Actualités : LES ÉTATS-UNIS ET LE CONFLIT DU SAHARA OCCIDENTAL
Les raisons du soutien américain au Maroc


«Pour avoir joué un rôle prépondérant dans la politique américaine en Afrique et au Moyen-Orient, le Maroc s’est élevé au rang du plus important pays au Maghreb pour les Etats-Unis», a estimé Yahia Zoubir, professeur des relations internationales à l’université Euromed de Marseille.
Lotfi Merad - Alger (Le Soir) - Invité hier à une conférence sur «les Etats-Unis d’Amérique et le conflit du Sahara occidental», organisée par le Centre Ech-chaâb pour les études stratégiques, l’universitaire a indiqué que le Maroc a été le premier pays au Maghreb à avoir signé un traité avec les Etats-Unis en 1787 entre Mohamed III et Georges Washington. Plus tard, le soutien des Américains au royaume alaouite s’est traduit par des aides militaires considérables qui se chiffrent à plusieurs centaines de millions de dollars. De 1975 à 1990, un cinquième des aides militaires américaines pour l’Afrique est revenu au Maroc soit plus d’un milliard de dollars. A l’échelle maghrébine, le Maroc a reçu 72% du total des aides américaines en 2002 et 83% en 2005, soit 58 millions de dollars. «Une aide qui a permis au Maroc de poursuivre sa colonisation du Sahara occidental », note Yahia Zoubir. Selon lui, ce sont «les Etats- Unis qui ont donné le feu vert aux Marocains pour envahir le Sahara occidental» après le départ des Espagnols. Ce qui a été confirmé quelques années après par un ancien ambassadeur des Etats-Unis en Algérie. Le conférencier soutient que «le diplomate a déclaré avoir été trompé par son administration». «Mon propre gouvernement m’a menti en tant qu’ambassadeur », m’avait confié l’ambassadeur. Contrairement au Maroc et à la Tunisie qui avaient choisi le camp occidental, l’Algérie a été longtemps considérée comme un pays prosoviétique en raison de ses liens étroits avec le bloc soviétique et les pays des non-alignés. D’ailleurs, les relations entre Alger et Washington se sont interrompues de 1967 à 1974. Néanmoins, les échanges commerciaux étaient maintenus, et les Etats-Unis étaient le premier partenaire de l’Algérie. «Si les Etats-Unis ne s’opposent pas au principe d’autodétermination, ils doivent cependant protéger les intérêts de la monarchie marocaine qui elle-même est garante des intérêts américains », souligne Yahia Zoubir en précisant que «c’est un Américain qui a rédigé la proposition d’autonomie du Sahara occidental défendue par le Maroc». Selon le conférencier, le Maroc, qui a durant la guerre froide constitué un rempart contre le communisme, est devenu aujourd’hui un rempart contre l’islamisme radical. Mais le rapprochement américano-marocain s’explique également par le travail effectué par le lobby marocain, très influent au sein du Congrès, mais aussi par l’orientation pro-occidentale du royaume qui est considéré par les Etats-Unis «comme le meilleur modèle de démocratie dans le monde arabe». De l’avis de cet expert des relations internationales, si la résolution du problème sahraoui est dans l’intérêt des Etats-Unis, une solution aurait été trouvée il y a longtemps. Et tant que les intérêts des Américains ne sont pas touchés, on maintiendra le statu quo. Une situation qui arrange le Maroc qui craint de voir les colons marocains choisir une république au lieu de la monarchie marocaine au cas où un référendum sur l’autodétermination serait organisé. Les USA n’ont pas de politique maghrébine. Ils ont une vision économique globale pour ce marché potentiel de 100 millions d’habitants, d’où l’intérêt de voir les frontières algéro-marocaines rouvertes qui en réalité est une demande des Américains. Et du point de vu politique, l’Amérique procède de manière bilatérale en ayant une politique pour chaque Etat.
L. M.



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