Actualités : LE RENOUVEAU RURAL DANS LA WILAYA DE BOUMERDÈS
La bataille contre la pauvreté et les salafistes


Serait-ce le programme de renouveau du monde rural qui tirera de la précarité une grande partie de la population de la région de Boumerdès ? Et plus important, n’y a-t-il pas, en filigrane, une bataille politique à engager contre les islamistes qui exploitent la détresse des jeunes des zones rurales pour recruter terroristes et kamikazes.

La wilaya de Boumerdès commence à se relever lentement d’une crise sécuritaire aiguë qui a duré presque une vingtaine d’années. Cette calamité a laissé des séquelles si profondes que son élimination nécessitera probablement des efforts étalés sur plusieurs années, tant la sortie de crise a de multiples aspects. L’histoire retiendra, en effet, que les islamistes armés ont profondément déstabilisé cette wilaya, considérée comme le trait d’union de deux autres régions politiquement très importantes du pays : la Haute Kabylie et la Capitale. Après avoir l’avoir laborieusement entamé dans seulement 18 communes, les responsables locaux étendent, désormais, le programme de renouveau rural à toutes les autres, soit au total à travers les 32 communes de la wilaya. Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Rachid Benaïssa, a été sensible aux protestations des populations des 12 communes qui étaient exclues. D’ailleurs, le soutien du premier responsable de l’Agriculture s’est concrétisé lors de sa première visite en septembre 2009 dans cette wilaya, à travers un périple dans des zones, comme Sidi-Daoud, Cap-Djinet et Legata, où l’activisme du GSPC en est à faire des victimes parmi les services de sécurité et les populations locales. L’exclusion de certaines localités, comme par exemple Iwariachen, village perché sur le massif de Sidi-Ali-Bounab et qui fait partie de la commune de Laâzib, était considérée comme une aberration. Pour rappel, les responsables auprès du département de M. Benaïssa sont soumis à une exigence de performance, ce qui ne peut qu’être bénéfique à cette politique.
Conjoncture favorable

Cette politique en faveur des zones rurales suscite, d’ores et déjà, de l’espoir, d’où l’engouement appréciable des paysans, les jeunes notamment, y compris au sein de la frange des universitaires. Ils se renseignent sur les modalités en vue de bénéficier des modules d’aides consentis par l’Etat. Nous avons cependant relevé, dans la wilaya de Boumerdès, la faiblesse de la communication en vue d’expliquer aux populations des zones montagneuse les avantages de cette nouvelle politique qui leur est destinée. Cette tâche de sensibilisation incombe partiellement aux représentants des populations, parmi les élus locaux et le monde associatif.
Programme perfectible
Le lancement de ce programme connaît quelques couacs, à l’exemple de la distribution de vaches dans la daïra de Baghlia, qui a fait l’objet de vives critiques de la part des fellahs bénéficiaires. Ce programme est donc largement perfectible. Sur ce qui a été accompli à ce jour, écoutons le premier responsable de la Conservation des forêts de la wilaya de Boumerdès, Medjdoub Hocine, ainsi que de deux cadres de ce département, Benaïssa Mustapha et Hamadouche Brahim. «37 projets intégrés sont soit réalisés, soit en cours de réalisation dans la wilaya de Boumerdès. Ces projets sont répartis sur les 9 daïras de la wilaya de Boumerdès et ont touché 28 localités (villages ou hameaux) de 18 communes, sur les 32 que compte la wilaya de Boumerdès», explique le responsable de la Conservation des forêts de Boumerdès. Selon lui, 254 ménages ont bénéficié d’un module d’aide, comme à l’exemple, 3 vaches ou 10 brebis pleines ou une dizaine de ruches d’abeilles en production. La récente instruction interministérielle autorise l’attribution de 68 types de modules individuels. En parallèle, d’autres actions ont été réalisées dans les localités regroupant les ménages ciblés. «Elles concernent tous les secteurs liés au cadre de vie des villageois, comme la réfection des routes, l’ouverture de pistes, l’amélioration de la petite hydraulique, l’ouverture ou la réfection de salles de soins ou de classes, l’éclairage public», souligne, pour sa part, Benaïssa Mustapha. Le PPDRI a permis la création, en 2009, de 254 emplois permanents et 2 056 postes de travail saisonniers. S’agissant des actions collectives, 22 296 ménages basés dans la wilaya de Boumerdès sont concernés par le programme de 2009, assurent le conservateur des Forêts et ses collaborateurs. Ces derniers font état d’un investissement total de 2 967 millions de dinars, consentis en 2009 par l’Etat, concrétisant ainsi différents programmes (PSD, PCD, Fonds de wilaya). Cependant, le Fonal (fonds national d’aide au logement), axe essentiel de cette politique, de renouveau rural, ne suit pas. L’absence d’actes de propriété ou de certificat de possession chez les demandeurs d’aide à la construction (700 000 DA) dans le monde rural est devenue un handicap. «80 % des demandes ont été malheureusement rejetées», déplore M. Medjdoub. A propos du programme de l’année en cours, 38 projets sont, d’ores et déjà, retenus. Mais il n’est pas exclu, précise M. Medjdoud, de revoir cette liste à la hausse.
Abachi L.

