Actualités : Enquete : VIANDES HALLAL
IRLANDE, BELGIQUE, FRANCE, HOLLANDE, ALLEMAGNE,...ET PAYS MUSULMANS BRADA, CHARAL, CARREFOUR
La filière du faux hallal (8)
Par Amine Merouane Boulanouar


Plus de trois mois pour débusquer, à peine, les rêts de cette mafia du faux hallal si bien structurée dans des pays européens, de cette filière des fraudes et tromperies constituée de trois entreprises hollandaise et françaises si bien organisées qu’elles ont réussi à imposer leurs produits “dont ne voudraient pas les chiens ..” aux consommateurs musulmans d’Europe et d’ailleurs.

Trois mois d’investigations, pour les recouper, les confirmer, les conforter par des preuves et documents irréfutables, de persévérance et de patience, de communications (fax, téléphone, email), de sollicitations de ces patrons qui ont préféré se terrer que de s’étendre sur leurs pratiques frauduleuses – certains mêmes ont appelé à leur rescouse leurs agents de sécurité pour nous renvoyer –, de menaces et d’intimidations, quelquefois des calomnies et tantôt des offres indirectes. A la croque au sel, ils dévorent les fouineurs, à la scie ils les dénigrent. Mais, quels que soient les embûches, les blocages et les entraves, les faits demeurent flagrants. Le lecteur appréciera. Il n’est pas le seul puisque, selon des sources bien informées, les services de fraudes et autres ont réagi. Déstabilisés, certains fraudeurs se tiennent le ventre tandis que d’autres pratiquent la technique du leurre... La première partie de notre enquête, publiée le 12 décembre dernier sous le titre “Fraudes et escroqueries au nom de l’Islam”, n’a pas laissé indifférents les services de répression et autres de Hollande et de France. Elle a surtout eu l’effet d’une bombe dans le milieu des fraudeurs et particulièrement dans cette filière de produits élaborés faux hallal (steaks hachés, ...) composée de l’entreprise hollandaise (producteur très grand abattoir de bovins), de la société française Charal (appartenant au groupe ABC) de transformation de viandes et de l’entreprise française de distribution Carrefour. Brada : Cet immense abattoir sis dans la banlieue a failli fermer ses portes. Son directeur a trouvé l’astuce, pour éviter le dépôt de bilan, en s’investissant dans le marché des viandes hallal mais en usant de fraudes et de tromperies.

