Actualités : UN OUVRAGE ROUTIER Y EST PRÉVU
Menace sur le site touristique d’El-Kantara


La petite ville d’El-Kantara au nord de la wilaya de Biskra s’apprête à vivre un véritable cauchemar. Et pour cause, une partie vitale de son patrimoine naturel et touristique est sérieusement menacée d’effacement pour laisser la place à un projet routier qui semble à l’évidence prendre le chemin de la facilité et de l’absurde.
Ses gorges sublimes, sa dechra ancestrale et son pont romain plusieurs fois millénaire seront hideusement altérés par la bêtise humaine. Site classé depuis 1923, El- Kantara recèle aussi de nombreuses curiosités d’ordre culturel, historique et touristique comme la vaste palmeraie, le musée, les randonnées et la plus petite poste d’Algérie immortalisée par un timbre émis en 1975 à l’occasion de la journée mondiale du timbre. Un village pittoresque qui n’a cessé de charmer les voyageurs depuis la nuit des temps et sa position géographique stratégique en a fait un passage obligé. Une transition entre le nord et le sud qui marque à jamais les esprits par la beauté des paysages qui s’égrènent à mesure qu’on évolue sur la route. Un site qui a fasciné des générations entières et des personnalités nationales et internationales de tous bords mais qui n’a pas réussi hélas à faire changer d’avis les responsables de la wilaya de Biskra et ceux du ministère des Travaux publics pour modifier le tracé de cette nouvelle route. Un projet qui intervient dans le cadre de la modernisation de la route nationale 3 et qui prévoit la réalisation d’une deuxième voie sur le parcours même du circuit touristique existant situé à l’est de la ville en longeant la palmeraie, balafrant le quartier antique avant de s’engouffrer dans les gorges à travers un ouvrage d’art qui enjambera le pont romain (monument classé) et le dissimuler ainsi des regards sensibles à la beauté comme s’il s’agissait d’une laideur qu’on voudrait cacher. S’il est vrai que la route actuelle qui traverse El-Kantara du nord au sud en offrant une halte bienfaisante et séduisante, se trouve dans un état de saturation bien avancé, il n’en est pas moins vrai que d’autres solutions de contournement existent, notamment la construction de tunnels et préserver de la sorte ces sites et monuments classés et qui plus est, sont explicitement protégés notamment par la loi 98/04 qui consacre les gorges d’El-Kantara et son pont romain comme site et monument à préserver. Une mobilisation citoyenne est en cours de développement aussi bien à El-Kantara qu’au niveau national pour alerter l’opinion et les pouvoirs public sur ce non-respect des lois de la République et une grave atteinte à notre patrimoine touristique. A un moment où les habitants de ce site enchanteur s’attendaient à des efforts de l’Etat et de la wilaya pour réhabiliter les richesses culturelles, archéologiques, historiques et naturelles, dont il regorge, ils découvrent en revanche avec consternation les détails d’un projet alambiqué, coûteux et qui ternira à jamais la magnificence de cette perle des Aurès. Sa palmeraie luxuriante, ses eaux limpides serpentant langoureusement dans un dédale de séguias séculaires, ses maisons traditionnelles, ses ruelles étroites, ses montagnes altières et imposantes résonnent encore des envolées poétiques des renoms de la littérature algérienne et universelle, Mohamed Laïd Al Khalifa, Isabelle Ebherardt, André Gide, Victor Barrucand, Eugène Fromentin et tant d’autres qui y ont puisé une inspiration débordante. Le pont romain, ouvrage datant de l’époque éponyme, a su traverser les siècles et résister aux guerres et aux effets de la nature… Il a été longtemps le lien unique entre la région septentrionale balayée par les vents froids venant des cimes enneigées du mont Metlili et la douceur d’une palmeraie féerique. Aujourd’hui plus que jamais et avant qu’il ne soit trop tard, les regards se tournent vers les institutions républicaines en charge des sites et monuments classés, ministère de la Culture, ministère du Tourisme, afin de susciter une réaction énergique à la mesure de cette tragédie annoncée.
B. Bellil





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