Voxpopuli : La censure est dans notre patrimoine culturel populaire !

Je ne sais plus qui disait que les idées dominantes d’une société sont celles de la classe dominante. Ceci comme introduction à votre article sur la censure dans Le Soir d’Algérie du 9-01-12. En effet, la culture de la censure est en quelque sorte en chacun de nous : pour avoir dans les années 1990 lutté avec un succès relatif aux Beaux-Arts d’Alger pour l’utilisation d’un outil indispensable pour la maîtrise du dessin (le dessin matière commune à toutes les spécialités), à savoir le nu, les farouches opposants n’étaient pas les islamistes (qui avaient par le biais du sinistre ministère Habousse interdit la pratique dans les années 1970 en envoyant les gendarmes signifier aux profs l’irrévocable décision), comme l’on serait tenté de le déduire.
Cette fois-ci, ce sont les profs eux-mêmes dans leur quasi-unanimité qui s’y opposèrent car , prétendaient-ils l’«Art a évolué», entendre en Occident avec l’avènement de l’art «contemporain ». Sans doute que l’art évolue, mais selon les changements que lui impriment les artistes. D’ailleurs, le nu demeure partout de mise dans les écoles qui servaient de référence à ces profs. En tête de file de ces opposants, des peintres (célébrés à longueur d’articles), eux-mêmes victimes de l’interdiction du nu dans les années 1970. Un ami, qui s’étonnait que son père (80 ans, ancien boxeur et moudjahid de la Fédération de France et qui regrette l’époque Staline), entonne que «ce peuple a besoin de dictature », m’a amené à comprendre qu’une dictature c’est d’abord une culture. D’où veux-tu que ton père ait des idées démocratique sachant que la pensée unique, même fissurée, reste de mise en Algérie ? Après la dictature boumediéniste, les Algériens se sont enthousiasmés pour une autre dictature, islamiste cette fois (idem pour les pays arabes qui se réveillent d’un cauchemar pour en vivre un autre). Ce mimétisme, on le constate à tous les niveaux, je prends pour exemple, l’esthétique : l’on se rappelle de ces panneaux de propagande peints (par les profs et leurs élèves des Beaux-Arts) qui étaient de mise jusqu’à fin 1980. Ce procédé est repris dans toute sa vilenie par les militants berbéristes en Kabylie, certes pour dénoncer l´assassinat de Lounès, de Djaout, de glorifier des artistes et intellectuels censurés, etc., mais esthétiquement, environnementalement et urbanistiquement, l’on constate la même indigence. Ce que vous dénoncez à juste titre : «ce n’est pas le moment» est désormais un réflexe inscrit dans notre patrimoine culturel populaire. L’on a plus besoin du méchant dictateur pour nous l’asséner, il est en nous (…) Les principes et démocratiques vrais sont aujourd’hui un peu mieux qu’hier dans le camp de la résistance. C´est déjà ça !
O. G.
Un texte à faire passer dans «Vox Populi» ? soirsat2@gmail.com ou maamarfarah20@yahoo.fr

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