernier portant le cachet de Ceprovia (centre de production de viandes) qui n’est rien d’autre que Celvia même. Au royaume des fraudeurs, tout est possible. Même pratiquer le faux hallal là où le véritable est si proche ... A onze heures, sur le chemin du retour, une question triture l’esprit : pourquoi tous les industriels de la viande intervenant dans le marché du hallal ne font pas comme Hertzog ? C’est si simple. * Lire précédentes éditions.
A suivre
A. M. B.
Contradictions et doutes
Dans la télécopie (document 1) transmise par M. Belatoui, président de l’organisme de contrôle AVS, celui-ci soutient que AVS ne participe “en aucune façon à la certification hallal d’autres productions de l’abattoir… [qui] recouvre à la fois des productions hallal et non hallal”. Mais dans un prospectus (document 2), d’AVS, il est précisé que AVS a pour partenaire l’abattoir CELVIA qui est un de ses partenaires. Contradictions. Où est le vrai ? Où est le faux ? Après l’envoi d’une télécopie, M. Belatoui nous a téléphoné. Mis face à la contradiction, après avoir employé un ton arrogant croyant s’adresser à son boy, il a pris la poudre d’escampette en nous raccrochant au nez. Pourtant, aucune question n’a été posée sur ceux qui sont derrière AVS. Il ne s’agit pas d’une affaire de journalisme.

 

 

Dans les bacs, dans les cartons, dans les frigos, dans les cageots, tous les produits certifiés hallal sont mis à part, et même enveloppés et scotchés avec un ruban adhésif propre à l’organisme de contrôle. A l’abattoir même, sur site, le contrôleur colle les étiquettes hallal contrairement à des “organismes de contrôle” fraudeurs. M. André Quérié, directeur d’abattoir : “Notre production est hallal 100 %”. “Faux”, rétorque le contrôleur

M. DANIEL HERTZOG (GERANT DE ISLADELICE)
“Nous allons produire en Algérie”

Des Marocains, jaloux par sa notoriété et réussite, ont tout fait pour l’empêcher de venir investir en Algérie. D’abord en employant les médias, et notamment un hebdomadaire manipulé à travers une enquête relative au marché hallal dans laquelle Hertzog a été accusé de pratiquer le faux hallal (la justice le réhabilitera et obligera l’hebdomadaire à publier le jugement pour avoir diffusé “des informations inexactes et diffamatoires”). En fait, la condamnation était “liée à la teneur en amidon des produits de charcuterie...”. Telle la pauvreté qui s’abat sur le monde, ses rivaux et adversaires se sont ligués à un quarteron de Marocains pour monter une campagne de calomnies et de dénigrement. Mais cette dernière a pris effet lorsque Hertzog a opté pour l’Algérie et non le Maroc. Calculateurs jusqu’à l’os, ces individus lui ont déroulé le grand tapis pour qu’il investisse à... Oujda “parce que le grand marché algérien est tout proche”, confie-t-on. Ces informations ne proviennent pas de Hertzog, mais d’un de ses proches, un Algérien qui le connaît bien pour avoir travaillé longtemps avec lui. Président de la société Zaphir qui produit la marque Isladelice (pâtés, cachirs,...) il a bien voulu nous accorder cette interview.

