Actualités : ALORS QUE LES ENSEIGNANTS DU CNES MAINTIENNENT LEUR GREVE
Les étudiants désemparés et en quête d’informations


Treize heures, devant le piquet de grève (appellation courante pour l’endroit où se réunissent les enseignants grévistes), du côté de la faculté de sciences biologiques. Les étudiants sont rassemblés autour de leurs enseignants qui viennent les informer des derniers développements concernant le suivi de la grève à travers les différents instituts de l’immense université Houari-Boumediene, de Bab-Ezzouar.
Un des animateurs du Cnes (aile gréviste) venait d’afficher la charte de l’étudiant. Tout ce que ce dernier doit savoir sur le déroulement de son cursus universitaire. Le point le plus important de cette charte dans cette conjoncture de grève est souligné en rouge. «Les étudiants ne peuvent pas prétendre à des examens après une rupture de plusieurs mois. Ils doivent bénéficier d’une semaine, au moins, de remise à niveau avant les examens.» Les étudiants défilent en groupes pour lire cette charte et marquent un moment d’arrêt sur ce passage qui les intéressent. Les uns approuvent par un geste de la tête et d’autres commentent à voix basse ou élevée, ce document. Ils préfèrent plutôt en finir avec les examens. Ils profitent de la présence de leurs profs pour leur demander plus de renseignements sur cette question de remise à niveau. «C’est la troisième fois que je révise pour ces examens. Franchement, j’aimerais bien en finir, je suis fatigué psychologiquement », nous déclare un étudiant en 2e année informatique. Sa camarade n’est pas de son avis. Elle adhère totalement à la proposition des enseignants du Cnes qui consiste à organiser une session de remise à niveau de 15 jours pour les étudiants, avant d’entamer les épreuves, d’autant plus trois cycles d’examens sont prévus. Ils s’agit du 2e EMD, des examens de synthèse et de rattrapage. «Moi, je suis complètement débranchée. Je n’ai pas pris mes cours une seule fois pendant l’été. C’était impossible de réviser lorsque tout le monde est en vacances», dit-elle. Se voulant plus précis sur toute la polémique, un autre étudiant intervient en deux mots : «SVP ! dites leur de nous répondre à une seule question : Y aura-t-il des examens, oui ou non ? C’est tout ce que nous voulons savoir.» Désemparés et pris entre deux feux, celui de l’administration qui multiplie l’affichage des modules d’examens, des horaires, des reports des uns et de la reprogrammation d’autres modules, et celui des enseignants qui maintiennent leur grève tout en voulant mettre en place un programme pédagogique plus convenable, les étudiants de l’USTHB suffoquent. Ils n’ont plus la force psychologique de lutter, de se présenter tous les matins au campus et repartir en fin de journée, avec un bilan négatif. «A mon avis, l’administration devrait demander aux nouveaux bacheliers de rester chez eux, qu’ils savourent mieux leur réussite au lieu qu’ils s’emballent dans ces problèmes. Car la rentrée n’est pas pour demain», a ironisé un autre étudiant. Effectivement, la rentrée universitaire 2006/2007 ne peut pas avoir lieu avant la mi-novembre. «C’est clair que la rentrée sera retardée. Mais aussi toute l’année universitaire, nous devons songer d’ores et déjà à organiser la nouvelle année, soit en écourtant les vacances d’hiver et du printemps, soit en prolongeant l’année universitaire », a signalé un représentant du Cnes. Pour les étudiants, c’est encore trop tôt pour se projeter : «Il faut d’abord qu’on valide l’année en cours et le reste suivra», affirme-t-on. La situation la plus angoissante chez les étudiants, c’est de savoir que certains examens sont maintenus. Ils sont perturbés par cette anarchie qui caractérise le déroulement des examens. «Vous trouvez normal que le professeur qui programme l’examen est en même temps le surveillant ? De quelle crédibilité et de quelle pédagogie parle-t-on», s’insurge un étudiant en fin de cycle, qui dit avoir été témoin de tous les paradoxes au sein de cette université qui jouit pourtant d’une notoriété incontournable dans tout le Maghreb. Du côté de l’administration de l’USTHB, c’est plutôt l’assurance. M. Saïdi, vice-recteur de cette université, est confiant de voir la situation se stabiliser dès les prochains jours. D’ailleurs, de son avis, les perturbations enregistrées, hier, dans le déroulement des examens, bloqués à 90% selon le Cnes, n’est pas du fait de la grève des enseignants. «Beaucoup d’étudiants n’ont pas encore rejoint les bancs de l’université », dit-il en ajoutant : «Nous sommes en concertation avec les comités des étudiants afin de trouver des solutions et de reporter certains examens s’il le faut», rassure-t- il, en changeant tout de suite de position pour ce qui est des enseignants : «Si les chefs de départements nous signalent l’absence des enseignants et le maintien du mouvement de grève, nous prendront des mesures en conséquence. » Quoique les étudiants ont démenti formellement leur absence. «La communauté universitaire est mobilisée depuis le 2 septembre, alors nous refusons de faire les boucs émissaires dans ce conflit. Nous avons été suffisamment victimes, à plusieurs niveaux, dans cette guerre sans fin entre les enseignants et la tutelle. Il y va de notre avenir, on ne veut plus perdre de temps…», s’insurgent les étudiants, les plus anciens notamment. Rosa Mansouri

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