Chronique du jour : DECODAGES
LA SORTIE DE CRISE SERA LONGUE À SE DESSINER
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


Deux études sur la crise économique mondiale viennent d’être publiées : l’une émane du FMI, l’autre de l’OFCE (Observatoir français de conjoncture économique). Les deux études arrivent à la même conclusion : la crise économique mondiale actuelle sera longue et dure. L’une des conclusions de l’étude du FMI est sans équivoque : «Les récessions liées à des crises financières sont généralement fortes et suivies de reprises lentes.
En cas de synchronisation à l’échelle mondiale, ce qui est le cas de la crise actuelle, elles sont encore plus longues et suivies de reprises encore plus faibles... Ces constatations laissent penser que la récession actuelle sera probablement d’une durée et d’une gravité inhabituelles et la reprise lente.» Nous voilà donc, en Algérie, avertis. Ceux qui pouvaient penser que la crise mondiale était une petite bourrasque sans effet sur les ambitieux projets déjà engagés et ceux envisagés par notre exécutif devraient revoir leurs calculs. «Une récession ordinaire dure un an environ. Une récession liée à une crise financière et mondialement synchronisée est plus longue et plus profonde : elle dure en moyenne une fois et demie plus qu’une récession normale.» Nous voilà donc partis pour une crise économique, avec forte récession et reprise lente, qui va durer, au moins, 3 ans si l’on compte la durée de la déprime et le délai pour une reprise qui sera de toute manière lente et progressive. Repli des flux de capitaux à destination des pays du Sud à cause, notamment, des problèmes de solvabilité auxquels sont confrontées les banques des pays avancés traditionnelles pourvoyeuses de financements, baisse des investissements directs étrangers, chute de la demande globale mondiale, tout cela aura bien évidemment des conséquences sur les économies en développement. Pour l’Algérie, la première conséquence de tout cela est, bien sûr, celle qui concerne nos recettes d’exportation. L’OFCE prévoit pour 2009, 2010 et le premier semestre de 2011 des prix du baril de l'ordre de 50 dollars en moyenne. Nous dépasserons donc péniblement un niveau de recettes annuelles de quelque 40 milliards de dollars durant cette période. Or, il faut savoir que les plans de relance, celui qui est en cours d’exécution et celui qui est prévu, nécessiteront dans le meilleur des cas, pour leur assurer un financement sans dette extérieure, et sans obérer les réserves de change, des recettes de l’ordre de 60 à 65 milliards de dollars par an. Bien évidemment, il faudra ajouter à cette première facture, une autre qui concerne les emplois aidés qui devront être financés pour absorber le chômage des jeunes (3 milliards d’emplois prévus sur 5 ans), les transferts sociaux pour lutter contre l’exclusion et la pauvreté (évalués pour 2008 à quelque 11 milliards de dollars); le financement des importations alimentaires incompressibles ainsi que celles des médicaments et des services non facteurs... A l’évidence, la balance commerciale qui a déjà commencé à donner des signes d'essoufflement ce premier trimestre 2009, sera déficitaire et la marge de manœuvre fort appréciable dont dispose actuellement l'exécutif, risque d’être fortement érodée alors même que les programmes de reconstruction du système productif national n’ont pas encore commencé à être mis en œuvre : nouvelle politique industrielle, politique de l’offre, c’est-à-dire de soutien à l’entreprise, économie fondée sur la connaissance pour préparer l’après-pétrole. Bien évidemment, ce programme, celui qu’attendent les Algériens et qui va donner tout son sens au programme d’équipement du pays mis en œuvre depuis deux décennies, ce programme donc nécessite beaucoup de ressources. Les aurions-nous si le gouvernement poursuit dans le train actuel de dépenses publiques tous azimuts et s’il ne révise pas la nomenclature des investissements publics reportant, ou même ajournant, ceux qui ne sont pas indispensables s’il ne resserre pas le programme d’importations qui a battu tous les records ces deux dernières années ; s’il ne revoit pas, dans le sens d’une plus grande attractivité, sa frilosité actuelle, sinon son rejet pur et simple (qui reste tout à fait incompréhensible !) à l’égard des investissements directs étrangers ? Ceux parmi les officiels ou parmi les analystes, qui, d’un air rassurant, nous affirment que nous tiendrons cinq ans même à un baril à 40 dollars, n’ont apparemment rien compris aux enjeux de cette crise mondiale pour l’économie algérienne. La question n’est pas de savoir si nos disponibilités financières actuelles nous permettent ou pas de financer les programmes d’investissements publics engagés ou envisagés, mais bien plutôt d’évaluer les risques encourus par une érosion rapide de la cagnotte et conséquem ment une partie de la marge de manœuvre actuelle difficilement constituée. Alors, attention à l’imprévoyance et des travaux sérieux d’évaluation des perspectives décennales de notre économie sont plus que jamais nécessaires. N’est-ce pas là une des tâches les plus urgentes à confier au Commissariat à la prévision et à la prospective ? Quand nous mettrons-nous enfin à gérer notre économie selon des normes universelles ?
A. B.

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