Actualités : Chronique
En quelques mots : de-ci, de-là
Par Leïla Aslaoui


  1) Délai de reddition des terroristes islamistes, ou un faux débat
L’intervention de juristes et de non-juristes dans la presse écrite indépendante, sur les conséquences de la non-prorogation du délai de reddition des terroristes islamistes, forclos comme on le sait le 31 août est franchement risible. Ce “débat” qui n’en est pas un est totalement inutile et vain.
La prétendue existence, en effet, d’un vide juridique et ses effets sur d’éventuels terroristes qui se rendraient hors-délais, est totalement improductive et vaine. Aurait-on donc oublié que le chef de l’Etat peut prendre “à tout moment d’autres mesures pour la mise en œuvre de la charte” ? (textes d’application du décret présidentiel portant “charte pour la paix et la réconciliation nationale”.) A tout moment signifie à n’importe quel moment. A n’importe quel moment donc, y compris hors de la date-butoir, le premier magistrat du pays a le pouvoir discrétionnaire de prolonger le délai de reddition. Pas seulement une prorogation. Il a le pouvoir absolu de prendre d’autres mesures pour la mise en œuvre de la charte. Ce qui veut dire que les exclus du texte, parce que auteurs de massacres, de viols ou d’attentats à la bombe dans les lieux publics, peuvent être amnistiés à tout moment. Exactement comme l’ont été leurs acolytes de la Concorde civile, avec la grâce amnistiante de janvier 2000. Toutes mesures à tout moment signifie surtout qu’une amnistie générale peut être décrétée par celui qui, dès 1999, s’est présenté comme réconciliateur : le premier magistrat du pays : Abdelaziz Bouteflika. Comment douter de la possibilité plus que probable d’une amnistie en nous rebattant les oreilles avec un prétendu vide juridique lorsqu’on se souvient que l’arrêt du processus électoral ayant empêché l’Algérie de sombrer dans le totalitarisme et l’obscurantisme avait été qualifié par le chef de l’Etat de première violence ? Comment en douter lorsque l’on se souvient qu’il (Bouteflika) avait invité son peuple à accueillir les Haddam, Kebir, Dhina, avec du lait et des dattes à l’aéroport ? Continuant à activer à l’étranger et à s’exprimer sur les plateaux de chaînes télévisées arabes, ces commanditaires du crime ont, quant à eux, fait monter les enchères et leur discours est en parfaite osmose avec les exactions du GSPC. Serait-ce la première fois ? Certes, non. L’horrible attentat du boulevard Amirouche en janvier 1995 a été pleinement revendiqué et assumé par Anouar Haddam. L’aurait-on déjà oublié ? Comment en douter, enfin, lorsque, mû par son seul désir de plaire aux islamistes, affichant ainsi ses convictions et sympathies, le premier magistrat du pays avait déclaré : “Si les familles veulent pardonner, qu’elles le fassent. Si elles refusent, nous le ferons à leur place” ? Dès le départ en 1999, le décor était planté. Ce ne fut jamais aux bourreaux que le président de “tous les Algériens” selon sa propre expression a demandé d’exprimer des regrets mais à leurs victimes responsables des tourments des premiers ! Comment en douter lorsque le premier magistrat du pays a envoyé du “Monsieur Hattab” à un tueur ? Alors franchement quel intérêt juridique et politique aurait ce faux débat sur les effets d’une forclusion de délai alors que la décision viendra du “haut” tout comme le fut celle de la paix ? Comment en douter lorsque, relayant son chef du gouvernement, son ministre de l’Intérieur a déclaré aux journalistes : “On ne peut pas empêcher un terroriste de se rendre” ? ( El Khabar, Liberté, Le Soir d’Algérie, El Watan, Le Jour, 4 septembre 2006). N’est-ce pas là la réponse aux “préoccupations” et fausses questions des uns comme des autres ? Indéniablement, le ministre de l’Intérieur, comme A. Belkhadem ne se sont pas exprimés à titre personnel et spontanément. Ils révèlent la démarche politique présidentielle : date limite ou pas les terroristes islamistes peuvent se rendre quand ils le