Actualités : FRANCE
Polémique autour d’un musée à la gloire de la colonisation
De notre bureau de Paris, Khadidja Baba-Ahmed


Les anciens OAS et ceux, frustrés de leur Algérie française et à leur tête le maire et deux adjoints de Perpignan (sud de la France, dans les Pyrénées orientales), ne désarment pas.
Un musée à la gloire de la colonisation, ou projet de «mémorial des disparus en Algérie 1954- 1963» doit être implanté dans le couvent de la ville. C’est le «Cercle algérianiste national» qui est à l’origine de ce projet. Cette organisation extrémiste de pieds-noirs, créée en 1973, se veut, selon ses propres déclarations, «maintenir ou rétablir la mémoire authentique de l’œuvre pionnière de la France en Algérie». Parce que, explique-t-elle encore «pendant ses trente-deux années de présence, la France avait réussi à faire un pays moderne, actif et bien équipé, d’une colonie médiévale livrée à elle-même, sauvage, insalubre, sans équipement aucun…». Réhabiliter le passé colonial de la France constitue la trame unique des actions de cette organisation comme de certaines autres, généralement toutes, affiliées à l’extrême droite et souvent aussi à la droite et particulièrement à l’UMP. Le climat révisionniste s’est amplifié avec la loi du 23 février 2005 qui vante «l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine». Même si l’article 4 de cette loi a été, sous de fortes pressions, abrogé, il n’en reste pas mois, et cela n’a pas été suffisamment souligné, que les autres articles de cette loi ont permis d’officialiser la date du 5 décembre comme journée nationale d’hommage, au lieu du 19 mars, et d’indemniser désormais les anciens criminels de l’OAS. Le «Mur de la honte», c’est ainsi que certaines associations dont celles de pieds-noirs, qui ont elles, pour credo, le rapprochement entre les peuples algérien et français et qui militent pour une réelle coopération entre les deux pays, ont qualifié ce projet scandaleux dont elles exigent l’abandon. En concert avec de nombreuses associations et partis politiques (Anpromevo, Asti, CGT, LCR, LDH, MJCF, MRAP, MRC et PCF) elles se mobilisent en France et notamment dans la région des Pyrénées orientales parce qu’«on ne construit pas l’avenir sur la haine et le communautarisme ». Elles appellent aussi à ce que la stèle érigée déjà en 2003 au cimetière du Haut-Vernet et dédiée à la gloire de l’OAS soit retirée et qu’à la place du nouveau projet de centre faisant l’apologie du colonialisme, l’on crée un musée, centre de ressources sur l’histoire croisée de la France et de l’Algérie. Les autorités françaises de cette région comme celles du niveau national qu’interpellent ces associations, réagiront- elles en demandant au maire d’abandonner le projet ? Pas si sûr, en cette période de pêche aux électeurs. K. B.-A.

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