Actualités : CHARTE POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION NATIONALE
“L’administration bloque et freine la mise en œuvre des lois”


«L’application des lois portant la charte pour la paix et la réconciliation nationale enregistre un blocage au niveau des administrations locales». «La bureaucratie qui règne dans ces administrations empêche l’accélération de la concrétisation de cette opération».
C’est le constat qui a été fait hier, au Centre de presse El Moudjahid, par Me Azzi, avocat et assistant auprès de la cour d’Alger, chargé de la commission pour le suivi et l’application des textes de lois sur la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Le Forum d’ El Moudjahida abrité une table ronde portant sur une première évaluation de la mise en application des textes de loi promulgués dans ce cadre. Sont intervenus également à cette rencontre, Mme Saïda Benhabyles, présidente de la Fédération internationale des associations des victimes du terrorisme, et M. Malek Serraï, consultant international. Me Azzi a même mis en garde contre une déviation des objectifs fixés, si les citoyens, la justice et les promoteurs de ce projet ne s’impliquent pas davantage dans sa mise en application. A quelques mois de sa mise en place, cette loi souffre d’énormes difficultés dans sa concrétisation sur le terrain. L’intervenant est allé jusqu’à dire que «la situation sécuritaire que vit l’Algérie ces derniers mois en est la preuve, sans pour autant préciser le lien entre les deux constats. Depuis la promulgation de cette loi, les services de la justice ont traité, selon Me Azzi, 2200 dossiers. Ils se penchent actuellement sur les dossiers des personnes qui sont exclues des lois pour la réconciliation nationale, et ceux-là seront étudiés au cas par cas. Pour ce qui est des disparus, dont les informations font état de leur installation à l’étranger, le communicant a souligné que les chancelleries algériennes à l’étranger sont en charge des procédures nécessaires pour transmettre tous les renseignements pour la justice. Pour sa part, M. Serraï a tiré la sonnette d’alarme sur la bureaucratie administrative. Il confirme que des manipulations sont exercées de part et d’autre pour freiner le déroulement normal des différentes procédures impliquant la mise en œuvre des textes de loi de la charte. «Il y a un silence qui fait peur et une mauvaise interprétation des textes sur le plan juridique et financier», a-t- il signalé. Selon lui, les citoyens doivent s’armer de vigilance et de fermeté pour avoir leurs droits, qui sont parfois bafoués au niveau de l’administration publique. Cette «injustice» s’applique généralement, d’après les intervenants, sur les bénéficiaires du côté des terroristes repentis et leurs familles. «Je réitère mon appel à la vigilance, car il y a des administrateurs à plusieurs niveaux qui rejettent la politique et l’optique de la réconciliation nationale», lance-t-il en s’insurgeant contre «ceux qui s’adressent à l’ancien colonisateur, en l’occurrence la France, pour déposer plainte, ou faire venir des ONG internationales afin que celles-ci se permettent de nous donner des leçons sur la réconciliation». Enchaînant, Mme Benhabyles s’oppose à l’ingérence des ONG dans les affaires de l’Algérie, notamment sur cette question précise de réconciliation nationale, portant elle-même le chapeau d’une ONG internationale. Se voulant une femme de terrain, vu son activité dans la promotion des droits de la femme rurale, Mme Benhabyles intervient largement sur les conditions dramatiques et inhumaines dans lesquelles vivent les victimes de la tragédie nationale. «Le milieu rural souffre de la non-application des lois sur la réconciliation nationale », soutient-elle, en s’interrogeant sur les raisons de ces retards. Elle reste convaincue que sans l’implication de la société civile, aucun droit ne sera arraché pour les citoyens. La priorité, selon Mme Benhabyles est d’indemniser les familles pour leur permettre de sortir de la précarité, de la marginalisation et de la pauvreté. «Il faut développer un projet de proximité pour le milieu rural, car avant de s’investir dans la culture de la paix et la réconciliation nationale, ces Algériens ont d’abord besoin de manger, de se vêtir et d’avoir les moyens nécessaires de survie», martèle-t-elle. La presse est par ailleurs invitée par les intervenants à enquêter sur les conditions de vie des victimes de la «tragédie nationale». Les walis seront-ils interpellés aujourd’hui par le président de la République pour expliquer ce phénomène de bureaucratie qui règne en maître dans l’administration locale ?
Rosa Mansouri

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