voudront. Lorsqu’ils voudront troquer leur habit de tueurs, de violeurs, contre celui “d’honnête citoyen” auquel est garantie, cf à l’article 6 de la charte, l’extinction des poursuites. En d’autres termes : “On ne peut pas empêcher un terroriste de se rendre” signifie que lui-ci peut massacrer, tuer, déposer ses bombes et lorsqu’il estimera son palmarès d’assassin suffisamment riche, il pourra décider de se rendre. Sa reddition ne sera pas déclarée irrecevable parce que hors-délai. En somme, le temps passé à assassiner des maires, des militaires, des policiers et autres citoyens, en plein jour quotidiennement, est considéré comme une mise entre parenthèses, une pause ou quelques années sabbatiques. Comment dès lors s’étonner que des émirs sanguinaires clament leur fierté d’avoir tué de leurs propres mais ? Le hic est que nonobstant toutes les offres alléchantes du pouvoir, il y eut fort peu de redditions (300 sur 700). La raison est simple : l’islamisme fait toujours monter les enchères. La garantie d’être indemnisé pour “bons et loyaux services”, d’être réintégré au sein de son poste de travail, d’être logé ne lui suffit pas. Il lui faut plus. Ce plus est la prise du pouvoir. Anobli, blanchi, appelé “repenti” lui qui n’a aucunement fait acte de repentance, le terroriste islamiste sait que face à un pouvoir qui le courtise, il peut continuer à exercer ses talents de tueur et se rendre quand il le voudra, quand il le décidera, car “on ne peut pas empêcher un terroriste de se rendre”. Et c’est le ministre de l’Intérieur, dont on aurait attendu qu’il soit soucieux de la protection des personnes et de leurs biens, qui le dit ! C’est là la politique de réconciliation du chef de l’Etat, initiateur et responsable face à l’Histoire d’une dérive jamais connue à travers le monde : l’impunité garantie à des auteurs, co-auteurs complices commanditaires, instigateurs de crimes contre l’Humanité. De quelle paix s’agit-il enfin lorsque prétendre nier la violence, c’est juste retarder son explosion. En réalité, ce faux débat sur les effets de forclusion a pour objectif surtout de faire diversion y compris par ceux qui l’animent ou l’entretiennent. Diversion pour nous faire accepter l’amnésie collective selon laquelle les années de terrorisme, les exactions de la barbarie islamiste n’ont pas existé. Elles ont été et elles demeurent à jamais. Dès lors, prorogation de délai ou pas... quelles fadaises ! Balivernes que celles-ci lorsqu’on constate avec bonheur — ou consolation — que la seule à ne pas être obsédée par la forclusion des délais est l’Armée nationale populaire qui continue à asséner de bons et sérieux coups au GSPC. Cela ne se fait pas sans dégâts, sans pertes humaines pour elle. Cependant, son combat contre les fossoyeurs de l’Algérie demeure indéniablement l’unique espoir de ne pas voir la République capituler. Espérance en effet, puisque l’armée qui combat aujourd’hui le GSPC est celle qui hier a évité à l’Algérie en 1991 de tomber aux mains des islamistes qui avaient promis de traîner les “déviationnistes” devant les tribunaux populaires et de changer les habitudes vestimentaires et alimentaires des Algériens. Si cette opinion inchangée et inchangeable ne vaut pas le statut d’éradicatrice, je l’accepte. Mieux : je la revendique car Abdelhak Benhamouda président du CNSA en 1991 demeurera un martyr de la patrie et un héros. Ses tueurs et bourreaux, des assassins et rien d’autre. Mais après tout “éradicateurs” (trices) n’a-t-il pas été créé par ceux-là mêmes qui ne reculent devant aucune dérive sémantique telle que “repentance” ou “repentis” ? L’Histoire retiendra que pour occulter l’échec de sa politique de réconciliation, le premier magistrat du pays aura usé et abusé de concepts, de stratagèmes prévoyant même de laisser grandes ouvertes les portes de l’amnistie générale en “prenant à tout moment des mesures”. A quoi sert dès lors la rengaine sur la forclusion du délai de reddition ? A rien. Absolument rien.
