Culture : Le coup de bill’art du Soir
Pour le Nobel, il faut repasser


Par Kader Bakou
Le prix Nobel de littérature 2012 a été attribué à un Chinois. Certains pensent que des considérations politiques sont derrière ce choix.
Mais le romancier chinois Mo Yang n’est pas un «dissident» comme l’avait été Alexandre Soljenitsyne, lauréat du même prix en 1970, du temps de l’Union soviétique. D’autres, ceux qui s’attendaient au sacre d’Assia Djebar ou du Syrien Adonis, dont les noms reviennent chaque année, estiment que si ces deux auteurs n’ont pas eu ce prestigieux prix, c’est pour la simple raison qu’ils sont «arabes». Assia Djebar, née Fatima-Zohra Imalayène, en 1936, à Cherchell, est une écrivaine algérienne d’expression française. Son nom de famille, Imalayène, nous laisse deviner qu’elle est berbère. Membre de l’Académie française depuis 2005, elle a un jour dit : «J’écris comme tant d’autres femmes écrivains algériennes avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie.» Né en 1930, Adonis, de son vrai nom Ali Ahmed Saïd Esber, est un poète et critique littéraire syro-libanais d’expression arabe et française. Actuellement installé en France, il a déclaré dernièrement : «À observer la politique actuelle de la France vis-à-vis du monde arabe, on se rend compte qu'elle trahit les principes de la Révolution française.» «Au lieu d'œuvrer pour soutenir les courants séculiers, démocratiques et pluriels à même de jeter les fondements d'une révolution globale susceptible de sortir les sociétés arabes du Moyen Âge vers la modernité, la France apporte, au contraire, son soutien à tous les mouvements fondamentalistes réactionnaires et collabore, au nom des droits de l'homme, avec les régimes fondamentalistes réactionnaires», a-t-il ajouté. Les engagements et les langues d’expression (français) d’Assia Djebar et d’Adonis sont suffisantes pour que ceux-là mêmes qui pensent qu’ils n’ont pas encore eu le Nobel à cause de leur identité «arabo-islamique» changent d’avis. Ce qui est quand même curieux, c’est que d’autres grands écrivains comme Rachid Boudjedra ou Amin Maalouf sont rarement considérés par les gens comme «nobélisables». Beaucoup de gens ignorent, que les nominations au prix Nobel de littérature sont toujours tenus secrètes et que les processus de sélection ne seront rendus publics que 50 ans après la remise du prix. Afin d’éviter toute fuite, l’Académie des Nobel utilise des noms de codes pour les auteurs et de fausses couvertures pour les romans. Aussi, tous les pronostics d’avant l’attribution des prix ne sont que des spéculations. La preuve : à la veille du Nobel de littérature 2012, les milieux littéraires suédois estimaient que l’attribution du prix à une femme ou à un Nord-Américain serait «un choix logique». C’est finalement un homme et chinois de surcroît qui a été récompensé !
K. B.
bakoukader@yahoo.fr

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