Actualités : BONNE GOUVERNANCE DANS LES PAYS AFRICAINS
Quelle place pour la société civile ?


Un mémorandum d'entente entre l'Union des conseils économiques et sociaux et institutions similaires d'Afrique (UCESA) et le Comité économique et social européen (CESE) a couronné, avant-hier tard dans la soirée, les travaux de la première conférence Afrique/Europe des sociétés civiles organisées. Des travaux qui ont traité notamment du rôle de la société civile dans le domaine de la bonne gouvernance.
En vertu de cet accord, les deux parties se sont engagées à «déployer tous les efforts possibles pour que leurs institutions demeurent des instruments démocratiques de consultation de la société civile organisée et soient ouvertes sur les organisations non représentées en leur sein». Il a été particulièrement recommandé, dans la perspective d'une «bonne gouvernance», d'impliquer «fortement» les assemblées consultatives et la société civile dans les processus d'intégration interafricaine et à l'économie mondiale. Ils ont également appelé à «la préservation des élites africaines et la construction d'Etats de droit en Afrique», exigeant dans ce sens «l'intégration intelligente de la sphère informelle, loin des mesures répressives ». Les conférenciers ont souligné dans leurs recommandations que "la bonne gouvernance suppose la stabilité, la sécurité et la paix au sein et entre les différents Etats africains", ainsi que "la recherche constante de la cohésion sociale de la société civile traditionnelle", ce qui éviterait, selon eux, "les conditionnalités des aides extérieures".
«Pas d’aspiration citoyenne sans démocratie »
En somme, cette rencontre internationale placée sous le haut patronage du président de la République était fructueuse dans la mesure où elle a permis aux participants tant algériens que des pays africains de poser la véritable problématique. Il s’agit de la question du déficit démocratique qu’accusent plusieurs pays d’Afrique, d’où la question de savoir «quel rôle peut jouer la société civile dans une société où les règles du jeu démocratique ne sont pas respectées, voire tolérées». L’intervention du président du Conseil de la République pour les Affaires économiques et sociales du Sénégal a eu le mérite de centrer le débat sur la question. M. Mbaye Jacques Diop, qui est également avocat, n’a pas été par trente- six chemins pour plaider «la nécessité de créer des espaces consultatifs qui permettront aux multiples sensibilités sociales de s’exprimer, évitant ainsi de les cloîtrer dans un espace à domination parlementaire. Selon lui, «il ne peut y avoir d’aspiration citoyenne sans démocratie”, lançant à l’adresse des participants «qu’aujourd’hui en Afrique, la société civile fait face à des difficultés pour se frayer un chemin qui lui permettra de disposer d’une autonomie totale et agir en matière de bonne gouvernance». Une approche fortement soutenue par le coordinateur de Transparency International de la section du Sénégal qui a déclaré pour sa part «qu’en Afrique, la notion de l’Etat est en construction et que celle de la citoyenneté n’est pas encore acquise». Selon lui, «il n’y a pas encore dans nos pays de cadre légal pour la participation citoyenne dans le domaine de la bonne gouvernance, d’où la nécessité de créer une interface, voire un cadre organisationnel autonome du pouvoir qui permettra à la société d’agir et contribuer en sa qualité de contre-pouvoir social».
«L’autonomie de la société civile, clé de voûte»

Les intervenants en plénière ont longuement insisté sur le cadre démocratique qui «constitue le seul moyen d’expression sociale». «Il faut de la démocratie dans nos pays pour éviter que la société civile soit un prolongement du pouvoir politique». Le représentant du Cnes du Niger a mis le doigt pour sa part sur la nécessité de disposer de cadre consultatif autonome bénéficiant de moyens appropriés pour mener à bien leurs missions ». C’est, d’ailleurs, la problématique évoquée par la présidente de la Fédération nationale des associations des handicapés, qui s’est demandé «pourquoi nos gouvernants considèrent le mouvement associatif ou la société civile d’une manière générale comme des sous-traitants de l’Etat ? Pour l’intervenante, «il est plus que jamais urgent de définir la notion de la société civile et l’extraire ainsi de toutes formes d’accointance avec le pouvoir». Une idée évoquée par Mme Anne-Marie Sigmund, présidente du Comité économique et social européen (CESE), qui dira lors de son intervention que «la gouvernance ne devra pas être imposée de l’extérieur mais devra, au contraire, venir d’une volonté politique et d’une meilleure participation structurée de la société civile aux mécanismes de prise de décision et au suivi des décisions». «L’association de la société civile, le développement d’une fonction consultative indépendante et le renforcement des capacités de la société civile sont les conditions de l’obtention d’une meilleure gouvernance», dira-t-elle.
Abder Bettache

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