Le fameux “guide” de Brada qui assure le “100 % hallal”. Balivernes

En ce 8 décembre 2005, les services vétérinaires hollandais sont formels : “L’abattoir ne bénéficie d’aucune autorisation ou dérogation pour pratiquer l’abattage rituel hallal”. Précisons qu’en Europe, l’égorgement des bêtes ou ce qui est appelé “l’abattage par saignée” n’est autorisé que par dérogation pour les juifs et les musulmans, pour ce faire, les abattoirs autorisés doivent être équipés pour cela, notamment d’un “piège” appelé communément “tonneau” dans lequel le bovin est introduit afin que son débattement se fasse à l’intérieur du “piège” pour éviter des accidents. C’est à titre de client que les portes de Brada s’ouvrent. Nous pouvons tout visiter, tout voir sauf le lieu d’abattage d’autant plus que le “guide” affecté, sachant notre intérêt pour les viandes hallal, se suffit à déclarer “nous égorgeons selon le rite islamique” en étant vigilants pour que nul ne dépasse les limites de ce qu’on lui permet de voir. Sur la chaîne d’abattage, dans les frigos, des dizaines de carcasses de bovins sont accrochées. Viande de piètre qualité, donc vieilles bêtes. Là n’est pas l’intérêt mais plutôt dans le hallal. “Nous vous délivrerons des certificats de contrôle hallal”, indique le “guide” en joignant à ces propos le geste : “En voici un modèle”. De prime abord, le certificat est tout à fait réglementaire car il est signé et cacheté par Abd El Moneïm Mustapha Al Chaman, le directeur du bureau de contrôle hallal. (Ce n’est pas le cas en France et en Belgique où les “certificats” portant l’intitulé d’organismes de contrôle sont signés par le sacrificateur avec cachet de l’abattoir, ce qui n’est pas conforme à ce qu’ils devraient l’être puisque le sacrificateur n’est pas un contrôleur”. Réglementaire ce certificat ostensiblement arboré par le “guide” ? Rien n’empêche de confirmer auprès du bureau de contrôle d’autant plus qu’il s’implique dans le faux hallal, car Brada, c’est visible et certain ne pratique pas l’abattage hallal rituel. Même pas autorisé officiellement. Se peut-il que ce bureau fasse dans la fraude à l’instar d’autres pseudosociétés, associations de contrôle. Un déplacement à ce bureau et les choses deviennent plus claires. Il est situé au sein même du consulat de Syrie à La Haye (!?). Présentation de la carte professionnelle et sourires jusqu’aux oreilles de Al Chaman. Objet de la visite expliqué, il devient blême, on dirait même inquiet. Il fait appel à un jeune collaborateur lorsque le certificat de Brada lui est montré : – Non. Nous n’avons aucune relation avec cet abattoir, affirme-t-il. Surprise ... – Mais comment expliquez- vous ce certificat remis par Brada ? Al Chaman tremble, il est sur des charbons ardents ... et lance : – C’est un faux. Il craint d’être éclaboussé et se montre tout à fait disposé à établir une attestation dans ce sens dès qu’on le lui demande (lire le fac-similé ci-contre). Mais il prend de le faire signer par Iyed son collaborateur (et non moins complice), car il redoute que sa signature soit confondue à celle sur le certificat. Il le sera quand même puisque c’est le même cachet. Davantage : il sera “trahi” par Iyed en personne lequel redoutant d’être “impliqué dans une affaire qui ne (le) concerne pas” veut bien remettre d’autres faux certificats disponibles dans son bureau à condition de ne pas être cité. Mais parole donnée ne vaut pas avec des fraudeurs ... Charal : un déplacement jusqu’à Fleurs, siège de son site, où on n’accepte pas de nous recevoir mais seulement de nous entretenir dans la rue, des dizaines de communications téléphoniques sans que le fameux Jean Chanel, directeur général daigne nous répondre préférant user de justificatifs et prétextes aussi fallacieux que vieux comme le monde, rien ne fera décider Charal a donner sa version des faits. Tout aura été tenté. Rien. Un silence de mort. Plutôt le silence de ceux qui ne peuvent plus rien justifier face à leur démarche accablante, le silence de ceux qui ont besoin de répit pour ajuster, adapter leur tactique à des faits nouveaux. C’est ainsi qu’ont réagi les dirigeants de Charal jusqu’à ce qu’ils soient poussés dans leurs derniers retranchements. Caché derrière sa collaboratrice ou le standiste, jamais Jean Chavel n’acceptera de nous parler.Ce n’était pas inutile de le faire plutôt révélateur. Comment faire pour le toucher ?
Grâce à l’un de ses ex-collaborateurs proches, confident et comparse du directeur commercial de Charal. Un individu empêtré dans le faux hallal jusqu’au cou. Croyant nous gagner à lui, il livrera les coordonnées téléphoniques de ce que nous croyons être le grand patron de Charal. Avant de poursuivre le récit de cette “aventure”, il serait utile de s’attarder sur Charal pour bien saisir son mode de fonctionnement. Charal est une goutte dans cet océan de sociétés qu’est le “holding” Cobevial constitué de plusieurs sociétés financières, commerciales, industrielles, immobilières ou prestataires de services spécifiques. En gros, cet holding, très influent et très introduit, est structuré selon trois groupes dirigés par un directoire avec à sa tête Jean Pierre Henzel ou Euzel. Ce directoire aux initiales ABC, sous sa coupe le groupe Alliance (dirigé par Jean Pierre et son frère ou cousin Léon Gérard), le groupe Bigard (Jean-Paul Bigard), et le groupe Charal (présidé conjointement par Jean Pierre et Léon Gérard Euzel). Informations rassemblées de l’organigramme ABC au 30 juin 2005. Les viandes constituent la principale activité de ABC et notamment de Charal qui a créé sa propre marque Orient Hallal et qui précise dans ses prospectus que “l’abattage est certifié conforme au rite hallal”.Or Charal importe sa matière première, c’est-à-dire les viandes, de chez Brada lequel ne procède à aucun abattage hallal. Charal qui “n’a pas fini de vous faire aimer la viande” (selon son prospectus) refusant de nous recevoir, nous avons cru d’abord à une entrave de la part de quelque fraudeur parmi les proches de ses dirigeants. Qu’elle ne fut la surprise ! Grâce donc à cet acolyte du directeur commercial, il était aisé de prendre attache avec l’un des Euzel (quelle autre aventure qu’il sera fastidieux d’étaler ici)... Finalement, Jean Chavel consent à répondre au téléphone ... long. Très long à rapporter. En résumé, il accepte un rendez-vous pour le 18 janvier 2006 non sans préciser qu’en matière de hallal, il est “couvert” puisqu’il se fait à Charal “sous le contrôle et l’autorité de la SFCVH”. Et voilà le naturel revenir au galop ... (lire nos précédentes éditions)... Mais en quoi est concerné, dans ce cas précis, la SFCVH ? Il ne s’agit pas d’exportation de viandes à destination de l’Algérie, mais d’importation de viande d’Hollande vers la France ... On tâchera d’en savoir plus lors du prochain rendez-vous. Non, surprise. Chavel, par email et télécopie, suite “à une convocation urgente” annule le rendez-vous ... Le lecteur appréciera, le consommateur aussi, le constat étant clair. Carrefour : Par le biais de sa filiale Promocash qui commercialise des viandes étiquetées hallal provenant de Charal est directement concernée par la fraude. Tant de fois nous avons tenté de recueillir l’avis de ses dirigeants. Rien n’y fit. Opacité totale. La dernière tentative consistait à se rendre à ce que nous croyons être le siège social de Carrefour. Aucune plaque n’indique cette entreprise. Pourtant, c’est bien là qu’une préposée à l’accueil annonce notre présence dans cet immeuble parisien où, précise-t-on, des bureaux sont loués à des sociétés à la recherche de discrétion (!?).Quelle surprise de se voir accoster par des agents de sécurité gonflés jusqu’au pet pour signifier qu’il faudra quitter les lieux ... C’est ainsi que réagit Carrefour lorsqu’elle ne supporte plus d’être sollicitée à propos des viandes faux hallal qu’elle commercialise dans ses filiales. Mais oui, c’est simple : Brada exporte des carcasses bovines, faussement certifiées hallal, à Charal qui s’occupe de leur découpe et de leur transformation en produits élaborés” avant de les vendre à des filiales de Carrefour lesquels les font ingurgiter par les consommateurs musulmans et autres. Pas plus facile que cela. Surtout lorsque les services de contrôle n’osent pas trop fouiner dans ces affaires-là sur lesquelles nous reviendrons encore, n’en déplaise aux fraudeurs et à leurs acolytes.
A. M. B.
* Lire nos précédentes éditions.

