Voxpopuli : Aimée et souffrante Annaba

La descente aux enfers de notre ville s’est amorcée depuis environ une dizaine d’années, et s’est accentuée ces cinq dernières années. Spoliée de son patrimoine, désurbanisée, clochardisée, déshumanisée, bazardisée… et j’en passe, elle dépérit.
Son patrimoine historique est bafoué et abandonné. Hippone est assiégée par les amas d’ordures tout autour de son périmètre, sans compter le nombre de carcasses de bouteilles de tous les liquides ! Bouna Al Hadîtha tombe pierre par pierre ; nage dans les ordures. Les mausolées de ses saints patrons détruits ; celui de Sidi Belaïd est un dépôt d’ordures. Pourtant, Annaba dispose de 950 millions de centimes pour une chanteuse ! Le sol du marché du centre-ville est recouvert d’une couche de crasse qui remonte probablement à 1962. Les laboratoires des facultés des sciences et de médecine pourraient y faire des études de stratigraphie de tous les microbes des cinquante dernières années ! Ces microbes sont défendus par un «fossé d’eaux d’égouts» qui ceinture le marché. Et pourtant, Annaba paie 950 millions de centimes pour une chanteuse !! Après avoir subi les «ratonnades coloniales», Annaba, aujourd’hui indépendante, «élève» des rats qui pullulent dans tous les quartiers, modestes ou huppés. Les chats, constatant que ces rongeurs ont acquis droit de cité, se sont inclinés et leur laissent champ libre. Et pourtant, on aurait acheté des devises au cours parallèle pour satisfaire un «rayeur» que le dinar ne satisfait pas ! En plein cœur de la ville, sur les escaliers de l’esplanade Marie-Curie, l’ammoniac chatouille les narines, à mi-chemin entre l’édifice symbole de la souveraineté, celui de la représentation populaire et celui de la justice. Et pourtant, on «La» fera venir chanter pour 950 millions de centimes ! Le record de densité de saletés et d’ordures au centimètre carré est sans doute détenu par l’environnement du complexe hospitalier des Caroubiers. Le tas d’ordures qui entoure l’incinérateur (qui pollue et empoisonne, tel Seveso, tout au long de l’année) peut constituer un gisement de fouilles archéologiques des différentes composantes de détritus, tous aussi empoisonneurs les uns que les autres. Et le voyageur, arrivant à bord des bateaux, ne peut voir, sur le talus à droite de la rade portuaire, au lieu des fleurs, les ordures entassées là depuis plus de vingt ans. Sans compter les odeurs de décomposition de cadavres d’animaux. Et pourtant 950 millions de centimes auraient pu aménager un jardin face à l’hôpital ! Jamais les moustiques ne se sont autant repus de notre sang pour se procréer ! En attendant, on se fera bercer sur ces souillures de tout genre pour 950 millions de centimes. Ô, vous chers disparus, Tahar Layadi, Bachir Messikh, Toufik Chekmam, heureux que vous ne voyiez pas la ville que avez chérie ! Sera-t-elle, sauvée et bénie à nouveau, Ô Saint Augustin, et Ô Maîtres Al Hawwari et Abû Marwân !
Saïd Dahmani Al-Bûni

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