Chronique du jour : CE MONDE QUI BOUGE
Sahel, l’Algérie et les visées occidentales


Par Hassane Zerrouky
La France «néo-conservatrice» veut «isoler l’Algérie et lui éviter de jouer un rôle de leader ou de principale force» contre le terrorisme dans le Sahel. «L’isolement de l’Algérie permet de lever un obstacle majeur à la reconquête de la région», a assuré Lyes Boukraâ, directeur par intérim du Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme.
Isoler l’Algérie, mais c’est déjà fait ! Ainsi, quand, tour à tour, Hervé Morin, ministre français de la Défense, puis le chef d’état-major de l’armée française, l’amiral Edouard Guillaud, assurent que Paris est «prêt à engager des contacts avec Al-Qaïda», n’est-ce pas une manière d’élever les chefs de l’Aqmi, qui sont après tout des ressortissants algériens, au rang d’interlocuteurs de la France officielle en leur octroyant un statut de belligérant ! Au-delà, qu’a fait l’Algérie pour assumer ce rôle leader régional en matière de lutte contre l’Aqmi et pour sécuriser sa frontière sud ? Or, en ce qui concerne l’état des lieux des pays sahéliens et de leurs régimes, nos diplomates, nos services en ont une parfaite connaissance. Le pouvoir politique en est parfaitement informé. Reste que pour être entendu, et respecté, par nos voisins du Sahel, il ne faut pas se cantonner à invoquer l’unité africaine, la coopération et le bon voisinage, encore faut-il que l’Algérie officielle n’entretienne pas le flou à l’égard du terrorisme islamiste, et fasse mine de croire qu’on peut en venir à bout à coups d’appels à la reddition et d’amnisties, tout en cédant des espaces aux islamistes de tout poil ! Parce que quoi qu’on en pense, les pays du Sahel qu’on accuse de ne pas jouer le jeu voient bien que l’Algérie officielle n’est pas tout à fait claire sur ce sujet. Quant à l’Aqmi, que des chercheurs et spécialistes occidentaux présentent comme une sorte d’arme de destruction massive menaçant la stabilité du Maghreb et l’ensemble sahélo-saharien, c’est quoi au juste ? Ce n’est pas le GIA, responsable de dizaines de milliers de morts civils et militaires, d’assassinats de ressortissants occidentaux, du détournement de l’Airbus d’Air France, de la vague d’attentats à Paris en 1995. La stratégie d’internationalisation du terrorisme était déjà présente dans la pratique de l’ex-GIA, avant que l’ex-GSPC ne la prolonge dès l’année 2000 en portant le djihad vers le Sahel. L’Aqmi, ce sont quelques centaines d’hommes, dont les chefs vivent reclus dans le nord du pays, et dont les actions terroristes sont loin d’égaler en ampleur celles de l’ex-GIA, voire de l’AIS ! De mon point de vue, l’Aqmi est surtout l’expression du repositionnement d’un islamisme djihadiste à la recherche d’un second souffle dans un contexte de déclin de la violence terroriste, comparée à ce qu’elle était dans les années 90 ! Encore faut-il une volonté politique pour la neutraliser. Cela dit, le Niger, où a eu lieu le rapt des sept employés d’Areva, possède le deuxième gisement mondial d’uranium. Le français Areva, qui exploite les sites d’Arlit et d’Imouranem, est le premier producteur mondial. Et entend conserver cette place. Plus généralement, la région sahélo-saharienne, qui regorge de richesses minières (phosphate, or, uranium, fer, manganèse, zinc, cuivre, diamant, charbon, pétrole), attise la convoitise des grands groupes internationaux : outre Areva, Anglo American Corporation, BHP, Gencor, Ashanti Goldfields, Barrick Gold, Rand Gold sont déjà à pied d’œuvre au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali, au Niger, en Mauritanie. Le Sud algérien, proche du Sahel, est également dans leur viseur. Ce qui fait que le contrôle de cet ensemble sahélo-saharien est au cœur des préoccupations de Paris et de ses alliés depuis déjà quelques années. Et de ce point de vue, l’activisme de l’Aqmi tombe à point nommé pour légitimer le discours sécuritaire occidental et la stratégie qui va avec. Ainsi, depuis l’avènement de l’Aqmi en 2007, l’UE et les États-Unis considèrent que les enjeux de sécurité dans cette région ne doivent pas être considérés comme un facteur interne à chaque Etat, mais appréhendés dans un environnement plus large allant du sud au nord de la Méditerranée. C’est le sens du texte adopté par le sommet de l’UE de février 2010 dit de stratégie de sécurité internationale, de la déclaration du sommet UEMaroc de Grenade de mars 2010, et du projet Africom américain (sorte d’Otan pour l’Afrique) prôné par Washington. En résumé, si le terrorisme au Sahel constitue bien une menace, il n’en reste pas moins qu’en lui conférant une dimension qu’il n’a pas, l’Occident l’instrumentalise à des fins de domination géostratégique.
H. Z.

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