Actualités : DEVELOPPEMENT DANS LA MEDITERRANEE
Des perspectives assez sombres à l'horizon 2025


Le directeur du Centre régional du Plan Bleu, Henri-Luc Thibault, a fait, hier au siège du ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement (MATE), une présentation du rapport prospectiviste : Méditerranée, les perspectives du Plan Bleu sur l’environnement et le développement à l’horizon 2025. Selon ce rapport, élaboré en juillet 2006 par le Plan Bleu qui est un des centres d’activités régionales du Plan d’action pour la Méditerranée (PAM) du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) avec la collaboration de 350 experts méditerranéens, les perspectives des vingt prochaines années sont assez sombres.
Il ressort de ce rapport une vision pessimiste de ce que serait l’avenir du Bassin méditerranéen d’ici cette échéance. Ainsi, la population des 21 pays de la Mare Nostrum devrait atteindre en 2025 les 500 millions d’habitants, soit 100 millions d’habitants de plus qu’en 2000, dont seulement 5 à 6 millions en plus dans les pays de la rive nord de la Méditerranée. Et cela même si les indices de fécondité poursuivront leur convergence au Sud, le basculement démographique entre les deux rives se poursuivra néanmoins en termes de vieillissement de l’Europe méditerranéenne. Cela outre le maintien des écarts de revenus entre les deux rives, une hausse record du chômage des jeunes de 30%, un besoin de création de 34 millions d’emplois dans les régions Est et Sud de cette mer, avec le risque de forte aggravation de la fracture Nord-Sud. En même temps, les Méditerranéens devront s’adapter aux changements climatiques, la température devant augmenter de 1 à 4 degrés et le niveau de la mer s’élever de 0,3 à 0,6 mètres, le risque de la disparition de terres se posant, une sécheresse assez importante et des précipitations réparties de manière inégale. Et le rapport du Plan Bleu, qui relève l’insuffisance et la mauvaise répartition dans le temps et l’espace des ressources en eau, d’en appeler à mettre en œuvre des politiques volontaristes et de gestion de la demande pour prévenir les pénuries et les crises. La demande en eau devant augmenter de 50 millions de kilomètres cubes par an, la satisfaction de cette demande requiert des investissements lourds, des efforts de rationalisation et d’utilisation efficace de l’eau et de réduction des pertes. Une réduction des pertes d’eau notamment dans l’agriculture et l’alimentation en eau potable, le risque se posant d’une déperdition de l’ordre de 38%, avec l’objectif de récupérer quelque 700 kilomètres cubes d’eau, soit une économie financière de 270 milliards d’euros. Également, ce rapport de relever l’augmentation de la demande en énergie de l’ordre de 65%, les risques géopolitiques, sociaux et économiques se posant avec acuité, en appelant à une utilisation rationnelle de l’énergie, notamment dans les secteurs qualifiés de points noirs que sont le bâtiment et les transports, et en réduisant des émissions de gaz à effets de serre, outre le recours aux énergies renouvelables. Par ailleurs, ce rapport prospectiviste dresse le constat en matière de transports, les trafics devant fortement s’accroître d’ici 2025 et générant des nuisances graves dont la pollution, mais aussi en matière de gestion des espaces. A ce propos, il insiste sur la nécessité de protéger le littoral méditerranéen, menacé entre autres par un afflux de 137 millions de touristes supplémentaires et le risque de bétonnage des côtes à 50%. Certes, des progrès ont été accomplis, en termes de lancement de politiques de protection de l’environnement et de renforcement de la coopération méditerranéenne. Néanmoins, les rapporteurs n’ont pas manqué de noter des défaillances dans la mise en œuvre de la législation, la faible intégration de l’environnement dans les politiques sectorielles. Des difficultés allant s’aggraver en corollaire avec la continuation des pressions sur les ressources naturelles et l’absence de changements opérés en amont et aval. Au-delà de leur gravité, bien reflétée à travers ce rapport, ces perspectives et d’autres non moins importantes peuvent cependant être infléchies, le Plan Bleu estimant possible et urgent d’œuvrer à concilier entre l’économie et l’environnement, en mettant en œuvre la stratégie méditerranéenne de développement durable adoptée fin 2005 à Barcelone par les 21 pays du Bassin méditerranéen.
Chérif Bennaceur

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