Lundi 4 mars 2013
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Culture : Le coup de bill’art du Soir
Aux fous !


Par Kader Bakou
Dans «La guerre du Golfe une maladie mentale », le chapitre II du livre The Emotional Life of Nations (éd. Karnac Books, 2002), Lloyd de Mause a écrit que la guerre que menèrent les Américains contre l'Irak en 1991 était un rituel sacrificiel – similaire aux rituels des civilisations antiques – destiné à regonfler le moral de la nation. Le psycho-historien américain a donné une explication originale sur les origines et les motivations profondes de certains conflits et guerres. Selon lui, il n’y a pas que l’échec et les problèmes qui en résultent qui peuvent pousser l’individu, les dirigeants et les nations à des actes extrêmes tels que l’homicide, le suicide ou le déclenchement d’une guerre. «Depuis que Freud a, pour la première fois, étudié des cas de patients ‘’ruinés par le succès’’, les psychothérapeutes ont souvent observé que le succès personnel et la prospérité font resurgir chez les personnes des sentiments de culpabilité et d'illégitimité. Pourtant, personne ne semble avoir remarqué que ce genre de sentiments culminent dans la vie émotionnelle d'une nation après une longue période de paix, de prospérité et de progrès social, particulièrement si cette dernière fut accompagnée de plus de liberté personnelle et sexuelle», écrit-il. Il en résulte, comme aux Etats-Unis après le chute de «l’Empire du mal» soviétique, ce que de Mause appelle «un sentiment national de culpabilité» dont il faudrait se «purifier» par un sacrifice quelconque. «Durant ces croisades puritaines à caractère émotionnel, les médias cessent de minimiser les dangers existants et lancent des appels hystériques en prétendant que le monde est devenu soudainement invivable». Paul Volcker, directeur de la Federal Reserve Banque, avait déclaré ironiquement à un journaliste : «Nous avons la peur panique que quelqu'un, quelque part, puisse être heureux.» Que faire alors ? «Il y avait une seule façon d'éviter qu'une longue récession économique ne soit nécessaire pour guérir la nation de sa dépression. Il fallait fabriquer un ennemi extérieur qui puisse porter le blâme de notre «cupidité » collective et être ensuite puni à la place de l'Amérique.». Plus loin, il fait remarquer : «L'idée que l'Amérique puisse s'engager dans une guerre pour des raisons émotionnelles semble blasphématoire. Bien que la plupart des gens conviennent que les actes homicides commis par un individu puissent prendre leur source dans un désordre émotionnel inconscient, il est plus rare que l'on se demande si les guerres – qui sont des actes homicides commis par des nations entières – puissent venir de désordres émotionnels vécus collectivement.» Les guerres sont généralement expliquées par des motivations économiques. Après avoir étudié un grand nombre de documents historiques, Lloyd de Mause est arrivé à une autre conclusion : «Les guerres démarrent généralement sur des images paranoïaques, homicides ou même suicidaires.» Il donne deux exemples. Quand le gouvernement japonais se demanda s'il fallait attaquer Pearl Harbour et entrer en guerre contre les Etats-Unis, le général Hideki Tojo demanda à plusieurs ministres leur avis. Tous les ministres présents pronostiquèrent une défaite japonaise et estimèrent qu’une telle attaque serait suicidaire. Tojo leur répond : «Il y a des moments où l'on doit avoir le courage de faire des choses extraordinaires — comme sauter, les yeux clos, depuis la véranda du Temple de Kiyomizu ! (le temple de Tokyo où des gens se suicident souvent). Le deuxième exemple est celui de Hitler qui, lui aussi, «s'exprima en termes suicidaires et non économiques lorsqu'il partit en guerre promettant aux Allemands une mort glorieuse sur le champ de bataille et parlant de lui comme d'un «somnambule» tandis qu'il conduisait le peuple allemand par-dessus la falaise suicidaire. » L’homme n’a pas changé depuis, au moins, l’Antiquité et ses sacrifices rituels (dont l’immolation). Seules les divinités ont changé avec le temps.
K. B.
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