Culture : COLLOQUE NATIONAL SUR LA LITTÉRATURE ORALE ET LES ÉCRITURES POSTCOLONIALES
Sur des chemins sinueux


Louable initiative que celle prise par le chef du département de français de l’université Hassiba Ben Bouali de Chlef, M. Kassoul Mohamed, et M. Aït Djida Mokrane, enseignant dans la même structure, de rassembler tous ces spécialistes de l'oralité afin de remettre sur le devant de la scène un patrimoine immatériel, sciemment marginalisé.
Ainsi, ces lundi et mardi, des écrivains et des chercheurs, toutes tendances confondues, se sont relayés pour agrémenter l'audience de connaissances plus subtiles les unes que les autres. Les intervenants nous ont régalés des œuvres d'Edouard Saïd, Mameri, Mimouni, Bendjelloun, Azzouz Begag. Tous ces textes comportent un message d'une importante frange de la société algérienne et le non-dit d'une culture orale ancestrale qui a permis à tous ces écrivains d'extérioriser leur personnalité. En marge de ce colloque, on a pu noter l'intervention très remarquée de M. Kouadri Bouali, spécialiste en toponymie et linguistique, qui nous a emmené au pas de charge sur les chemins sinueux de la linguistique pour nous tremper dans les pages de la préhistoire et nous combler de ses recherches dans ce domaine. Il soutient contre vents et marées que les idiomes, langues et dialectes sont issues d'une même source, comme l'homme d'ailleurs. Il précise, en outre, qu'il existe deux grands courants dans le monde : les langues indo-européennes et les langues sémitiques. Il a corroboré tout cela par des exemples frappants en matière de configuration de mots présents dans les différents dictionnaires, objet de son étude en matière de linguistique propre. Pour donner plus de consistance à notre propos, nous nous sommes rapprochés de M. Aït Djida qui a bien voulu nous éclairer sur le but d'une telle manifestation. Il nous répond que «ce colloque se propose d'ouvrir un nouveau domaine de recherche et d'encourager les échanges avec des chercheurs français dans le but d'impulser une dynamique nouvelle de collaboration avec des laboratoires d'autres pays francophones. L'importance de l'oralité dans la littérature post-coloniale n'est plus à démontrer. Il s'agit de contribuer à susciter un autre regard sur le phénomène littéraire et la littéralité saisies dans leurs dimensions transdisciplinaires (littérature, anthropologie, sémiologie), transculturelles (Maghreb, autres sphères francophones). La langue française est le dénominateur commun de cette littérature mais elle s'intègre dans la dynamique propre à chaque région. Elle doit être étudiée dans son contexte historique et linguistique. » Les communications ont été aussi passionnantes que le sujet choisi. On peut citer Mme Radia Abdelbari qui a traité du français populaire dans le Gône du chaba de Azzouz Beggag. Elle note que la littérature d'expression française se définit de moins en moins par un français normé. Cette tendance est de plus en plus nette chez la nouvelle vague. Mme Aït Mokhtar, s'est attelée à mettre en valeur ce flot de l'oralité dans la Nuit sacrée de Tahar Bendjelloun, et d'expliquer les raisons pour lesquelles il emprunte tantôt à la langue maternelle, tantôt au français. C'est dans le but d'enrichir son patrimoine oral. Mme Aït Saâda a mis l'accent sur la géocritique de la littérature orale. Mme Dya Camelia, de l'ENS, à l'aide de l'Archéologie du chaos de Benfodhil nous a permis de comprendre le terme «itinéraire », qui désigne cette nouvelle écriture qui va au-delà des taxinomies génériques. La construction du discours renvoie à une scène théâtrale qui met à l'écart le narrateur. Mme Bekkat nous a présenté l'œuvre d'Édouard Saïd. L’honneur de la tribu a été choisi par Mme Bentayeb pour nous faire remarquer que Mimouni a ressenti le besoin de se démarquer du modèle occidental. Dans ses écrits, il intègre des éléments du récit traditionnel (contes, proverbes). Sari Ali Hikmet cite l'ironie dont est parsemé le texte de Yasmina Khaddra et qui trouve ses racines dans une tradition séculaire. Mme Zerrouki va s'appuyer sur un ouvrage espagnol le Cimetière de Djelfade Max Aub pour préciser le concept de transtextualité. L'auteur a séjourné en Algérie, dans les années 1940, dans un camp de concentration comme déporté de la guerre civile. Il est très sensible au soutien moral des populations autochtones. Notre guerre de Libération va faire resurgir ce souvenir. Il va alors produire cette nouvelle, dans laquelle il va jouer la fiction et la non-fiction, partant d'un épisode un peu spécial. Il ouvre le prétexte aux faits en jouant sur l'irréalité par le truchement de la réalité. Mme Saâd explique comment les contes populaires aident les enfants et les adultes à régler des problèmes psychologiques. Mme Bettouche a fait une analyse semiopassionnelle dans l'Amour, la Fantasia d'Assia Djebbar. Mme Boukella a traité de l'apport de la tamusni dans la genèse de la Colline oubliée. M. Kassoul a suppléé Mme Ghebalou pour exposer les stratégies de l'oralité chez Boualem Sansal. Les intervenants et les auditeurs n'ont pas tari d'éloges en direction des organisateurs qui ont eu une démarche hautement intellectuelle. Ils ont illuminé le ciel gris et sombre de la culture à Chlef.
Medjdoub Ali

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