Le Soir Retraite : PROJECTIONS ERRONÉES DE LA CNR À L’HORIZON 2010
2 millions de retraités prévus, ils ne sont que 1,8 million !


La situation financière du système de retraite en Algérie est très précaire. Nous ne sommes pas encore sortis de la période très difficile où le risque persistait de ne plus pouvoir payer les retraités. Il y a un léger mieux mais ce n’est pas l’embellie durable. Il est urgent d'abroger le système de retraite sans condition d'âge — injuste, inégalitaire et trop coûteux pour la CNR. Malheureusement, les statistiques sur la retraite ne sont pas rendues publiques. Au niveau du site Internet de la CNR, il n'y a que les chiffres de l'année... 2006 ! En matière de prévisions pour 2010, un des groupes de travail issu de la tripartite de 2003 avait planché sur cette question. Nous publions ci-dessous de larges extraits de ce rapport : les prévisions de la CNR ne sont pas au rendez-vous.
«Le système national de retraite constitue un élément essentiel de la préservation de la cohésion sociale. Il revêt une importance primordiale pour les personnes âgées pour la sauvegarde de leurs moyens de subsistance, de leur bien-être et de leur dignité de personne et de citoyen. Fondé sur la solidarité socioprofessionnelle et inter-générationnelle, le système de retraite opère de larges redistributions qui permettent d’assurer et de garantir aux retraités un certain niveau de ressources. A cet effet, sa consolidation et sa préservation constituent un objectif majeur pour les pouvoirs publics. Ceci étant, notre système de retraite est appelé, à moyen terme, à s’adapter à une nouvelle donne démographique caractérisée par la transition entamée depuis la fin des année 1980 et qui se traduira, à terme, par un vieillissement plus accentué de la population. La proportion des personnes âgées de plus de 60 ans (non inclus les ménages nomades) est passée de 911 012 en 1977 (soit 5,8% de la population) à 1 301 718 en 1987 (soit 5,75% de la population) et à 1 945 008 en 1998 (soit 6,68% de la population), soit un accroissement de 49,4% de 1987 à 1998. Par ailleurs, depuis la mise en place du système de retraite, la durée de jouissance de la retraite s’est considérablement accrue avec l’allongement de l’espérance de vie qui est passée de 65,4 ans en 1987 à 67,7 ans en 1996 et 70,2 ans en 1999 soit un gain en longévité de près de 5 ans en 12 ans. En outre, et alors même que la durée de vie ne cesse de s’allonger, les réformes introduites en matière de retraites en 1997 permettent des sorties d’activité de plus en plus précoces à travers la retraite proportionnelle et la retraite sans condition d’âge.
Trop grosse marge d'erreur
Ainsi, le nombre de retraites directes (retraités vivants) est passé de 523 943 en 1998 à 616 262 au 30 juin 2003, soit un accroissement moyen de 4% par an. De ce fait, le nombre des retraités devrait s’accroître régulièrement tout en s’amplifiant par l’arrivée à la retraite de générations plus nombreuses ayant commencé leur activité durant les années 1970 et le début des années 1980 où les volumes de création d’emplois ont atteint des seuils importants. Ainsi, les projections de la CNR prévoient à l’horizon 2010 un nombre de bénéficiaires de pensions ou allocations de retraite évalué à 2 020 000 dont 877 000 pensions ou allocation de réversion. Les perspectives de vieillissement démographique conjuguées aux difficultés économiques, notamment en matière d’emploi, suscitent auprès des pouvoirs publics une légitime préoccupation quant à l’avenir des retraites dans notre pays. En effet, le ratio (nombre d’actifs cotisants/nombre de retraités) n’a pas cessé de se détériorer, passant de 8 actifs par retraité en 1986 à 3 actifs par retraité en 2000 et 2,5 en 2003. Sur la base des rythmes moyens d’évolution des différentes pensions et allocations de retraite enregistrés au cours des cinq dernières années, les projections de dépenses de prestations de retraite de la CNR (y compris les dépenses de solidarité nationale) se situeraient autour de 300 milliards de DA en 2010 soit un accroissement de + 159% par rapport aux prévisions de clôture 2003. Avec les frais de gestion administrative (2,5% des dépenses globales), les dépenses globales de la Caisse pourraient atteindre plus de 307 milliards de DA en 2010.
L'emploi durable n'est pas au rendez-vous

Si les recettes de cotisations continuent à croître au rythme moyen enregistré ces cinq dernières années, les ressources annuelles de la CNR pourraient atteindre en 2010 près de 241 milliards de DA, soit un déficit de 66 milliards de DA par rapport aux dépenses. Bien qu’une partie de ce besoin de financement relève des dépenses de solidarité nationale et sera donc prise en charge par le budget de l’Etat, il n’en demeure pas moins qu’en l’absence d’une croissance forte et durable génératrice, annuellement, d’un volume important de créations d’emplois, le devenir du régime des retraites dans sa configuration actuelle serait sérieusement hypothéqué. Aussi, pour répondre aux besoins de financement du système de retraite, nés de l’arrivée à la retraite de générations importantes de travailleurs et de l’allongement de la durée de jouissance, il est apparu nécessaire de sécuriser le système, d’assurer sa viabilité à long terme et d’en garantir les objectifs de solidarité afin d’éviter les risques d’exclusion sociale et d’assurer une protection de base aux catégories vulnérables de la société. A cet effet, la mise en place d’un fonds de réserves des retraites constitue une réponse aux préoccupations liées à la préservation du système de retraite, d’une part, et à la résolution des problèmes de financement y afférents, d’autre part. L’objectif du fonds consistera à prendre en charge les déficits financiers du système de retraite par un prélèvement de sommes mises en réserve garantissant ainsi la solvabilité du système. Le provisionnement de sommes importantes au niveau du fonds de réserves permettra de faire face, à terme, au changement de régime démographique ainsi qu’à un éventuel rétrécissement de la base cotisante et d’asseoir ainsi durablement les équilibres financiers du système de retraite.»
LSR

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