2) Les 50 jours (cinquante jours) d’absence du premier magistrat du pays
On ne s’attendait pas à une quelconque explication du chef de l’Etat sur sa longue absence. Les mœurs politiques et le mode de gouvernance nous ont habitués à la politique du secret absolu. Cependant, l’on ne peut interdire les questionnements, les supputations. D’autant plus légitimes qu’une rencontre entre lui (A. Bouteflika) et les walis annoncée pour le 8 septembre a été annulée. D’autant plus nombreux que la presse indépendante ( Le Soir d’Algérie, El Watan les 5 et 6 septembre) a décrit un président très fatigué, qui a grimpé et descendu péniblement les marches de la passerelle du Navire-Ecole de la Marine nationale à l’Amirauté (4 septembre). Le professeur Messaoud Zitouni avait parlé en novembre 2005 d’ulcère hémorragique banal et guéri. A. Belkhadem a appelé ces 50 jours : “congé”, puis “absence” n’empêchant pas son président de gérer les affaires du pays. Voici que le ministre de l’Intérieur a entendu contredire totalement son chef du gouvernement en qualifiant cette absence de retrait. ( Le Soir d’Algérie4 septembre 2006 : “Il n’était pas absent, il s’est retiré. Nuance !”) Dérapage verbal ? Aucunement. Le ministre de l’Intérieur a incontestablement voulu envoyer un message sur les vraies raisons de l’absence présidentielle. Mais lequel ? En décidant de se retirer, de s’écarter volontairement, le premier magistrat boudait-il ? Pourquoi et à propos de quelle question épineuse ? A-t-il entendu s’adonner à une retraite méditative, religieuse ? C’est plutôt léger comme explication, s’agissant du premier magistrat du pays. Les propos du ministre de l’Intérieur, un des plus proches amis du président, ne sont pas anodins et loin d’être irréfléchis. Le résultat de toute cette cacophonie est que chacun (A. Belkhadem, ministre de l’Intérieur) alimente et cautionne supputations et rumeurs. Une chose est sûre : Le programme présidentiel est annulé trop de fois. Le président serait-il plus malade que ne le disent les uns ou les autres ? L’avenir le confirmera ou l’infirmera. Peut-être serait-il plus judicieux de nous affranchir ne serait-ce que pour une raison simple et évidente : les brèves apparitions du chef de l’Etat laissent désormais les citoyens totalement indifférents parce qu’ils ont fini par s’habituer à ses longues absences, c’est l’unique conclusion des 50 jours d’absence présidentielle !
3) Mohamed Benchicou continue à “payer”
Il n’a pas suffi à ceux qui avaient promis au directeur du Matin et journaliste Mohamed Benchicou qu’il “paierait”, voici que son passeport ne lui a pas été restitué, au motif qu’il serait introuvable au niveau de la justice. Il n’y a pas si longtemps, son dossier au niveau de la Cour suprême avait été lui aussi perdu puis retrouvé. La “perte” de son document de voyage serait-elle une année supplémentaire d’emprisonnement qui ne dit pas son nom ? Un nouveau combat pour Mohamed Benchicou et ses amis, ses nombreux amis ? Et alors ? N’a-t-on pas eu en “haut” à pratiquer sa détermination et son “nif” rebelle ? Allez-y messieurs, surtout ne vous gênez pas : multipliez mesquineries, coups fourrés, comme vous seuls savez en commettre. Avec des hommes de la trempe de Mohamed Benchicou, ce ne sont même pas des humiliations. C’est le prix à payer pour être un journaliste et un écrivain libre. Je voudrais juste comprendre sans aucun angélisme de ma part, aguerrie que je suis par vos méthodes, comment un homme peut être malade plus gravement qu’on ne le dit, — maladie : fléau le mieux partagé par les hommes au cas où l’on soupçonnerait chez moi de la satisfaction — continue-t-il à s’acharner contre celui qui a “payé” comme promis ? Ne serait-il pas attendu du premier qu’il soit repentant car la maladie rend celui qui en est atteint plus proche de l’Au-delà ? D’autant plus repentant qu’il a accordé son pardon aux terroristes islamistes. Courage, Mohamed, la justice te restituera ton passeport. Pour avoir longtemps fréquenté cette dame, je peux t’affirmer qu’elle ne perd rien. Elle est juste “étourdie” et retrouve toujours ce qu’elle dit avoir perdu !
L. A.

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