jeudi 8 novembre 2007
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LE BLUES DU PEINTRE !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Ce week-end, à méditer cette phrase prononcée par Belkhadem dans le courant de la semaine : «Il n’y a ni crise au FLN ni crise de la pomme de terre.» 

Le monsieur m’inquiète !

Saura-t-on un jour ce qui se passe dans la tête d’un peintre à qui l’on demande de repeindre en blanc une ligne qu’on lui avait ordonné de badigeonner en bleu la semaine d’avant ? Que peut bien se dire ce peintre, lorsque, absorbé par le re-badigeonnage sur une portion d’autoroute est-ouest, il voit passer à vive allure les véhicules officiels de ceux qui lui donnent des ordres aussi intelligents, aussi cohérents ? Pose-t-il son pinceau en équilibre sur le bidon de laque pour allumer une cigarette, se frotter le menton et lâcher entre ses dents «Soubhan Allah !» ? Peut-être que notre peintre se demande tout simplement pourquoi il faut autant de voitures puissantes, hurlantes et rutilantes, autant de gardes sur le qui-vive, autant de motards qui font de grands gestes de sémaphores pour libérer le chemin, autant de vitesse alors que personne ne les poursuit vraiment si c’est pour peindre un couloir d’autoroute en blanc le samedi, en bleu le dimanche, et le repeindre en blanc le lundi. Ça reste tout de même un spectacle toujours impressionnant. C’est peut-être en cela qu’on reconnaît la force d’un Etat. Et que se marque la différence entre notre peintre et les officiels qui passent à quelques centimètres de lui à vive allure, en déplaçant beaucoup d’air. Le peintre, lorsqu’il décide de repeindre chez lui un mur, une pièce, se lève le matin, va chez le quincaillier du coin, y achète un bidon de peinture, un pinceau, revient chez lui et peint ! Eux, les gens très importants qui donnent des ordres entre un aller-retour Club-des- Pins/Alge/Club-des-Pins ne font pas plus que notre ami le peintre. Mais parce qu’il s’agit d’eux, ça prend des allures titanesques. Car il y a peindre et peindre ! Ne croyez surtout pas que la décision de passer de la laque bleue sur une route se prend à la légère. Et c’est encore moins facile de décider de repeindre en blanc ce que l’on a fait repeindre en bleu la veille. C’est ce que doit sûrement se dire notre peintre, un peu perdu sur sa portion d’autoroute. Perdu, mais résigné. Il écrase le mégot de sa cigarette sur la ligne mi-bleue mi-blanche, il reprend son pinceau, le trempe dans le bidon et peint rageusement. Après tout, si les gens des voitures pressées lui demandent de peindre blanc une semaine, bleu l’autre semaine, et rose à la Saint Valentin, c’est qu’il doit y avoir une raison. Une raison supérieure. Une raison d’Etat. Le genre de raison qui vous fera encore longtemps croiser des peintres perplexes sur les autoroutes algériennes. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

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