Périscoop : BAZOOKA
Déficits et pesanteurs
PAR MOHAMED BOUHAMIDI
mbouhamidi2001@yahoo.fr


La persistance du patriarcat, de son idéologie, de sa culture, de ses tabous ne peut cacher le lent travail de sape de ses bases depuis la guerre de Libération. Cette dernière a complètement détruit l’expression et les appareils politiques de la féodalité : elle a laminé le système des caïds et des bachaghas. C’est une avancée historique inestimable, extraordinaire. C’est bien le contenu social le plus manifeste de la lutte anti-coloniale : la liquidation du pouvoir féodal.
On ne comprendrait aucun des progrès ultérieurs de l’Algérie, notamment dans le monde rural, si on ne retient pas ce fait. Il ne restait au patriarcat de force que sa fonction sociale, la fonction politique était assumée par le FLN dans ses différentes tendances contradictoires. Le résultat est aujourd’hui patent : il existe une masse de fonctionnaires attachés aux services publics de l’enseignement, de la santé ; un secteur industriel public et privé, menacés par les orientations ultralibérales du moment, et ses ouvriers, ses techniciens et ses ingénieurs ; il existe une remarquable mixité sociale dans tous les secteurs d’activité : magistrature, enseignement, santé, administration ; le couple nucléaire est en passe de devenir la règle dans les grandes villes même si le choix de l’épouse demeure massivement soumis aux parents. Alors, pourquoi ces nouvelles réalités sociales trouvent-elles leur expression au niveau de la culture et peinent à la trouver dans la politique ? Pourquoi leur champ de représentation reste réfractaire aux discours du «pôle démocratique» censé fournir les nouveaux référents de ce nouveau mode de vie ? Nous avons bien vu que l’intégrisme a su répondre aux attentes de tous ceux qui étaient effrayés par ces changements en développant un discours du retour aux sources et en focalisant sur le nouveau rôle social des femmes. Or, ils vont échouer. Cette société, dans ses deux composantes patriarcale et moderne, rurale et citadine, va mettre en échec le terrorisme, c'est-à-dire la forme ultime de l’intégrisme. Elle ouvre ainsi la voie à de nouvelles avancées, contrariées par des pesanteurs multiples, freinées par l’absence d’une pratique et d’un discours politiques capables de l’aider à parachever le long processus engagé par la guerre de Libération pour donner à tous le droit au travail, à l’éducation, à la santé, au logement, à la culture remis en cause ouvertement par les «réformes» des tenants du néolibéralisme. A moins que le «pôle démocratique» ne partage avec les néo-libéraux l’illusion que ces «réformes» nous «moderniseraient » en nous mondialisant sous la férule de la finance internationale.
M. B.

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