 

Le PPDRI, c’est quoi ?
Le projet de développement rural intégré (PPDRI) est l’instrument par lequel les pouvoirs publics mettent en exécution la politique visant à la refondation économique du monde rural et son intégration dans le processus de développement économique et social du pays. L’ambition des concepteurs, dont M. Benaïssa, l’actuel ministre de l’Agriculture et du Développement rural, de cette approche en faveur du monde rural est de préserver, en premier lieu, les équilibres sociaux dans des zones où, aussi bien les individus que les collectifs sont fragilisés par diverses crises que vit le pays. Cette nouvelle politique met à contribution l’ensemble des secteurs politique, administratif, économique et social, qu’ils soient régionaux ou locaux. Le principe du PPDRI est d’aider le ménage issu du milieu rural et qui fait partie d’un collectif. Dans ce collectif, des individus (ménages) ont chacun un projet et l’ensemble des individus élabore un autre projet pour toute la communauté. C’est le principe de l’intégration. En effet, par le biais du PPDRI, l’Etat attribue des aides individuelles aux demandeurs (ménages) qui s’insèrent dans un projet global destiné à une agglomération à l’échelle d’un village. La demande est donc personnalisée aussi bien pour le ménage que pour l’agglomération ciblée, comme par exemple un village. L’aide aux ménages est importante. Cette subvention est un instrument économique générant des revenus réguliers. Citons, à titre indicatif, l’affectation d’un module de 10 brebis pleines et d’un bélier ou de 3 vaches pleines ou de 10 ruches en production. C’est l’assurance de revenus rapides pour les attributaires. Ceci pour un ménage. La réfection d’une route, d’une classe d’école ou d’une salle de soins, l’installation de l’éclairage public, la mise en place d’un réseau d’assainissement, les aménagements hydrauliques, l’ouverture d’une piste sont quelques-unes des actions collectives. A noter que l’arrêté interministériel liste pas moins de 68 filières, concernant l’aménagement des terres agricoles, de la petite hydraulique, de la production agricole et de l’artisanat, éligibles aux subventions sur le budget de l’Etat, et ce par le truchement du PPDRI.. De son succès, des dividendes politiques, économiques, sociaux et environnementaux pour le pays sont escomptés. L’augmentation des revenus des ménages fera reculer la pauvreté et, par conséquent, les espaces ruraux ciblés par les recruteurs islamistes iront en se rétrécissant. Cette politique est une réponse judicieuse à l’exode rurale. En effet, la fixation des populations rurales est un moyen d’atténuer la pression sur les centres urbains. De plus, intégrer le monde rural dans le processus de développement apportera plus de stabilité aux régions et au pays. Enfin, l’aspect écologique de ce programme est très important.
A. L.

L’importance du rôle de la société civile
C’est connu, sans une bonne communication, toute bonne intention ou tout programme de développement sont voués à l’échec. Pour la réussite de la politique mise en exécution par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, une politique de communication est plus que nécessaire. D’ailleurs l’essence même de cette politique de renouveau rural repose sur la proximité. Il y va donc de sa réussite. Il est clair que cette mission incombe, en premier lieu, aux hommes politiques locaux. Leur engagement sur le terrain ne pourrait qu’être bénéfique pour leurs localités. Ils peuvent attirer également des subventions en faveur de leurs concitoyens électeurs. Mais le rôle des comités de village est essentiel. C’est, en effet, à ce niveau que se prennent les initiatives dans ce domaine. C’est à ce niveau que les fellahs trouvent une structure pour élaborer un projet individuel et commun. Ce sera l’interlocuteur, aux côtés de l’Assemblée communale reconnue des pouvoirs publics pour négocier l’attribution des aides.
A. L.





Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/02/15/article.php?sid=95717&cid=2