Culture : HACEN DRICI EXPOSE AU CLS, ALGER
Quand l’architecture inspire un artiste audacieux


Parmi ses peintures, celles en camaïeu s’élancent allègrement dans des perspectives aériennes où se fondent doucement dans des paysages vus d’une certaine distance. Des monochromes qui courent sur la toile comme une symphonie, et qui font éclater tout le talent de leur compositeur. Le jeune artiste plasticien Hacen Drici fait jaillir de sa palette de jolis feux d’artifice.
Son exposition qu’abrite le Centre des loisirs scientifiques (rue Didouche- Mourad, Alger) jusqu’au 20 décembre 2011 est une découverte plutôt heureuse. Un pur plaisir pour les yeux que ces 21 tableaux en grand format pour la plupart, riches de couleurs éclatantes et si bien mis en valeur par un encadrement original. Surtout, ces œuvres sont une invitation à un voyage dans le temps et dans l’espace, chacune ponctuant une escale particulière où l’artiste nous invite à aller à la rencontre de l’art architectural dans sa dimension universelle. Car voilà, la thématique reste ici exclusivement dédiée à l’architecture. Dans ces tableaux, que des lignes pures, des arcades, des voûtes, des niches, des coupoles, des ponts, des tours... Les palais, les mosquées, les cathédrales, les villes anciennes et nouvelles ont banni les visages. Les silhouettes humaines sont rares, si ce n’est effacées par la texture brute des murs poussiéreux. Hacen Drici a fort justement intitulé son expo «Archi-peinture II» (la première a eu lieu en mars 2011, galerie Baya du Palais de la culture, Alger). Cette suite de sa toute première exposition individuelle, enrichie de trois nouvelles toiles, est donc la combinaison de deux arts majeurs. Il nous explique sa démarche conceptuelle et artistique : «L'architecture me passionne depuis mon jeune âge. Après l’obtention de mon bac technique en 2002, des considérations personnelles m’ont plutôt poussé à intégrer l’Ecole supérieure des beaux-arts deux ans plus tard, d’où je suis sorti diplômé en septembre 2009.» La conjonction des deux amours pour la peinture et l’architecture s’est soldée, à la fin de l’année 2006, par un premier essai. Un tableau qui est le fruit de ce mariage consanguin appelé à durer. Cette toile, réalisée à l’Ecole des beaux-arts, représente l’architecture de l’intérieur d’une ancienne maison kabyle. Enseignants, élèves et simples connaisseurs ont tous reconnu (et salué) ce coup de maître, point de départ d’une belle production future dans la même veine. Ainsi a commencé pour Hacen Drici la belle aventure dans le monde de la peinture avec l’architecture universelle comme unique source d’inspiration. S’ensuivent plusieurs expos collectives, des récompenses pour son talent (dont un 2e prix international à Ankara, Turquie), une participation à une exposition collective au Musée national de l’art contemporain à Moscou (Russie)... «Toutes ces expositions collectives en Algérie, ou à Moscou et Ankara en 2010 ont été pour moi un test. Les critiques, l’avis du public m’ont donné l’énergie, cet élan pour continuer dans la même veine. J’ai alors projeté une première exposition individuelle, chose que j’ai réalisée avec «Archi-peinture I». C’était en mars dernier», nous a-t-il confié. Aujourd’hui, le public peut apprécier à loisir ce travail original et découvrir la personnalité de l’artiste (il est souvent présent à côté de ses œuvres). Par exemple le magnifique tableau intitulé Palais de glace, qui s’étend sur 2 m x 1,50 m. Peint à l’huile sur toile, il offre au regard une perspective plongeante, rendue si profonde par les différences de valeurs et la dégradation des couleurs sur tous les tons de blanc. A côté de ce monochrome, le Palais rouge, réalisé lui aussi en 2010. Egalement en grand format (2 m x 1,50 m), cette peinture à l’huile et pierre noire sur toile «est inspirée de la ville de Grenade et de l’architecture andalouse», précise Hacen Drici. L’architecture mauresque est d’ailleurs largement présente dans son exposition («il y a là l’influence de mon environnement», ditil), ce qui ne l’empêche pas de faire quelques incursions dans l’architecture contemporaine (dont la série «Modernité I, II et III»). pour varier les effets, s’exprimer plus librement, l’artiste ne se contente pas des grands formats, il nous propose aussi trois triptyques et un dyptique, allant du monochrome aux techniques mixtes (pierre noire, goudron et acrylique). Les couleurs éclatantes (le jaune surtout) apportent, elles, de la profondeur ; elles créent un mouvement par la superposition des plans, le croisement des lignes. Et comme en architecture, tout cela aboutit à des formes et des compositions qui structurent l’ensemble et lui confèrent cet aspect esthétique particulier, si bien rendu par le style semi-abstrait. Chez ce jeune artiste plasticien (il est né le 14 décembre 1982 à Bouira), l’encadrement occupe également une place à part. Comme pour mieux laisser respirer ses toiles à l’air libre, leur faire conquérir d’autres espaces, il a opté résolument pour l’anticonformisme. «L’idée m’est venue il y a quatre ans, nous dit-il. Je voulais sortir de l’encadrement classique. Parce que l’encadrement, ce n’est pas seulement une structure en dehors de la toile, c’est aussi des lignes de force. Avec ça, j’arrive à rééquilibrer la toile peinte et chaque tableau a sa propre composition.» Naturellement, Hacen Drici rêve de faire le tour du monde pour découvrir ce qui le passionne le plus : l’architecture. Une prochaine expo en préparation ? «Non, pas pour le moment. Sauf si on me propose du sérieux, c’est-à-dire une exposition officielle, et donc sponsorisée», se contente-t-il de répondre. En tout cas, le jeune artiste peintre fera parler de lui dans quelque temps, car parmi les plus doués de sa génération. Pourvu que l’environnement dans lequel il évolue l’aide à libérer son énergie créatrice.
Hocine T.



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