* Comment vous-êtes vous organisé pour assurer à votre clientèle musulmane des produits hallal ?
— Nous sommes liés par contrat avec la société AVS à laquelle nous avions confié le contrôle de tous les produits que nous commercialisons. L’ensemble de notre marchandise est authentifiée hallal par l’association AVS
* Comment procédez-vous ?
— Lorsqu’on a un fournisseur, nous faisons visiter les abattoirs, les établissements de transformation par les contrôleurs d’AVS afin qu’ils fassent un diagnostic à propos du nombre de contrôleurs nécessaire, des postes où ils doivent contrôler... suite à cela, lorsque nous entamons le travail avec un abattoir ou avec un outil de transformation ou lorsque les fournisseurs travaillent pour nous, les contrôleurs d’AVS sont présents en permanence, du début jusqu’à la fin du travail
* En quoi consiste votre production ?
— Nous commercialisons principalement de la charcuterie cuite, également des produits surgelés à base de volaille, et aussi des produits surgelés à base de bœuf
* D’où provient la matière première ?
— La matière première volaille provient exclusivement de Bretagne (France) et la matière première bœuf provient pour 70% de France, et 30% d’Irlande
* Quel commentaire faites-vous en ce qui concerne le marché de la viande dite hallal ?
— C’est un marché important. Comme c’est un marché qui n’est pas réglementé, chacun agit comme il l’entend et comme bon lui semble.
* Vous ne dites rien en ce qui concerne les fraudes, le trafic...
— Nous concernant, nous travaillons exclusivement avec l’association AVS, ceci nous met à l’abri de tout trafic
* Pourtant, vous avez été condamné par la justice pour tromperie.
— Nous avons été condamné en 2000 suite à une enquête de la répression des fraudes. Les services de la répression nous reprochaient l’utilisation de dénomination trompeuse sur nos produits. C’est-à-dire que nous utilisons dans la fabrication de nos saucissons plus de volaille que de viande de bœuf ou de veau, dans la description des ingrédients, c’était bien mentionné mais dans la dénomination du produit, il n’était pas mentionné “saucisson volaille-bœuf” ou “saucisson volaille-veau”. Lors du premier contrôle, les services des fraudes nous ont reproché cela. Immédiatement après, nous avons changé la dénomination. Nous avons été condamnés à une amende. C’était la première et unique condamnation qui n’a rien à voir avec le hallal. L’hebdomadaire L’Express a repris de manière partielle notre condamnation et nous a accusés de faits inexacts ; nous l’avions assigné en justice qui nous a donné gain de cause pour diffamation et mensonges.
* Avez-vous songé à investir en Algérie ?
— Oui. En 1999, j’ai été en Algérie. Hélas, je ne suis pas tombé sur des interlocuteurs de confiance. Mais en 2002, nous avons noué des relations commerciales avec la société Frigo-Oasis. Au fil des ans, c’est devenu une relation de confiance et ainsi nous avons décidé d’un partenariat. Sur cette année 2006, nous allons investir dans un outil de transformation de viande de bœuf, en Algérie, quelques années après, nous envisageons toujours en Algérie d’autres transformations de viandes.
* Pourquoi avez-vous choisi l’Algérie ?
— Notre entreprise Isladelice a, en France, une grosse clientèle algérienne, donc de nombreux contacts avec les Algériens. C’est par le biais de cette clientèle que nous avons connu M. Kahlouche, le patron de Frigo-Oasis avec lequel nous avons noué une relation de confiance. Grâce à lui, nous connaissons ce pays. Il nous a sensibilisé sur les possibilités offertes en matière d’investissement.
* Que vous inspirent les attaques dont vous avez fait l’objet dans la presse française ?
— Elles ne sont pas anodines. Lorsqu’on acquiert une importance dans le marché, cela fait l’objet de convoitises et de jalousies. [Les investigations entreprises nous ont permis de savoir que les pressions médiatiques contenues dans un hebdomadaire ont été menées par le lobby marocain dans le but d’obliger Hertzog à venir investir au Maroc, précisément à Oujda].
Propos recueillis par A. M. B.

 

Tromperie, faux et usage de faux

Au lendemain de la visite effectuée à l’abattoir CELVIA où la pratique frauduleuse du faux hallal est clairement constatée, nous voulions en savoir plus sur le procédé employé pour tromper les consommateurs une fois de plus par le biais des vrais faux certificats hallal. Employant la méthode de “la caméra cachée”, nous avons joint Stephane Sallé, directeur général, en prétextant désireux signer une convention pour l’achat de dindes pour des sociétés algériennes, mais à condition qu’elles proviennent d’animaux abattus selon le rite musulman. Celui-ci a préféré déléguer le “spécialiste”, Antoine Henry. Evidemment que ni l’un, ni l’autre ne savaient que nous avions visité l’abattoir la veille même. Sûr de lui, avec un ton convaincant, Antoine Henry arguera que “nous faisons 100 % du hallal. Nous avons sur place des sacrificateurs et aussi des contrôleurs”. Il l’écrira même (lire fac-similé de la photocopie ci-dessus). Interpellé sur la nécessité de fournir des certificats hallal indispensables pour l’importation, il affirmera : “Vous aurez tous les bons documents nécessaires. Ne vous en faites pas…” Mais de qui proviennent- ils ? “Vous le saurez lorsque vous viendrez. Nous avons tout”; confirmera-t-il ce que nous avons su la veille grâce à André Querie, le directeur de l’abattoir, qui a révélé l’existence d’une convention avec la SFCVH mais sans la présence permanente et effective, visuelle de contrôleurs. Selon des juristes avertis, cela n’est rien moins que de la tromperie, du faux et usage de faux. Que font les services de la répression des fraudes qui, dans ce cas, sont habilités à sanctionner, et qui se trouvent à 20 km de l’abattoir CELVIA ?





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http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/04/04/article.php?sid=36540&cid=2