Actualités : CAMPS DE REGROUPEMENT DE LA POPULATION RURALE
L’autre face de la guerre de Libération


Enseignants et historiens ont évoqué, hier, lors d’une rencontre, un autre visage de la guerre de Libération nationale. Celui du déplacement des populations algériennes dans des camps de regroupement.
Il s’agit, estime-t-on, d’«une action militaire féroce dont les conséquences étaient génocidaires». Sur un nombre total de 8 millions d’habitants, environ 3 millions de personnes ont été placées dans des camps de regroupement pendant la guerre de Libération. Cette action militaire française, censée isoler la population des moudjahidine, a provoqué l’effet contraire. Tel est le constat établi, hier, par les historiens ayant participé à une conférence sous le thème «Le déplacement des populations algériennes dans des camps de regroupement, l’autre face du colonialisme». Organisée par l’association Machaâl Echahid à l’occasion du cinquantenaire de la guerre de Libération, la rencontre a permis de dévoiler une partie des différents moyens qu’utilisait l’armée française pour terroriser la population. L’historien Fodil Ourabah, qui qualifie cette opération de déplacement des populations «d’une guerre de terrorisme», a rappelé que le déracinement des populations rurales a commencé bien avant le déclenchement de la guerre en 1954. Ces opérations ont été adoptées par l’armée française depuis le XIXe siècle. Le but, dit-il, était de «chasser les populations de leurs terres afin de dégager des espaces au profit de la colonie européenne». Pour effectuer ces opérations et rompre le lien entre la population et son territoire, raconte le conférencier, l’armée française n’hésitait pas à utiliser les moyens «les plus atroces et les plus féroces». Faire fuir la population rurale de ses terres ou la placer dans des camps de regroupement afin que les colons squattent leurs terres n’était pas le seul but de ces opérations, poursuit Mohamed Corso, enseignant et historien à l’université. Selon lui, l’autre but, était «essentiellement d’isoler cette population des moudjahidine». «Opération qui a échoué», estime M. Corso qui explique que les camps de regroupement se sont transformés, contrairement à l’objectif assigné, en camps de résistance. Cette autre stratégie de l’armée française n’est cependant, reconnaît M. Corso, rapportée que par des historiens français. «Les seuls ouvrages qui parlent de cet épisode de la guerre ont été publiés par des écrivains français que nos universités insultent», a-t-il conclu. Par ailleurs l’association Machaâl Echahid a annoncé la tenue prochaine d’une rencontre internationale sur le sujet du déplacement des Algériens dans des camps de regroupement pendant la guerre de Libération.
S. A.

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