Chronique du jour : DECODAGES
DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
La Malaisie nous donne la leçon !


Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr
On connaissait le passage réussi de l’Indonésie d’une économie rentière pétrolière à une économie de production et d’exportation de produits manufacturés compétitive. On connaît aujourd'hui les succès de l’économie turque dépourvue totalement d’hydrocarbures mais qui s’installe de plus en plus sur les marchés mondiaux de produits industriels et de service. On connaissait moins la formidable réussite économique de la Malaisie qui, bien que dotée de ressources pétrolières et gazières, a refusé la voie de la facilité et a construit une économie fortement exportatrice de biens industriels de haute technologie et qui envisage d’être dans le club des économies développées à l’horizon 2020. Mais qu’arrive-t-il donc à l’économie algérienne, pourtant à très fort potentiel ?

Connaître la Malaisie

Un pays politiquement stable, économiquement en plein essor. La Malaisie est dirigée depuis son indépendance en 1957 par la même coalition : le Barisan Nasional (BN) composé actuellement de treize partis communautaires dont quatre nationaux et neuf partis représentant des communautés ethniques. Le BN détient actuellement 137 des 222 sièges du Parlement. L’opposition aussi est organisée en coalition (le Pakatan Rakyart : PR) et détient 76 sièges. Le 3 avril 2009, Najib Razak est devenu le Premier ministre de la Malaisie. La Malaisie est une fédération composée de treize Etats dont neuf sultanats et dont le régime politique est une monarchie constitutionnelle (avec un roi élu tous les cinq ans). La population de 28,6 millions d’habitants est composée de quatre groupes ethniques. Population malaise : 65 % ; chinoise : 26 % ; indienne : 8 % et d’origine tribale, 65 % de la population sont de religion musulmane. L'islam est la religion officielle de la fédération qui compte aussi des bouddhistes, des hindouistes, des chrétiens.
Une économie dynamique

La Malaisie a une économie dynamique. Depuis le début des années 80, la croissance économique a été en moyenne annuelle de 6 %. C’est une économie dotée de ressources naturelles : pétrole, gaz, caoutchouc, cacao, bois, huile de palme.
Pétrole et gaz

La Malaisie est un important producteur de pétrole et de gaz (24e réserves mondiales de pétrole et 15e de gaz). La Malaisie dispose de réserves de pétrole et de gaz offshore considérables. C’est la société publique Petrouas qui exploite les hydrocarbures. Elle emploie près de 34 000 travailleurs et active dans le raffinage, les produits pétroliers, la liquéfaction de gaz, la pétrochimie. Petrouas a développé ses activités dans plus de trente pays. Elle est notamment présente en Chine, Pakistan, Iran, Egypte. Cette disponibilité de ressources d'hydrocarbures importantes n’a pas fait de l’économie malaisienne une économie rentière. Bien au contraire. L’économie de la Malaisie est une économie de production performante et compétitive. La part des différents secteurs d’activité dans le PIB est la suivante : agriculture : 10,1 %, industrie : 42,3 %, services : 47,6 %.
L’industrie

L’industrie est aujourd'hui principalement tournée vers l’exportation et la transformation sur place des matières premières agricoles et minérales. Les principales industries sont : la fabrication de composants électroniques, les industries pétrolières et chimiques, l’industrie agroalimentaire et l’industrie textile et du bois. L’économie malaisienne est une économie exportatrice (24e place dans le classement mondial).
La composition des exportations est la suivante :

La Malaisie est l’un des principaux exportateurs mondial de semi-conducteurs, de produits électriques, d’appareils électroménagers et le gouvernement met actuellement en œuvre un ambitieux plan pour faire du pays le leader dans la production et l’exportation de produits de haute technologie incluant le développement de logiciels. De même, un plan de développement des biotechnologies «National Biotech Policy» visant à porter les biotechnologies à 5 % du PIB en 2020 est actuellement en application.
La production manufacturière malaisienne

Tous les grands noms de l’électronique sont implantés en Malaisie : Motorola, Dell, Computer, Texas, Intel, Ericsson, Samsung, Mitsubishi, Canon, Siemens, Alcatel, Microelectronics... Dans le secteur pétrochimique, on trouve BP Amoco, Shell, Esso, Union Carbide...
Les investissements directs étrangers
Depuis la fin des années 80, le gouvernement a largement ouvert l’économie aux IDE. Le développement économique de la Malaisie est alors concomitant à l’afflux d’investissements directs étrangers dans le pays, afflux que le gouvernement malaisien a grandement facilité. Cinq pays dominent les IDE en Malaisie : les USA, le Japon, la Chine, le Singapour et les Pays-Bas (quelque 70 % du total des IDE à eux cinq). Avec comme principaux secteurs d'accueil : électrique et électronique, chimique, produits pétroliers, gaz naturel, pétrochimie et papier. Bien évidemment, les IDE existent dans tous les secteurs d’activité et sont la source de l’essentiel des exportations de la Malaisie. Le gouvernement met en application une politique très attractive avec une palette très large d’incitations de diverses natures : fiscales, parafiscales, constitution de zones franches industrielles, financières et technologiques. «Le coût de constitution d’une société est d’environ 1 200 euros et il faut compter un délai de trois semaine» (Obifrance). Mais il est possible d’acheter une Shell Company, société préconstituée qui est opérationnelle dans l’heure qui suit son acquisition ! Le MIDA (Malysian Industrial Development Authority) est le guichet unique qui facilite toutes les démarches aux investisseurs. Le taux de l’impôt sur les sociétés est de 20 ou 25 %, selon le montant des revenus. Les sociétés de haute technologie (statut pioneer) peuvent bénéficier d’une exonération d’impôt sur les sociétés de 70 à 100 % pour une période de cinq ans. Il existe également des exonérations dans les zones franches dont le multimédia Super Corridor, secteur prioritaire des TIC. Les droits d’exportation sont faibles (0 à 20 %) mais les droits d’importation sont élevés (jusqu’à 60 %). Enfin, il faut souligner qu’il n’existe pas en Malaisie de loi sur le salaire minimum.
Le tourisme
La Malaisie est un pays de tourisme, 22 millions de touristes en 2010. Ce secteur est le 2e poste de revenus en devises du pays.
La politique économique du gouvernement
Un programme de transformation économique ETP a été présenté en septembre 2010 qui repose sur la création de niches de croissance (National Key Economic Areas) et identifie 131 projets concrets concernant 12 secteurs d’activité identifiés comme moteurs de la croissance. Le programme vise à faire passer l’économie de la Malaisie à une économie fondée sur la connaissance, basée sur les hautes technologies et les services. Ce programme est adossé à un plan détaillé de réformes appelé le «New Economic Model) qui vise à faire de l’économie malaisienne une économie développée à l’horizon 2020. Ce «New Economic Model» identifie huit plans d’action :
1- dynamisation du secteur privé ;
2- amélioration de la qualification de la maind’œuvre ;
3- création d’une économie domestique compétitive ;
4- renforcement du secteur public ;
5- construction d’une économie fondée sur la connaissance ;
6- découvertes de nouvelles sources de croissance ;
7- inscrire la croissance dans la durée ;
8- favoriser les IDE à haut potentiel (notamment télécoms et biotechnologie).
Cette rapide présentation de l’expérience malaisienne actuelle de transformation économique et les succès remportés jusqu’à maintenant, mettent à nu, de manière plus cruelle encore, les mauvais choix des policy makers algériens et le gros ratage actuel.
A. B.
La Malaisie en quelques chiffres

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