 

A nos lecteurs
Nous tenons à préciser à nos lecteurs que l’entreprise Carrefour dont la grande surface est implantée aux Annasser n’est nullement concernée par le constat établi lors de cette enquête. Les viandes qu’elle commercialise sont de production nationale. D’autre part, inquiets, des lecteurs désirent savoir si les viandes importées et commercialisées en Algérie sont concernées par le faux hallal. Rien n’indique cela. Il est à relever que les services vétérinaires dépendant du ministère de l’Agriculture ont pris toutes les dispositions utiles et réglementaires pour assurer au consommateur des viandes saines et hallal. Au plan sanitaire, les services vétérinaires sont considérés comme “très contraignants et fort rigoureux”. C’est tant mieux. Quant au plan du hallal, ils exigent la présentation d’un certificat de contrôle de viande hallal qui est obligatoirement fourni. Quoi qu’il en soit, seule l’intention “(Niya) compte.

 

Fraudes et tromperies

En matière de “certificats d’abattage hallal”, l’abattoir hollandais Brada jouit de la complicité rémunérée du bureau de contrôle hallal (implanté au sein du consulat de Syrie à La Haye). Plusieurs de ces vrais faux certificats sont en notre possession. Nous publions le fac-similé (document 1) d’un de ces “certificats” signés et cachetés selon lesquels l’abattoir Brada pratique l’abattage rituel hallal. Or, les services vétérinaires hollandais sont formels et catégoriques : “L’abattoir Brada ne figure pas parmi les abattoirs hollandais autorisés à pratiquer l’abattage rituel hallal.” Précisons que tous ces “certificats” sont destinés à l’entreprise française Charal. Pour en savoir plus, nous nous sommes déplacés au bureau de contrôle hallal où son directeur, un consul dont la signature figure sur tous les “certificats”, surpris et pris de panique a vite fait de se rétracter accusant Brada de faux et usage de faux. Ce qui est absolument… faux puisque une convention a été bel et bien signée par les deux… complices. Craignant des poursuites judiciaires et dans le but de se prémunir, il a fait établir par l’un de ses collaborateurs (pour éviter de s’accabler par sa signature) une attestation selon laquelle il n’a “jamais remis ou délivré… des certificats…”. Hum… Hum ! Mais c'est exact et vrai, il n’a délivré que des vrais faux certificats. Aux dernières nouvelles, il est poursuivi par les autorités hollandaises. Quant à l’abattoir Brada, il subit l’effet boomerang de ses pratiques frauduleuses puisque les services vétérinaires hollandais l’ont interpellé au niveau de la justice.





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http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/04/05/article.php?sid=36588&cid=2